L’automne-hiver 2026 consacre le retour du col en fourrure, non plus comme un simple rempart contre le froid, mais comme un puissant marqueur de statut. Mêlant esthétique spectaculaire et pragmatisme assumé, cet accessoire réinvente la silhouette avec une conscience aiguë de la durabilité et une volonté de rendre le luxe accessible.
L’accessoire comme signature architecturale
Les podiums de cette saison ont remis en lumière un détail de silhouette qui évoque instantanément un luxe feutré : le col ou l’étole en fourrure, traité comme un ornement sculptural plutôt que comme un vêtement purement utilitaire. Initialement repérée à Copenhague avant de conquérir New York, cette tendance consacre la pièce amovible. Elle possède le pouvoir singulier de métamorphoser un manteau classique en une pièce maîtresse, offrant une allure « couture » sans exiger l’investissement d’une tenue complète.
La nouvelle grammaire du « rich-girl »
Le col s’impose comme le signe extérieur d’une élégance savamment calculée. Les créateurs ont exploré des volumes audacieux : cols oversize drapés, étoles ceinturées ou formes tubulaires entravant volontairement le mouvement pour souligner une certaine oisiveté luxueuse. Parallèlement, on observe un retour des cols montants et des ruches, travaillés dans des matériaux comme l’organza plissé ou le shearling recyclé. Une approche qui témoigne d’une volonté de réinventer l’encolure classique avec des textures complexes.
Entre théâtralité et minimalisme
La dualité est de mise. D’un côté, des maisons comme Ralph Lauren jouent la carte du maximalisme en associant imprimés léopard et fausse fourrure sur de longs manteaux, tandis qu’Anna Sui et Michael Kors déclinent l’étole comme un accessoire de salon porté à l’extérieur. De l’autre, l’école scandinave privilégie une approche plus subtile, utilisant des cols exagérés pour dissimuler les boutonnages de manteaux épurés. Cette ambivalence prouve que le col peut servir aussi bien le geste spectaculaire que l’upgrade discret.
L’adoubement par les icônes de style
La transition des défilés vers la rue s’est opérée grâce à l’audace de figures influentes. Rihanna a ouvert la voie en trench cuir bordé de fourrure AWGE, affirmant un style radical. À Paris, Dua Lipa a marqué les esprits en manteau shearling Valentino, tandis que Selena Gomez a relancé l’esthétique « rich-girl » via Instagram début février 2026. De Miley Cyrus à Zoë Kravitz, l’adoption de pièces similaires, qu’elles soient bohèmes ou minimalistes, illustre la fluidité de cette tendance qui navigue désormais librement entre haute couture et culture urbaine.
Illusion thermique et conscience matière
Il est essentiel de noter que la fonction première de ces pièces n’est pas thermique. Ces étoles, parfois rigides ou tubulaires, offrent une protection limitée et contraignent la gestuelle. Leur rôle est éminemment symbolique : apporter texture et richesse visuelle. Ce phénomène s’accompagne d’une réflexion matérielle, avec l’utilisation croissante de shearling recyclé et de matières techniques plissées. Cette démarche interroge la frontière entre ostentation et responsabilité, alors que ces pièces s’apprêtent à intégrer le marché grand public.
Un code de distinction démocratisé
Si ce type de col puise ses racines dans l’histoire du costume — évoquant les manteaux victoriens et le glamour du vieil Hollywood — sa réinterprétation actuelle est résolument moderne. Il agit comme un « hack » stylistique permettant d’ennoblir un vestiaire existant. La modularité de l’accessoire facilite sa circulation entre les segments de marché, transformant un code de distinction ancien en une stratégie visuelle accessible. L’avenir de cette tendance résidera dans la capacité des créateurs à maintenir cet équilibre entre l’allure prestigieuse d’antan et les impératifs contemporains de durabilité.

