Un disque d’or Asante volé au British Museum retrouve finalement le chemin de Londres après une traque de plusieurs décennies

Un disque d’or Asante, dérobé au British Museum en 1991 et disparu des radars pendant plus d’une décennie, a finalement été identifié au sein de collections privées avant d’être restitué. Cette pièce d’orfèvrerie, qui a transité par plusieurs expositions internationales, révèle aujourd’hui les failles de la traçabilité et les défis éthiques majeurs auxquels est confronté le marché de l’art et des objets ethnographiques.

Chronologie d’une disparition

C’est en octobre 1991 que le destin de cet akrafokonmu — un disque d’or à motif solaire de 21,5 centimètres, le plus imposant de la série conservée par le musée — a basculé. Exposé alors au Museum of Mankind, l’objet fut extrait d’une vitrine en bois forcée, découverte brisée par un gardien à l’heure du déjeuner, un simple tournevis abandonné sur les lieux témoignant de l’effraction. Si le British Museum affirme avoir signalé le vol immédiatement aux autorités, la précieuse pièce est demeurée introuvable pendant plus de dix ans. Les investigations récentes du journaliste Barnaby Phillips, relayées par la presse britannique, ont depuis permis de lever le voile sur cette décennie de silence.

Pérégrinations dans l’ombre des collections

L’enquête de Barnaby Phillips met en lumière un parcours étonnant pour une pièce fichée. Dès 1994, le disque refait surface dans l’inventaire de Karl-Ferdinand Schaedler, un collectionneur allemand réputé pour son attrait pour l’art africain. Loin de rester caché, l’objet est exposé et même prêté à des institutions prestigieuses, tel que le Museum für Völkerkunde de Vienne. Le périple de l’artefact se poursuit en 1999, date à laquelle il est proposé aux enchères chez Sotheby’s, où il est acquis par l’Indianapolis Museum of Art pour une somme modeste, poursuivant ainsi sa circulation au vu et au su du monde de l’art.

L’œil de l’expert : le tournant de l’enquête

Il aura fallu l’acuité visuelle d’un spécialiste pour briser ce cycle. C’est Doran Ross, conservateur au Fowler Museum et éminent expert de l’art ghanéen, qui a établi la connexion. Remarquant la troublante similitude entre la pièce d’Indianapolis et l’artefact manquant à Londres, il a alerté ses homologues britanniques. Selon Apollo Magazine, cette identification formelle a enclenché le processus de récupération, menant au retour physique de l’œuvre à Londres fin 2002.

Diplomatie muséale et zones grises

La restitution s’est opérée dans un cadre diplomatique feutré. L’Indianapolis Museum ayant acquis l’objet de bonne foi, le British Museum a opté pour une stratégie de régularisation via un « prêt officiel » avant d’acter le retour définitif. Si l’institution confirme que l’objet a réintégré ses réserves, des zones d’ombre persistent quant aux vérifications de provenance (due diligence) lors de la vente aux enchères.

Barnaby Phillips soulève une interrogation cruciale : « Ce qu’on n’a jamais raconté, c’est ce qu’il est advenu de l’or Ashanti ou du moins son absence pendant plus de dix ans. » Le fait que la pièce ait pu être marchandée et exposée sans déclencher d’alarme témoigne d’un manque de transparence systémique à cette époque.

Héritage culturel et devoir de vigilance

Au-delà du fait divers, cet épisode résonne avec l’actualité brûlante de la restitution patrimoniale. Ces objets, souvent issus de saisies militaires lors des conflits anglo-asantes du XIXe siècle, revêtent une importance spirituelle capitale pour le peuple Ashanti. Récemment, des initiatives de prêts et de retours menées par le Victoria & Albert Museum ou le Fowler Museum marquent une volonté de réévaluer l’histoire des collections coloniales.

Pour le British Museum, qui annonce vouloir numériser l’intégralité de ses collections d’ici cinq ans pour en sécuriser l’inventaire, cette affaire rappelle que la protection du patrimoine exige une vigilance constante. Elle souligne la nécessité d’une coopération internationale sans faille et d’une éthique rigoureuse de la part des maisons de vente pour rendre justice à l’histoire et aux œuvres.