Géopolitique et marché immobilier : un climat d’incertitude au Mipim
« Comment trouvez-vous l’ambiance cette année ? » C’est la question qui revenait sans cesse dans les allées du Mipim, le plus grand salon mondial de l’immobilier, qui vient de fermer ses portes à Cannes. Cette interrogation découlait directement des événements dans le Golfe et des récents conflits au Moyen-Orient. Plusieurs participants redoutaient en effet que ces tensions géopolitiques ne freinent la baisse des taux d’intérêt, ne provoquent une flambée du coût des matériaux et ne refroidissent l’appétit pour le risque chez les investisseurs, alors même que la conjoncture semblait enfin s’améliorer. Preuve que les temps changent : les professionnels du secteur suivent désormais d’aussi près l’actualité de la défense que les pages économiques.
La crise du logement abordable, défi majeur des villes européennes
Les conflits internationaux n’étaient pourtant pas les seuls sujets de préoccupation. Architectes et élus locaux ont largement abordé la pénurie de logements abordables qui frappe de nombreuses métropoles en Europe. Ian Mulcahey, directeur monde des villes et du design urbain chez Gensler, a souligné qu’il s’agissait du problème le plus complexe dans la majorité des agglomérations qu’il visite. « Chaque ville dans laquelle nous intervenons semble traverser une crise du logement, et j’ai encore du mal à en saisir toutes les raisons. En tant que société, nous n’avons toujours pas trouvé la formule pour construire suffisamment d’habitations pour nos concitoyens », confie-t-il.

L’ampleur du phénomène a été confirmée par le maire adjoint de Londres, chargé du logement et du développement résidentiel. Il a révélé que si la capitale britannique a besoin de 88 000 nouveaux logements chaque année, les mises en chantier de l’an passé ont à peine atteint la barre des 4 000. Lors de sa journée inaugurale dédiée à l’habitat, le Mipim a d’ailleurs invité sur scène des dirigeants de grandes villes, de Barcelone à La Haye, pour tenter d’esquisser des solutions. Le chemin à parcourir reste manifestement encore long.
Nouveaux horizons : luxe repensé et durabilité radicale
Malgré ces défis, une partie de l’industrie affichait un optimisme marqué et percevait de réelles opportunités de transformation. Giorgos Karampelas, directeur créatif de l’agence athénienne K-Studio, a expliqué que leur vision du luxe — épurée, valorisant la noblesse des matériaux et ancrée dans l’identité locale — séduisait un public bien au-delà des frontières de la Grèce.
De son côté, Kjetil Thorsen, cofondateur du prestigieux cabinet Snøhetta, a précisé que son agence d’architecture sélectionnait désormais uniquement des clients déterminés à élever drastiquement les standards en matière d’écoresponsabilité. C’est le cas de Mehmet Kalyoncu, promoteur du projet Ion Riva sur les rives de la mer Noire. « Je crois que nous n’avons jamais poussé les études environnementales aussi loin sur un terrain », a détaillé Kjetil Thorsen. « Nous connaissons la topographie du site dans ses moindres détails, jusqu’au trajet précis d’une goutte d’eau ruisselant sur la colline. Notre objectif est de sublimer ces atouts naturels en laissant l’environnement nous dicter où il est pertinent de bâtir et où il faut s’abstenir. »

Le réveil technologique de l’Europe du Sud
Le dynamisme et la confiance affichés par certaines régions, tout particulièrement en Europe du Sud, étaient également palpables. De très nombreux élus italiens ont fait le déplacement. Les édiles de villes comme Rome ou Gênes ont témoigné de la mutation de leurs communes, qui se transforment progressivement en véritables pôles d’innovation technologique, capables d’attirer de nouveaux talents tout en concrétisant leurs ambitions écologiques. Raffaele Laudani, maire adjoint chargé de l’urbanisme à Bologne, a détaillé ce repositionnement urbain.
« Bologne s’est imposée comme un carrefour stratégique européen incontournable pour le big data et l’intelligence artificielle. Nous hébergeons Leonardo, le deuxième supercalculateur le plus puissant au monde dédié à l’IA, autour duquel se développe tout un écosystème de savoir et de tech », a-t-il affirmé. « Nous concentrons 80 % de la puissance informatique de l’Italie et près de 30 % des capacités européennes. Avec la présence active d’universités et de centres de recherche, nous redéfinissons nos politiques publiques autour de ce projet phare que nous avons baptisé la « Cité de la Connaissance ». »
Un secteur résilient, tourné vers le long terme
Si l’atmosphère globale semblait par moments tendue cette année, le secteur immobilier reste une industrie habituée à se projeter sur le temps long et à traverser les zones de turbulences géopolitiques. De plus, de formidables relais de croissance demeurent très solides : qu’il s’agisse de l’explosion des besoins en data centers (les conférences sur ce thème ont d’ailleurs fait salle comble) ou des aménagements nécessaires au vieillissement de la population. C’est sans doute la raison pour laquelle la grande majorité des professionnels a quitté le Palais des Festivals avec un sentiment de détermination, prenant tout de même le temps de savourer un dernier verre de rosé sur la Croisette, avant de s’envoler de nouveau vers leurs capitales, de Berlin à Bakou.


