Prada révolutionne la superposition avec une collection modulable à Milan

Lors de leur défilé à la Fondazione Prada, Miuccia Prada et Raf Simons orchestrent une vision innovante du layering. Mêlant pragmatisme et esthétique, la collection automne 2026 redéfinit l’allure moderne à travers une métamorphose vestimentaire qui transcende la simple fonctionnalité.

Une scénographie de la mutation

Miuccia Prada et Raf Simons ont dévoilé leur collection automne 2026 pour femmes au cœur de la Fondazione Prada à Milan. La mise en scène, radicale, présentait quinze mannequins, chacune révélant quatre silhouettes successives. Chaque passage, plus léger que le précédent, dévoilait une version épurée du vêtement. Cette répétition stylistique dépasse la simple performance : elle illustre la mutation tangible de nos tenues au fil du quotidien et des nécessités.

La superposition comme langage

La maison décrit cette collection comme une exploration des possibilités infinies de la superposition. Les silhouettes sont pensées pour évoluer du matin au soir, autorisant des combinaisons modulables et des gestes de retrait progressifs. Le « layering » devient ici une méthode narrative à part entière, où chaque strate textile représente un chapitre d’une même identité corporelle.

Un manifeste de l’imprévisible

Cette approche fait écho à une tendance de fond observée lors de la Fashion Week de New York, parfois qualifiée de « small plates–ification ». La critique, notamment Zeitblatt, salue une célébration du multiple et de l’imprévisible, qualifiant cette superposition de « langage intime » et instinctif. Cette convergence démontre comment une technique stylistique peut s’élever au rang de propos social et esthétique.

L’art en résonance

Le choix de la Fondazione Prada confère une dimension culturelle majeure à l’événement. La programmation 2025–2026 tisse des liens entre les disciplines, avec notamment l’exposition « A Kind of Language » de l’artiste belge Thierry De Cordier. Le calendrier prévoit également l’exposition « NADA » du même artiste (du 3 avril au 29 septembre 2025), explorant l’effacement de l’image de la crucifixion à travers dix toiles monumentales. Des performances de Kali Malone et une exposition de Mona Hatoum viendront compléter ce dialogue artistique entre Milan, Venise, Shanghai et Tokyo.

Entre concept et pragmatisme urbain

Les quatre variations présentées sur le podium interrogent la frontière entre le concept pur et la portabilité. Loin du simple effet visuel, la superposition répond aux rythmes urbains actuels. La modularité des pièces satisfait une quête croissante de polyvalence, permettant une adaptation constante sans jamais sacrifier la rigueur formelle chère à la marque.

Une réinterprétation de l’élégance

Si la superposition n’est pas inédite — évoquant les fastes baroques ou les manteaux stratifiés du XXe siècle — Prada réinterprète cette tradition avec une sobriété nouvelle. La collection conjugue mémoire et usage, glamour et utilité, évitant l’écueil de l’ornementation gratuite pour se concentrer sur l’essentiel.

L’équilibre du style

L’équilibre entre mise en scène théâtrale et praticité vestimentaire s’impose comme une réussite critique. Prada transforme un motif ancien en un manifeste contemporain. À la Fondazione, art et mode fusionnent pour confirmer que le luxe doit aujourd’hui proposer des expériences qui suscitent autant la réflexion intellectuelle que le plaisir visuel.