Au-delà de la chaleur écrasante qui pétrifie parfois les ruelles du Centro Storico, Rome dissimule un autre visage, accessible uniquement à ceux qui acceptent de quitter le bitume des Forums pour gagner les hauteurs. Dans cette ville où le passé s’empile strate après strate, le toit-terrasse est devenu bien plus qu’un simple lieu de villégiature estival : c’est un belvédère stratégique d’où l’on observe la lente métamorphose de la Ville Éternelle. Cette saison, la capitale italienne connaît un renouveau hôtelier sans précédent, attirant de grandes signatures du design et de la gastronomie sur ses sommets. De la colline de l’Aventin aux quartiers industriels réhabilités, le panorama romain se redessine à travers des adresses qui font rimer héritage impérial et art de vivre contemporain.
L’art du panorama à 360 degrés : du Panthéon à la Basilique Saint-Pierre
L’arrivée de l’hôtel Orient Express La Minerva marque une étape symbolique dans cette conquête des cimes. À son sommet, le restaurant Gigi Rigolatto s’impose comme l’un des postes d’observation les plus spectaculaires de la cité. Ici, la vue n’est pas un simple décor, mais une immersion totale dans la topographie romaine. Le regard balaie un horizon où se bousculent le dôme du Panthéon, la masse imposante du Vittoriano et, au loin, la coupole de la Basilique Saint-Pierre qui semble flotter dans l’air doré du crépuscule. Fruit d’une collaboration entre Paris Society et Rikas Hospitality, ce lieu vit au rythme des heures italiennes. Dès l’aube, le rituel commence avec la précision d’un ristretto et la gourmandise des maritozzis débordant de crème. Plus tard, sous la lumière rasante, les tables se couvrent de vitello tonnato, de milaneses et de linguini mariant le tartare de langoustines à la force de la pistache. Le Bellini y est servi avec une déférence toute transalpine, tandis que les fruits givrés apportent la note finale nécessaire à la moiteur des soirées romaines.
À quelques encablures de là, une autre vision de la modernité a pris racine dans le quartier de San Lorenzo. Le Soho House, installé dans un édifice des années 1950, a bousculé les codes traditionnels de l’hôtellerie romaine depuis son ouverture fin 2021. Ce rooftop, situé au dixième étage, se distingue par son atmosphère décontractée et son esthétique soignée. D’un côté, une piscine dont le fond tapissé d’une mosaïque rouge invite à une baignade contemplative ; de l’autre, le restaurant sous l’égide de Cecconi’s. C’est l’adresse de prédilection pour ceux qui cherchent à fuir le classicisme formel. On y commande une margarita épicée pour accompagner des spaghetti au homard, tout en regardant le ciel s’embraser derrière les silhouettes industrielles du quartier, prouvant que Rome sait aussi cultiver une élégance brute, loin des colonnades antiques.
Design et jardins suspendus : les nouvelles signatures créatives
La transformation de Rome passe aussi par le regard de créateurs internationaux qui réinterprètent le jardin romain. Au Six Senses, situé face à la galerie Doria-Pamphilj, l’architecte d’intérieur Patricia Urquiola a conçu un espace baigné d’une clarté singulière. Le rooftop, baptisé NOTOS, évite l’écueil de la terrasse minérale pour proposer l’ambiance joyeuse et foisonnante d’un jardin du sud de l’Italie. Sous la direction du chef Fabio Sangiovanni, la cuisine y est une célébration de la fraîcheur. Le carpaccio de scampi et les raviolis caprese répondent aux gnocchis alle vongole, créant une harmonie parfaite avec la vue sur l’église de San Marcello al Corso. C’est une expérience sensorielle où le végétal et le sacré se rejoignent, suspendus au-dessus du tumulte de la Via del Corso.
Dans un registre plus confidentiel mais tout aussi précis, le 9Hotel Cesàri surprend par sa discrétion. Derrière une façade urbaine aux lignes modernes se cache une terrasse verdoyante offrant un tête-à-tête privilégié avec l’église de San Ignacio de Loyola. L’atmosphère y est dictée par les accords doux d’un groupe live qui accompagne la dégustation de spritz ou de martinis. On y grignote des olives vertes charnues et des bruschettas, ou encore des pizzas à la pâte finement travaillée, dans un cadre qui privilégie l’intimité et le charme d’une Rome secrète, presque protégée du regard des passants.
