Multan inaugure enfin son musée, marquant un tournant politique et culturel en Punjab

Multan dévoile son nouveau musée : quand le Pendjab érige son patrimoine en symbole

Le lundi 18 mai 2026, à l’occasion de la Journée internationale des musées, Multan a levé le voile sur sa nouvelle institution culturelle. Inauguré sous l’égide du directeur général de l’archéologie du Pendjab, Zaheer Abbas Malik, et du commissaire de la ville, Amir Kareem Khan, ce nouvel écrin s’accompagne de l’ouverture simultanée de deux autres musées à Gujrat et Sialkot. Une triple célébration qui confère à cette journée une résonance singulière, dans un pays où la préservation de l’héritage est une ambition sans cesse renouvelée.

Un écrin très attendu au pied du fort Qasim

Fruit d’une volonté de longue date portée par les intellectuels et les passionnés de design et d’histoire de la région, le musée de Multan prend ses quartiers à proximité du fort historique de Qasim. Érigé sur un vaste domaine, ce projet d’envergure, dont le coût est estimé à près de 111,7 millions de roupies, marque l’aboutissement d’années d’efforts conjoints entre archéologues, urbanistes et figures culturelles locales.

Pour Multan, il ne s’agit pas d’une simple inauguration architecturale. Dans cette ville célèbre pour ses saints, ses ateliers et son artisanat d’exception, cette nouvelle institution comble un vide esthétique et mémoriel longtemps souligné par ses propres habitants. Dès les premières heures, visiteurs et étudiants s’y sont pressés pour redécouvrir ce lieu, d’ores et déjà présenté comme une pierre angulaire du patrimoine du sud du Pendjab.

Le fil de l’histoire, de l’Indus à l’artisanat d’art

Les galeries offrent une traversée vertigineuse du temps, depuis la civilisation de la vallée de l’Indus jusqu’à l’époque moderne, en passant par les splendeurs de l’art du Gandhara et de l’Empire moghol. Des collections numismatiques illustrent les routes commerciales et les échanges séculaires de la région. Surtout, le parcours fait la part belle aux arts appliqués, mettant en lumière des savoir-faire uniques : la célèbre poterie bleue, l’art minutieux du Kashikari, ou encore le travail délicat sur peau de chameau.

Cette sélection muséographique n’a rien de fortuit. Elle reflète l’âme d’une ville-carrefour, où les strates des héritages impériaux se superposent, se croisent et parfois s’affrontent. Le musée relève ici un défi de taille : offrir une synthèse subtile qui souligne la continuité historique sans gommer les ruptures, évitant ainsi l’écueil des vitrines muettes pour privilégier un véritable dialogue narratif et visuel.

Une vision culturelle pour le Pendjab de demain

Au-delà du geste de bâtir, cette ouverture est pensée comme un véritable legs. Pour les autorités locales, l’enjeu est de permettre aux jeunes générations de renouer avec leurs racines, rappelant que les musées ne sont pas de simples conservatoires d’objets, mais des conteurs d’identités. L’accès, initialement gratuit, devrait prochainement adopter une tarification symbolique pour les locaux et plus conséquente pour les voyageurs étrangers, soulignant que l’accessibilité à la culture reste souvent tributaire de réalités administratives.

Le lancement simultané des musées de Gujrat, niché dans le somptueux édifice historique de Ram Piyari, et de Sialkot, s’inscrit dans une stratégie culturelle globale de la province. L’édifice de Multan est désormais debout, ses collections sublimées par une scénographie soignée. Le véritable défi, cependant, ne fait que commencer : il s’agira de doter ces lieux de vie des ressources nécessaires pour les animer, les documenter et les ancrer dans le quotidien, afin d’éviter qu’ils ne deviennent de simples monuments endormis.