Une vente record de Modigliani et d’œuvres emblématiques à Londres en 2026

Tableau Modigliani enchères Londres
Photo © Sotheby's — via https://www.sothebys.com/en/buy/auction/2025/modernites-pf2516/raymond?locale=fr

Sotheby’s annonce une vente historique à Londres pour 2026. Mettant en lumière la plus vaste collection jamais dévoilée dans la capitale britannique, cet événement devrait frôler les 232 millions d’euros, avec en majesté des toiles de Modigliani, Picasso, Schiele et Bacon.

Un événement londonien sans précédent

Le 24 juin 2026, la maison Sotheby’s orchestrera à Londres la dispersion de 25 chefs-d’œuvre de l’art moderne issus de la prestigieuse collection Lewis. Il s’agit, selon les experts, du rassemblement d’œuvres le plus important jamais proposé en une seule vacation outre-Manche. L’estimation globale donne le vertige : près de 200 millions de livres sterling, soit environ 231,5 millions d’euros.

Au cœur de cette sélection pointue, l’œuvre d’Amedeo Modigliani capte inévitablement les regards avec son « Nu assis au collier », évalué à environ 52,1 millions d’euros. Réalisée entre 1917 et 1918, cette toile est d’ores et déjà considérée par Sotheby’s comme l’une des pièces les plus magistrales de l’artiste jamais apparues sur le marché.

Le parfum de scandale de Modigliani

Ce tableau magistral s’inscrit dans la légendaire série des nus de Modigliani, un jalon incontournable de l’histoire de l’art moderne. En 1917, ces toiles avaient provoqué un tel émoi à Paris que la police avait exigé la fermeture de leur exposition. Le paradoxe est savoureux : l’indécence d’hier s’est muée en l’un des actifs les plus convoités d’aujourd’hui.

Avant sa mise aux enchères, la toile sera exposée au public londonien du 10 au 23 juin. Affichant des dimensions imposantes de 91,5 sur 59,7 cm, elle avait précédemment changé de mains en 1995 pour 12,43 millions de dollars.

Si ces estimations stratosphériques se confirment, Londres pourrait bien regagner son aura face à New York sur le terrain des ventes de Modigliani. Jusqu’à présent, l’artiste n’a franchi la barre symbolique des 100 millions de dollars qu’à deux reprises, et ce, sur le sol américain.

Picasso, Schiele, Bacon : une constellation de génies

Modigliani n’est pas la seule étoile de ce catalogue exceptionnel. Sotheby’s dévoile également sept œuvres de Pablo Picasso, illustrant huit décennies de son génie créatif. Parmi elles s’illustre un rare portrait de Dora Maar, muse et complice artistique du maître, une œuvre intitulée « Buste de Femme » et tenue loin des regards du public depuis plus d’un demi-siècle.

La sélection s’enrichit de « Danaë », une toile peinte par Egon Schiele alors qu’il n’avait que 19 ans. Cette composition aux accents sombres offre une interprétation intimiste du mythe et marque une rupture stylistique décisive pour le peintre autrichien, tragiquement emporté par la grippe espagnole en 1918 à l’âge de 28 ans.

Francis Bacon vient parachever ce panorama avec « Two Studies for a Self-Portrait » (1977). Cette période introspective de l’artiste britannique fut profondément marquée par la perte de son compagnon George Dyer en 1971, une tragédie que Bacon résumait avec une lucidité glaçante : « Les gens mouraient autour de moi comme des mouches, et je n’avais personne d’autre à peindre que moi-même. »

L’œil stratégique de la famille Lewis

Cet ensemble muséal est le fruit de décennies de passion entretenue par Joe Lewis et sa fille Vivienne. Leur collection se distingue par une fascination assumée pour la figure humaine et pour les maîtres de la « School of London », tels que Bacon ou Lucian Freud. Cette ligne directrice confère à la sélection une cohérence esthétique bien supérieure à une simple accumulation de signatures mondaines.

Né en 1937 dans l’East End londonien, Joe Lewis a bâti un empire financier avec le Tavistock Group et l’ENIC Group, détenant notamment le club de Tottenham Hotspur. Si son parcours a récemment été entaché par une affaire de délit d’initié à New York en 2023 — soldée par une amende de 5 millions de dollars avant une grâce de Donald Trump —, sa collection d’art demeure estimée à près d’un milliard de dollars.

Aujourd’hui, ce corpus témoigne d’une démarche à la fois intellectuelle et stratégique. L’engouement des Lewis pour l’avant-garde historique trouve d’ailleurs un écho dans leur soutien continu aux créateurs de la scène contemporaine.

Ce type de vente révèle finalement une mécanique propre à la haute sphère du marché de l’art : la combinaison de la rareté, d’une provenance irréprochable et d’une aura muséale transforme des toiles autrefois controversées en objets de compétition mondiale. Toutefois, les estimations doivent être lues avec discernement. Plus qu’une promesse de résultat absolu, elles incarnent l’ambition affichée de Sotheby’s : faire de cet événement le baromètre incontestable de la résilience d’un marché de l’art londonien décidé à trôner au sommet.