Après des décennies marquées par l’ostentation, une nouvelle mouvance du design s’impose en prônant la simplicité, la durabilité et l’authenticité du vécu. Cette tendance, incarnée par l’héritage intemporel de Sister Parish et la montée du « quiet luxury », redéfinit le luxe dans un contexte post-pandémique. Il y a plusieurs décennies, Sister Parish posait déjà les bases d’un intérieur où la valeur réelle se ressent par la matière plutôt qu’elle ne s’affiche en façade. Aujourd’hui, de la côte Est aux intérieurs européens, cette philosophie continue de guider les architectes d’intérieur vers un art du confort calibré, privilégiant la texture à la simple évocation de marques ou de logos.
L’héritage du confort selon Sister Parish
Selon les archives de la maison Sister Parish, sa démarche reposait sur un triptyque immuable : tradition, texture et histoire. Elle privilégiait des objets porteurs d’âme — des quilts artisanaux, des chaises patinées, des tissus assouplis par le temps — pour composer des intérieurs invitant à la convivialité et à la pérennité. La grande leçon est qu’un intérieur doit donner l’impression d’avoir vécu. Cette philosophie a influencé des générations de décorateurs qui, aujourd’hui, préfèrent la réflexion à l’accumulation, fuyant les décors éphémères.
Le contre-pied aux excès visuels
Les archives d’Architectural Digest documentent parfaitement l’époque qui a suivi l’ère Parish, marquée par des décorations extravagantes. Ces périodes ont valorisé l’effet tape-à-l’œil : parements clinquants, pierres exotiques omniprésentes et technologies conçues pour impressionner plutôt que pour servir. Ces espaces, aussi spectaculaires fussent-ils, manquaient cruellement d’âme. En réaction, des créateurs visionnaires comme Steve Chase ont plaidé pour un retour au design centré sur l’usager, faisant la part belle aux matériaux naturels.
Steve Chase et l’éloge de la matière brute
À travers ses projets publiés dans Palm Springs Life, Steve Chase a toujours misé sur la noblesse du bois, du cuir et de la pierre véritable, refusant toute signature visuelle envahissante. Son credo était de servir les habitants plutôt que de remplir un portfolio de créations flashy. Ce positionnement précurseur annonce la tendance actuelle : privilégier des intérieurs dont la patine raconte une histoire, plutôt que de chercher l’éclat artificiel du neuf.
L’habitat post-pandémique : le beau utile
La transition du lieu de villégiature vers le domicile permanent a accéléré cette mutation. La Harvard Business Review a identifié, dans la mode comme dans l’habitat, une volonté croissante chez la clientèle fortunée d’éviter les marqueurs de richesse trop évidents. Il a fallu repenser l’agencement des pièces pour une praticité quotidienne. Le style a ainsi glissé d’un effet purement esthétique vers une approche utilitaire, presque essentielle.
L’excellence technique au service de la pérennité
Le succès de ce style discret repose sur des choix techniques rigoureux. Les professionnels plébiscitent désormais le chêne « rift-cut », les enduits à la chaux appliqués à la main, ou encore la quincaillerie en laiton non laqué. Comme le note Bain & Company, cette préférence pour un toucher qualitatif traduit une évolution profonde du marché du luxe. Ces choix représentent un investissement supérieur, mais garantissent des intérieurs qui traversent le temps avec élégance.
L’alchimie du « Quiet Luxury » moderne
La formule contemporaine fusionne trois héritages majeurs : l’accumulation confortable chère à Sister Parish, la fidélité aux matériaux bruts de Steve Chase, et une retenue inspirée des traditions belges et scandinaves. Elle y ajoute une touche propre à l’Est de Long Island, caractérisée par une aisance balnéaire typiquement américaine. Selon Elle Decor, c’est la lumière naturelle et les usages locaux qui créent la distinction nette entre une maison des Hamptons et un intérieur nord-européen.
Une esthétique conçue pour durer
Ce mouvement redéfinit les priorités des professionnels : sélectionner des matériaux authentiques, privilégier la sensorialité et penser l’espace sur le long terme. Au lieu de chercher l’effet « waouh » immédiat, on quête une usure heureuse, une patine qui témoigne du passage de la vie. Le « quiet luxury » moderne n’est pas une mode passagère, mais une réaffirmation de principes anciens revisités pour nos modes de vie actuels. En mettant l’accent sur l’usage et la sensation, cette tendance promet de s’inscrire durablement dans l’histoire du design.

