La maison italienne Molteni&C déploie son aura esthétique au-delà des murs, signant une collection outdoor où dialoguent continuité, sobriété et pérennité. Une partition d’une élégance résolument contemporaine.
L’art de la constance
Depuis une décennie, Vincent Van Duysen insuffle chez Molteni&C un lexique d’une précision absolue. Lignes apaisées, proportions magistrales et continuité rare définissent cette grammaire qui innerve aussi bien les canapés Augusto et Paul que les systèmes de rangement ou les cuisines de la maison italienne. Dans une industrie souvent séduite par l’artifice du renouveau permanent, cette constance s’érige en véritable manifeste.
La nouvelle collection outdoor 2026 prolonge cette philosophie, s’imposant sans rupture ni heurts. Révélée à Paris lors du salon Maison&Objet 2026, elle couronne un travail initié il y a plus de trois ans autour du mobilier d’extérieur. S’y tisse un dialogue subtil entre les propositions de Van Duysen, du Studio Dordoni et de l’agence canadienne Yabu Pushelberg.
Le plein air, un prolongement naturel
Pour Molteni&C, le jardin s’affranchit de son statut de simple décor. La collection s’envisage comme un écosystème global, conçu pour instaurer une véritable conversation entre l’architecture, la lumière, la matière et les usages. Le vocabulaire, toujours empreint de sobriété, trace un trait d’union invisible entre l’intimité de l’intérieur et l’évasion des espaces à ciel ouvert.
Au cœur de ce dispositif, la série Soleva, dessinée par Van Duysen, donne le ton. Si son nom convoque la lumière solaire, sa vocation est avant tout d’instaurer une temporalité ralentie, presque méditative, à l’opposé de toute ostentation. Fauteuils bas, assises de repas et chaises longues composent ainsi une symphonie dédiée à la retenue.
L’exigence de la matière
De son côté, le Studio Dordoni réinterprète l’emblématique gamme Chelsea dans une déclinaison outdoor. Loin d’être un simple mimétisme esthétique, cette transition vers l’extérieur repose sur des choix structurels forts : utilisation du teck, détails de cordage délicats et travail millimétré des proportions. Les canapés modulables, les sièges tressés et les tables conservent toute la rigueur du dessin originel.
L’aspect technique n’est pas en reste. Comme le souligne la revue Wallpaper, la gamme Soleva marie aluminium thermolaqué, contreplaqué marin, coussins déperlants recyclables, et intègre même des éléments sculpturaux en béton. Le catalogue s’enrichit également de nouveaux luminaires développés avec Vibia, étendant la vision de la marque bien au-delà du seul mobilier, une démarche d’ailleurs saluée par Archiproducts.
Cette quête de continuité absolue porte toutefois en elle ses propres limites : à force d’épurer, l’innovation se fait plus discrète, voire silencieuse. Si Molteni&C gagne en cohérence magistrale, c’est parfois au détriment de l’effet de surprise ou d’un éclat plus inattendu.
Une vision holistique du raffinement
Lors de la présentation parisienne orchestrée par Vincent Van Duysen au sein du flagship de la marque, un postulat s’est imposé : l’extérieur exige désormais le même degré d’excellence que l’intérieur. Le confort n’est plus envisagé comme un supplément d’âme, mais comme un standard incontournable, tandis que le luxe s’exprime dans la maîtrise absolue plutôt que dans l’accumulation.
Cette philosophie fait écho à une mutation profonde du design, où les frontières s’estompent au profit d’environnements plus architecturés que purement décoratifs. Avec cette collection méthodique aux ambitions résolument intemporelles, Molteni&C rappelle une vérité fondamentale : en design comme en architecture, la justesse et la retenue traversent le temps avec bien plus d’assurance que les fulgurances éphémères.

