Un mécanisme oublié réintègre le centre de l’horlogerie moderne

La Fondation Time Æon lève le voile sur une création horlogère intégrant un carrousel, un mécanisme ancestral magistralement réinterprété par des artisans de La Chaux-de-Fonds. Une œuvre qui conjugue tradition séculaire et audace technologique.

Le réveil d’un nom oublié

La Fondation Time Æon a récemment dévoilé le quatrième chapitre de son programme Naissance d’une Montre, une nouvelle étape marquée par une distinction rare : elle remet en lumière le carrousel, un mécanisme fascinant longtemps éclipsé par le prestige du tourbillon. Ce projet gravite autour d’une nouvelle maison, Bonniksen, implantée à La Chaux-de-Fonds et fondée par Maximin Chapuis et Jason Chevrolat. L’ambition annoncée par la manufacture est d’une pureté absolue : concevoir et fabriquer entièrement à la main, sans la moindre automatisation, un garde-temps intégrant ce dispositif complexe.

Le défi est tout autant historique que technique. Il s’agit en effet de redonner vie au nom de Bahne Bonniksen, cet horloger danois établi en Angleterre qui, en 1892, déposa le brevet originel du carrousel.

L’éloge de la main et du temps long

Maximin Chapuis, horloger français et membre de la très respectée Worshipful Company of Clockmakers, supervise la direction technique du projet. Jason Chevrolat apporte, de son côté, une expertise forgée au sein de maisons prestigieuses telles que Jean Dunand, Christophe Claret et Bovet. Les observateurs avisés décrivent ce duo comme la véritable colonne vertébrale du renouveau de Bonniksen, une maison dont l’éclosion complète est annoncée pour 2026 à La Chaux-de-Fonds.

La marque affirme son parti pris : chaque composant de cette pièce est façonné et terminé à la main. Ce positionnement l’inscrit dans la noblesse des ateliers revendiquant une horlogerie lente, exigeante, qui s’autorise parfois l’intransigeance. Dans une industrie souvent obnubilée par l’innovation ostentatoire, Bonniksen emprunte une voie plus confidentielle, ravivant des solutions mécaniques d’antan, complexes et soumises aux exigences contemporaines.

Le carrousel, cousin discret du tourbillon

À l’instar du tourbillon, le carrousel poursuit un idéal horloger classique : améliorer l’isochronisme en compensant les effets néfastes de la gravité terrestre. La mécanique, cependant, diffère subtilement. Si dans un tourbillon, la cage emporte l’échappement autour d’un axe avec un entraînement directement lié au rouage principal, le carrousel, lui, alimente l’échappement séparément. La cage reçoit alors son mouvement par l’intermédiaire d’une transmission auxiliaire.

Cette nuance architecturale, longtemps prisée par les seuls collectionneurs érudits, possède des implications tangibles. Le carrousel peut s’avérer plus épuré à usiner, bien que sa maîtrise demeure un exercice de haute voltige. Blancpain avait d’ailleurs ouvert la voie en 2008 en présentant la première montre-bracelet à carrousel, avant de marier ce mécanisme au tourbillon en 2013, signant une prouesse qui reste, à ce jour, la référence absolue en la matière.

Une architecture inversée et audacieuse

Inscrit dans le programme Naissance d’une Montre 4, le projet Le Carrousel a pour ambition de devenir la toute première montre-bracelet façonnée à la main à intégrer une telle complication. Ses concepteurs confessent y avoir dédié plus de 5 500 heures de recherche, de développement et d’ajustements minutieux.

Si le boîtier promet des proportions élégantes avec un diamètre inférieur à 40 mm, la retenue esthétique s’arrête aux portes du cadran. Le mouvement révèle une architecture inversée saisissante, exposant une large platine côté face. L’indication de l’heure se lit sur un sous-cadran décentré à 12 heures, survolé par des aiguilles modernisées d’inspiration anglaise. Une majestueuse seconde centrale traverse le calibre, tandis qu’une discrète ouverture laisse admirer la danse du carrousel qui, fait notable, effectue sa révolution en 30 secondes.

Ce rythme de rotation fulgurant est particulièrement singulier pour un carrousel. Il impose, de fait, des contraintes mécaniques et physiques bien supérieures aux rotations traditionnelles.

Un geste patrimonial, loin du simple objet de musée

Pour dompter cette énergie, le projet intègre des rouleaux d’appui destinés à soulager la pression exercée sur les pivots. Un mécanisme d’arrêt à croix de Malte limite intelligemment la tension maximale et la phase de désarmage du barillet. L’objectif est d’assurer une délivrance d’énergie d’une absolue constance.

Cette approche résonne avec la philosophie séculaire de l’horlogerie anglaise, élevant la quête de précision au rang d’artisanat d’art, bien loin des standards de la production industrialisée. Le choix du carrousel est tout sauf anodin : il démontre avec éclat que certaines complications, même reléguées dans les marges de l’histoire, constituent un formidable terrain d’expression pour une haute horlogerie qui refuse la facilité.

À ce jour, aucune date de lancement officielle n’a été communiquée. Mais dans l’univers de la très haute horlogerie, le temps n’est pas une simple unité de mesure : il est, par essence, la plus précieuse des matières premières.