L’architecture comme diplomatie internationale : l’ambassade de Suisse à Séoul inspirée du « hanok »

Une rencontre architecturale entre la Suisse et la Corée

L’ambassade de Suisse à Séoul illustre avec élégance l’épanouissement récent des relations diplomatiques entre les deux pays. Le bâtiment réinterprète à la manière helvétique le hanok, cette demeure traditionnelle coréenne en bois construite sans clous ni chevilles. Conçue en forme de fer à cheval, la structure encercle une cour à ciel ouvert et relie harmonieusement la chancellerie publique, les bureaux et les espaces résidentiels. « L’ensemble dégage une dynamique incroyable », souligne l’ambassadrice Nadine Olivieri Lozano, qui a précédemment exercé ses fonctions aux Pays-Bas et en Iran.

L’emplacement de l’édifice a été pensé pour que les visiteurs puissent profiter d’une vue imprenable sur la végétation du parc Gyeonghuigung depuis la cour intérieure. L’intégration d’un système de chauffage géothermique et de panneaux solaires apporte quant à elle une dimension écologique caractéristique du savoir-faire suisse. Comme le rappelle l’ambassadrice, la diplomatie repose avant tout sur la confiance et le lien humain : « Notre objectif est d’offrir un point d’ancrage aux citoyens suisses en Corée du Sud, tout en créant un véritable espace d’échange et de dialogue pour nos amis sud-coréens. »

Extérieur de l'ambassade de Suisse à Séoul
(Images : Helene Binet)
Intérieur de l'ambassade de Suisse à Séoul
Extérieur de l'ambassade de Suisse à Séoul

Un hommage vibrant au passé du quartier

Si le lieu respire aujourd’hui la tranquillité, son passé fut bien plus tumultueux. Le quartier de Songwol-dong était autrefois une zone très animée, avant que le gouvernement ne décide de raser ses bâtiments vétustes dans les années 2010 pour y ériger des gratte-ciel en verre. Inaugurée en 2019, l’ambassade a été imaginée par le cabinet d’architecture suisse Burckhardt comme un hommage aux hanoks qui peuplaient jadis les environs.

Les murs en béton, indispensables pour des raisons de sécurité, ont été moulés de manière à reproduire les nervures du bois. Cela crée une façade complexe d’inspiration coréenne tout en rappelant les techniques de construction observables dans des villes comme Berne, Zurich ou Genève. Une prouesse qui comporte une certaine ironie, comme le note l’architecte principal Nicolas Vaucher : « Bien que ce style soit caractéristique des bâtiments suisses, il serait impossible à réaliser chez nous en raison de son coût exorbitant. C’est un projet que nous ne pouvions concrétiser qu’ici. »

Un carrefour de mémoire et de dialogue culturel

Au-delà de sa riche programmation événementielle touchant aux affaires, à la littérature et au design, cet édifice aux allures de hanok trouve un écho profond auprès des habitants de Séoul. Pour l’ambassadrice, cette architecture honore de manière respectueuse la mémoire du site : « Le bâtiment prouve que le progrès et le souvenir peuvent cohabiter, un message essentiel dans une métropole en perpétuelle mutation. »

Ambassadrice : Nadine Olivieri Lozano
Nombre de diplomates : 5
Début des relations officielles : 11 février 1963. La première ambassade de Suisse à Séoul a ouvert ses portes en 1969.
Enjeux bilatéraux majeurs : Le volume des échanges commerciaux entre la Corée du Sud et la Suisse a plus que doublé depuis l’entrée en vigueur, en 2006, de l’accord de libre-échange avec l’Association européenne de libre-échange (AELE).