Un club maritime à Majorque réimaginé dans un style contemporain et chargé d’histoire

club maritime contemporain Majorque
Photo © YACHT — via https://www.yacht.de/fr/voyages-and-charters/espagne/entretien-les-installations-portuaires-vont-etre-renovees-tels-sont-les-projets-du-president-du-club-de-mar/

Le Club de Mar-Mallorca, symbole du yachting haut de gamme depuis 1972, a été entièrement rénové entre 2020 et 2025. Fusionnant modernité et mémoire, cette métamorphose offre un équilibre subtil entre élégance maritime et convivialité méditerranéenne.

Une renaissance architecturale face à la baie

À Palma, le Club de Mar-Mallorca a longtemps été la vitrine discrète du yachting d’exception. Fondé en 1972 et officiellement inauguré quatre ans plus tard, il a vu mouiller les navires de figures historiques et hollywoodiennes, de la reine Elizabeth II à Richard Burton et Elizabeth Taylor. Si la vaste rénovation achevée au tournant de 2025 en a redessiné les contours, cette aura mondaine demeure intacte. Elle se trouve aujourd’hui réinterprétée à travers une grammaire stylistique plus épurée, architecturale et résolument tactile.

Le projet a profondément transformé l’empreinte de cette institution baléare. Quatre bâtiments interconnectés abritent désormais deux restaurants, un salon privé réservé aux membres, ainsi qu’un spa. À l’extérieur, le club s’est paré d’un aménagement paysager spectaculaire, souligné par un jardin vertical de 300 mètres carrés. L’ensemble évoque un port miniature où les volumes contemporains semblent s’être posés avec une rigueur mathématique ; une esthétique d’abord surprenante, qui révèle rapidement une parfaite harmonie.

L’élégance nautique selon Marta de la Rica

La scénographie intérieure a été confiée à Marta de la Rica. Loin de se limiter à une accumulation d’accessoires thématiques, la designer madrilène, à la tête de son studio depuis 2014, a cherché à tisser une véritable cohérence entre couleurs, matières et géométries, esquivant le piège d’une symbolique nautique littérale.

Le résultat échappe avec brio au cliché d’un luxe marin trop lisse. Les surfaces vernies évoquent par touches l’éclat des légendaires hors-bords Riva, tandis que les essences de teck et de sycomore instaurent l’atmosphère feutrée d’une luxueuse cabine. La palette, vibrante de rouge, de bleu et de jaune, emprunte au Code international des signaux, ce langage chromatique universel des marins. Des rayures élégantes, des banquettes capitonnées et des détails sur mesure viennent structurer l’espace avec une sophistication qui réinvente les codes du genre.

Le poids de la mémoire, l’art du contraste

Pour sublimer ces nouveaux volumes, le club a rouvert ses propres archives. Maquettes de voiliers, baromètres anciens, ancres et casques de scaphandrier s’intègrent à une mise en scène qui donne une épaisseur historique au lieu. Pour Marta de la Rica, inviter ces objets patinés par le temps est un moyen d’insuffler un supplément d’âme à une architecture immaculée. Une démarche précieuse dans un univers où le design de prestige cède souvent à la tentation du flambant neuf.

Cette philosophie s’inscrit dans le prolongement de ses précédents projets, où la créatrice excelle dans le dialogue entre antiquités, œuvres d’art et mobilier sur mesure. Une signature déjà éprouvée auprès de grands collectionneurs, lors de la restauration d’une demeure du XVIe siècle pour la comtesse Pino Gil de Biedma, ou encore pour le Cristine Bedfor, son premier projet hôtelier à Malaga.

Le pari d’une modernité chaleureuse

Financée par les membres eux-mêmes à hauteur de 82 millions d’euros, cette transformation colossale témoigne d’une volonté claire, défendue par son président Borja de la Rosa Maura : repositionner le club parmi les adresses les plus incontournables de la Méditerranée. Le pari architectural était audacieux, exigeant d’allier la froideur apparente du béton, du verre et de l’aluminium à une atmosphère intimiste, presque domestique.

C’est précisément cette tension qui donne sa force au projet. Si la monumentalité contemporaine du bâtiment impose le respect, l’aménagement intérieur s’attache à en adoucir les angles. Une leçon d’art de vivre typiquement méditerranéenne : à Majorque, terre de villas somptueuses et de ports discrets, le véritable prestige se refuse à l’austérité pour embrasser une forme supérieure de convivialité.

Une vigie tournée vers l’horizon

L’ancrage personnel de Marta de la Rica éclaire également cette vision. Bien qu’elle confesse naviguer peu, la designer puise dans ses souvenirs d’étés majorquins, lorsqu’elle longeait le cap de Formentor avec son grand-père. Cette réminiscence insulaire agit comme un fil conducteur impalpable, infusant l’espace de nuances liées à l’horizon, à la lumière et aux textures minérales. Rien de littéralement autobiographique, mais plutôt une inspiration poétique qui guide sa conception spatiale.

Aujourd’hui, la créatrice déploie son talent d’une clientèle pointue à Minorque jusqu’à Manille. Avec The Lab, l’antenne expérimentale de son studio, elle a récemment dévoilé Of Marble and Metal, une première collection de mobilier, ainsi qu’une ligne de vaisselle estivale. Et tandis que ses prochaines recherches créatives devraient explorer le travail de la laine, son intervention à Palma s’inscrit déjà comme une œuvre majeure.

Car au Club de Mar-Mallorca, c’est l’expérience de l’instant qui prime. Depuis la terrasse supérieure, le regard embrasse la baie de Palma, les toits de la vieille ville et la majesté de la cathédrale. C’est ici que réside la magie intemporelle des grands clubs nautiques : offrir, depuis le cœur même de son point d’ancrage, l’éternelle illusion d’un grand départ.