À l’occasion du Salone del Mobile 2026, Knoll mêle mobilier, art et histoire en lançant de nouvelles collaborations, en revisitant des classiques et en mettant en lumière son riche patrimoine, notamment à travers une exposition dédiée au duo Vignelli.
À Milan, Knoll fait dialoguer création contemporaine et mémoire
Knoll investit le Salone del Mobile 2026 avec une philosophie désormais emblématique de la maison : faire converser le mobilier avec l’art, l’architecture et son propre héritage industriel. Cette présentation milanaise rassemble des pièces inédites signées Dozie Kanu, de nouvelles propositions de Jonathan Muecke ainsi que du duo Johnston Marklee. En parallèle, MillerKnoll réaffirme son attachement à l’histoire du design en soutenant une rétrospective consacrée à Lella et Massimo Vignelli, organisée à la Triennale Milano.
Le message est sans équivoque : Knoll ne propose pas simplement des objets, mais un véritable héritage culturel. Ce positionnement, profondément milanais dans l’esprit, fait autant référence aux heures de gloire du modernisme qu’à une mise en scène très contemporaine de l’espace domestique.
Dozie Kanu : la lisière entre l’objet et la sculpture
L’événement marque la toute première collaboration de Knoll avec Dozie Kanu, artiste et sculpteur américain aujourd’hui installé au Portugal. La collection dévoile un ensemble de tables pensées comme des pièces à la fois fonctionnelles et hautement expressives. La maison insiste sur cette dualité : l’association du cuir, du métal et de franges mobiles confère à ces objets une dimension presque performative.
Une esthétique qui, comme le souligne Wallpaper, tisse des liens entre les racines nigérianes et l’imaginaire texan de Kanu. On y décèle des évocations de tambours africains, de tenues de cérémonie ou encore de l’univers du cowboy. Une lecture qui confirme une tendance forte du design de collection contemporain : la pièce de mobilier devient le support d’un récit singulier, au point de s’imposer comme une œuvre à part entière. Ici, la frontière entre le meuble d’usage et la sculpture demeure d’une fluidité assumée.
L’élégance de la continuité : Muecke et Johnston Marklee
Au-delà de ces fulgurances, Knoll cultive la pérennité de ses lignes inaugurées lors des éditions précédentes. Jonathan Muecke vient enrichir sa collection en bois avec de nouvelles déclinaisons pour le salon, tandis que le cabinet Johnston Marklee étoffe la série Biboni avec l’introduction d’un fauteuil, d’un ottoman et de variations inédites du canapé. Le propos stylistique s’attarde ici sur la pureté des volumes, la maîtrise du vide et la rigueur constructive.
Cette approche est loin d’être anodine. Dès 2025, Knoll s’était distingué à Milan en présentant la gamme Biboni et la collection Muecke Wood dans une atmosphère d’une grande sobriété, presque austère, prenant le contre-pied d’un marché parfois séduit par l’ostentation. Le choix de prolonger ces collections témoigne d’une volonté forte de bâtir des familles de mobilier cohérentes et intemporelles, plutôt que de céder à l’éphémère.
Le design en héritage : la renaissance d’une icône
La marque crée également l’événement en dévoilant la réédition européenne de la chaise Morrison Hannah, dessinée en 1973 par Andrew Morrison et Bruce Hannah. Repensée pour les usages d’aujourd’hui, avec un rembourrage plus généreux et une amplitude d’inclinaison optimisée, cette assise s’adapte à une époque hybride, naviguant entre l’espace de bureau, l’hôtellerie de luxe et l’intérieur résidentiel.
Ce retour aux sources rappelle une évidence intrinsèque à la discipline : les archives d’une grande maison ne sont pas de simples reliques de conservation, mais des viviers d’inspiration. De Saarinen à Bertoia, Knoll a toujours entretenu un dialogue fécond avec son passé. La réédition de cette chaise revêt ici une dimension presque pédagogique pour les nouvelles générations de passionnés, tout en s’inscrivant dans une stratégie de développement particulièrement perspicace.
La Triennale de Milan en écho patrimonial
Hors les murs du salon, la résonance historique prend toute son ampleur à la Triennale Milano, où MillerKnoll s’impose comme partenaire principal d’une exposition dédiée à l’œuvre des Vignelli. Pour l’occasion, la marque a ouvert ses propres archives, prêtant des pièces rares, des affiches historiques datant de 1972 et des œuvres fondamentales de l’identité visuelle de Knoll.
Cette initiative ancre les nouveautés de 2026 dans une perspective temporelle plus vaste. Lella et Massimo Vignelli ont largement contribué à forger une vision du design dictée par la clarté formelle, une empreinte indélébile qui a accompagné l’internationalisation de la marque. Dans l’effervescence milanaise, cette mise en lumière patrimoniale résonne comme un manifeste : la véritable innovation puise souvent sa force et sa crédibilité dans la justesse avec laquelle elle sait relire ses propres classiques.


