Polène choisit Milan pour son premier magasin italien. La marque française vient d’inaugurer une boutique de 343 mètres carrés au cœur du Quadrilatero, au 37 via Manzoni, dans les espaces précédemment occupés par Elisabetta Franchi. Fondée en 2016, la marque de maroquinerie féminine se distingue par ses propositions « intemporelles », comme le souligne le PDG et co-fondateur Antoine Mothay. Les collections sont réalisées par les 2 200 artisans d’Ubrique, en Andalousie, privilégiant des nuances naturelles et des formes organiques modelées par des techniques innovantes : cuir modelé sur bois, drapés fixés par des points cousus main, tressages et plis semblables à des origamis issus de motifs complexes.
Un contrôle total de la production et de la qualité
« Nous sommes présents dans les usines chaque jour, nous pouvons tout contrôler, garantir la traçabilité, enseigner, apprendre et échanger constamment. C’est un circuit de production très court, qui nous aide énormément à maintenir et améliorer la qualité de la confection », explique Mothay. 70 % du cuir utilisé provient d’Italie et, depuis 2023, Polène s’est étendue à la bijouterie, dévoilant des collections dorées à l’or fin 24 carats entièrement réalisées dans la péninsule. « Dès le début, l’objectif était d’apporter au client le meilleur produit possible, basé sur deux piliers fondamentaux : le design et la qualité, tant des matériaux que de la réalisation. Au début, nous avons passé plus d’un an à visiter des usines dans différents pays pour comprendre et perfectionner chaque détail avant le lancement. C’est un projet de long terme ».

Une distribution exclusive et une expansion internationale mesurée
Les propositions Polène sont distribuées uniquement via les magasins monomarques et l’e-shop officiel. Les sacs ont un prix d’entrée de 350 euros tandis que les éditions spéciales peuvent atteindre 600 euros. La marque compte actuellement 11 magasins au niveau mondial ; outre Milan, on trouve des boutiques à Paris (deux magasins monomarques et un corner au sein du grand magasin Le Bon Marché), New York, Tokyo, Séoul, Londres, Hambourg, Copenhague et Pékin, ces dernières ayant été inaugurées en novembre dernier. L’expansion retail se poursuivra en 2026 : « Au second semestre, nous ouvrirons à Chicago et en Californie, à Dubaï, une deuxième boutique à Tokyo et une à Osaka. Nous avançons avec calme : nous n’aimons pas courir. 100 % de notre distribution mondiale est directe, nous vendons en ligne mais nous croyons fermement au retail physique. Sur le net, il est possible de raconter beaucoup de choses mais ce n’est pas la même émotion. En magasin, l’équipe est formée pendant des mois avant l’ouverture pour connaître chaque détail : matériaux, couleurs, coutures, finitions. C’est ce que les clients recherchent aujourd’hui ».
Les résultats économiques sont équilibrés dans toutes les zones géographiques, les ventes en ligne étant légèrement plus importantes que le hors ligne. Le dirigeant ne communique pas les résultats financiers, « mais je peux dire que nous croissons chaque année de manière très dynamique, mais saine. Nous ne courons pas après les ventes : pour nous, l’objectif est l’expérience client. Si le travail est bien fait, les ventes arrivent en conséquence ».
Créativité, circularité et architecture
La circularité figure parmi les principes directeurs de la marque, comme en témoigne la collection « Plèi » qui inclut des sacs en macramé réalisés avec des perles de cuir upcyclées, des murs en briques de cuir, des objets d’intérieur floraux et des créations collaboratives avec des artisans invités. Polène a récemment collaboré avec la styliste irlandaise Róisín Pierce, présentant deux sacs lors de la Paris Fashion Week de mars dernier. La marque reste ouverte à de nouvelles partenariats avec des designers et des artistes.

Le flagship de Milan a été confié à Norm Architects. Le projet s’inspire des codes architecturaux milanais : des façades sobres et discrètes qui cachent des intérieurs lumineux, riches en détails et en contrastes. Chaque matériau évolue dans sa couleur et sa texture, du brut au raffiné. L’expérience immersive « Craft at work » accueille les clientes à travers le « Leather Orchestra » : un petit espace dédié où les visiteuses sont entourées de panneaux de cuir, où matière et son se rencontrent dans une performance immersive. L’entrée est dominée par la pierre, inspirée des sols du chef-lieu lombard. Suit ensuite l’espace dédié aux tissus, où les murs, les canapés aux formes arrondies et les tapis créent une atmosphère enveloppante. S’ouvre alors l’univers du cuir dont le travail s’inspire des ateliers d’Ubrique. Le bois est également présent comme élément chaud et tactile, tout comme la possibilité de personnaliser les créations avec ses initiales. La céramique habille le dernier espace qui accueille une œuvre de l’artiste italienne Clara Graziolino, soulignant le fil rouge avec les talents du territoire.
Milan : un choix stratégique et culturel
« Milan a été un choix naturel pour nous. C’est une grande capitale de la mode, avec une forte attention portée à l’artisanat et au savoir-faire. Nous savons que les clientes italiennes sont très averties, sensibles et attentives ; elles comprennent la complexité du design et de la haute qualité, cela fait partie de la culture italienne. C’est pourquoi nous pensons que c’est une rencontre très intéressante et il est important pour nous d’être ici. Le magasin de la via Manzoni est pensé comme un parcours sensoriel, pièce après pièce, chacune dédiée à un matériau : pierre, bois, céramique, cuir. La boutique n’est pas seulement un point de vente, mais un lieu d’émotion et de connaissance », conclut le PDG.


