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Ajouter Texture à GoogleLe samedi 26 septembre 2026, le silence feutré des boutiques de luxe du Quadrilatero della moda a été rompu par un fracas inhabituel. En pleine Fashion Week de Milan, alors que les acheteurs et journalistes convergeaient vers les défilés des collections Prêt-à-porter Printemps/Été 2027, une mobilisation d’envergure a transformé les rues de la capitale lombarde en tribune politique. À l’appel de la Coalition to Abolish the Fur Trade (CAFT), des centaines de militants — au moins un millier selon les organisateurs — ont défilé pour exiger la fin définitive de la fourrure sur les podiums italiens.
L’action, point d’orgue d’une semaine de protestations entamée le 22 septembre, ne s’est pas contentée de slogans classiques. Au milieu des banderoles affichant « Milan Fashion Week, Ban Fur Now » ou « Their Lives Are Worth More Than Your Outfit », les manifestants ont diffusé des enregistrements sonores de cris d’animaux d’élevage en souffrance. Un sit-in a paralysé une partie de la chaussée, tandis que des tensions ont éclaté devant certaines enseignes. Si un cordon de police protégeait la boutique Fendi, les abords du magasin Philipp Plein ont été le théâtre de bousculades entre le personnel et les militants. Cette journée marque une étape critique dans un bras de fer qui oppose désormais une partie de l’opinion publique aux instances dirigeantes de la mode italienne.
Une recommandation sans contrainte
Le cœur du conflit réside dans l’ambiguïté réglementaire de la Camera Nazionale della Moda Italiana (CNMI). En mai 2026, l’institution a émis une recommandation invitant les maisons de couture à ne plus présenter de fourrure animale à partir de la session de septembre 2026. Toutefois, ce texte ne comporte aucun caractère contraignant. Contrairement à la London Fashion Week et à la New York Fashion Week, qui ont instauré une interdiction formelle et sanctionnée, Milan — aux côtés de Paris — maintient une position de principe sans mesures coercitives.
Cette situation place l’Italie dans une posture singulière. Si le pays a officiellement acté la fermeture définitive des élevages d’animaux à fourrure sur son territoire depuis la mi-2022, la loi autorise toujours l’importation, le commerce et l’exposition de ces matières. Les militants de la CAFT dénoncent ce qu’ils considèrent comme une hypocrisie législative, réclamant que la Fashion Week milanaise s’aligne sur les standards de ses homologues anglo-saxonnes.
Fendi et le poids de l’héritage
Dans ce paysage en mutation, une maison cristallise toutes les critiques : Fendi. Fondée en 1925 comme atelier de fourrure et de maroquinerie, la griffe romaine, propriété du groupe LVMH, continue de revendiquer son savoir-faire historique. Lors de son défilé Printemps/Été 2027, présenté le 23 septembre 2026, la marque a une nouvelle fois intégré des pièces en fourrure véritable, notamment des vestes en peaux brutes, des manteaux afghans et de l’astrakan.

Pour les organisateurs de la manifestation, Fendi représente le principal verrou politique empêchant une transition vers le « fur-free » total à Milan. L’influence de la maison est structurelle : son directeur général, Pierre-Emmanuel Angeloglou, siège au conseil d’administration de la CNMI. Le collectif CAFT désigne nommément la pression exercée par LVMH au sein de la gouvernance de la Camera comme le facteur bloquant l’adoption d’un règlement d’interdiction. Si cette accusation de blocage systématique est fermement portée par les militants, la CNMI n’a pour l’heure pas précisé si des débats internes ou des votes avaient formellement opposé les marques membres sur cette question.
La position de Fendi détonne d’autant plus que la majorité des grands noms de la mode italienne ont déjà franchi le pas. Giorgio Armani a renoncé à la fourrure dès 2016, suivi par Gucci et Prada en 2020, puis par Dolce & Gabbana en 2022. En persistant dans cette voie, Fendi, mais aussi Max Mara et Philipp Plein, se retrouvent désormais isolés face à une campagne de pression qui ne se limite plus aux trottoirs de Milan.
L’hémorragie des sponsors
Le combat mené par la CAFT a pris une dimension économique directe au cours de l’année 2026. Faute d’obtenir un engagement immédiat de la CNMI, le collectif a déplacé son curseur vers les partenaires financiers de la Fashion Week. Cette stratégie de ciblage des sponsors a provoqué une série de défections notables en quelques mois.
Dès la fin du mois de janvier 2026, le géant de la logistique DHL a annoncé l’arrêt de son partenariat. Il a été suivi peu après par Wella. En avril, c’est Visa qui a confirmé la résiliation de son contrat après une campagne de harcèlement ciblée devant ses sièges sociaux et les domiciles de ses dirigeants. Plus récemment, en juin 2026, Acqua Fiuggi et LMDV Capital ont également mis fin à leur sponsoring. Ces retraits successifs affaiblissent la structure de financement de l’événement et forcent les instances à réévaluer le coût de leur neutralité sur le sujet.
La nouvelle cible des militants est désormais la Fondazione Altagamma, qui regroupe les entreprises de l’excellence culturelle et créative italienne. En accentuant la pression sur les administrateurs de la fondation, la CAFT espère obtenir une intervention directe auprès de Carlo Capasa, le président de la CNMI, pour transformer la simple recommandation en interdiction totale. Alors que la semaine de la mode milanaise s’achève, le secteur se retrouve face à un dilemme : préserver les traditions artisanales de ses maisons historiques ou céder à une exigence de transformation éthique devenue incontournable pour ses partenaires financiers.