L’héritage du luxe : entre marbre impérial et parasols rayés
Il est impossible d’évoquer les toits de Rome sans mentionner l’empreinte de la maison Bvlgari. Sur la Piazza Augusto Imperatore, le Bvlgari Hotel incarne un luxe feutré où le marbre règne en maître. Après avoir salué la statue d’Auguste trônant dans le lobby, l’ascenseur mène au septième étage, où se déploie La Terrazza. L’esthétique y est immédiatement reconnaissable : un bassin orné du motif étoile signature de la maison, des fauteuils profonds aux coussins éclatants et une profusion de fleurs. Le menu, tourné vers la mer, propose des huîtres d’une grande fraîcheur et des crudos de poisson, complétés par une focaccia à la tomate dont la simplicité n’a d’égale que la qualité des ingrédients. C’est sans doute ici que l’on ressent le plus intensément le lien entre la Rome du passé et celle du prestige contemporain, face à un soleil qui décline lentement sur les ruines du mausolée d’Auguste.
Sur la célèbre Piazza di Spagna, l’Hôtel de la Ville, propriété du groupe Rocco Forte, cultive une autre forme d’excellence. Son rooftop, judicieusement nommé Cielo, offre l’une des perspectives les plus enviées de la ville. Sous les emblématiques parasols à rayures rouges et blanches, signatures visuelles du palace, on découvre une carte orchestrée par Fulvio Pierangelini. Le chef y déploie un répertoire italien maîtrisé : fleurs de courgette en tempura, linguine au citron vibrantes et gnocchis cacio e pepe d’une onctuosité absolue. Lorsque le ciel vire à l’orangé, la terrasse devient le point de ralliement d’une clientèle internationale venue chercher une certaine idée de la perfection romaine, entre gastronomie de haut vol et vue imprenable sur les coupoles environnantes.
Renaissance historique et nouveaux refuges urbains
La rénovation urbaine touche aussi les institutions les plus vénérables. L’iconique Hotel d’Inghilterra, refuge historique de l’aristocratie depuis le milieu du XVIe siècle, a récemment fait peau neuve. Tout en préservant ses suites capitonnées et son charme séculaire, l’établissement Starhotels Collezione a inauguré cette année la Terrazza Romana. Situé à deux pas de la Via Condotti, ce nouveau bar à cocktails dirigé par Angelo Di Giorgi propose une immersion dans l’élégance classique. Ouverte en fin de journée, la terrasse invite à la confidence autour de vins italiens rigoureusement sélectionnés et de petites assiettes à partager, permettant de redécouvrir le quartier de la Place d’Espagne sous un angle plus calme et raffiné.
Enfin, pour clore ce voyage vertical, le The Rome EDITION vient d’ajouter sa pierre à l’édifice avec l’ouverture de The Roof. Fidèle à l’esprit de la marque, le lieu conjugue minimalisme sophistiqué et animation permanente. Autour d’une piscine entourée de chaises longues, la vie s’organise du déjeuner au dîner sans interruption. Le menu s’articule autour de classiques méditerranéens réinterprétés : tartare de thon parfaitement assaisonné, club sandwich généreux et homard grillé. Accompagnée d’une carte de cocktails audacieuse, cette adresse de septième étage s’annonce déjà comme le nouveau point de chute de ceux qui souhaitent voir Rome à travers le prisme d’une modernité cosmopolite et dynamique.
Quitter le sol pour rejoindre ces terrasses n’est pas seulement une manière d’échapper à l’agitation des rues romaines. C’est accepter de voir la ville comme un ensemble vivant, où chaque toit raconte une histoire différente : celle d’une rénovation réussie, d’une collaboration gastronomique inédite ou de la vision d’un designer. À Rome, le spectacle se joue désormais en altitude, confirmant que si toutes les routes mènent à la cité impériale, les plus belles d’entre elles s’achèvent face au ciel.


