Une rénovation discrète mais significative d’une maison des années 1960 près de Rome

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À proximité de Rome, une maison des années 1960 retrouve son harmonie

À proximité de Rome, une maison des années 1960 retrouve harmonie et modernité en conservant son identité historique, à travers une transformation subtile résolument axée sur la lumière et la fluidité des espaces.

À une trentaine de minutes de la capitale italienne, la région des Castelli Romani propose depuis longtemps une vision alternative de la dolce vita : plus confidentielle, plus verdoyante, loin du tumulte urbain. C’est au cœur de ce paysage vallonné, ponctué de villages anciens, qu’une bâtisse des années 1960 a été repensée par Studiotamat pour une famille de cinq personnes. Le projet ne cherchait nullement à gommer le passé, mais plutôt à l’ancrer dans une habitabilité contemporaine.

Édifiée sur un terrain de 3 200 m² entre Grottaferrata et Frascati, la propriété offre une vue imprenable sur la Ville Éternelle. L’enjeu architectural majeur consistait à préserver l’ossature originelle du lieu sans pour autant le figer dans une nostalgie muséale. Un exercice d’équilibriste exigeant : les demeures modernistes d’après-guerre, bien que généreuses en volumes, souffrent souvent d’un déficit de circulation, requérant ainsi une intervention aussi ferme que délicate.

L’art de l’épure et de la fluidité

Pour redéfinir les perspectives, le studio romain a d’abord pris le parti de simplifier la distribution des espaces. Les couloirs étriqués ont été supprimés, tout comme une série de pièces de service devenues obsolètes. Ce geste, en apparence élémentaire, a radicalement métamorphosé la perception de l’ensemble : la lumière naturelle circule désormais librement, les axes visuels s’ouvrent, et l’architecture s’affranchit de sa fragmentation initiale.

Le trio d’architectes, formé par Tommaso Amato, Matteo Soddu et Valentina Paiola, revendique une approche sensible, profondément respectueuse de l’ADN de la bâtisse. L’intention n’était pas de faire table rase, mais d’exalter les qualités patrimoniales encore lisibles. Deux cheminées d’origine ont ainsi été minutieusement restaurées et serties dans des parements en pierre naturelle. Un parti pris fort qui confirme qu’en matière d’architecture d’intérieur, il est toujours plus judicieux de souligner un caractère existant plutôt que de le diluer.

Dans la lignée de ses précédentes réalisations romaines, telles que Casa Continua ou Rude House, Studiotamat déploie ici sa signature : une continuité spatiale évidente et une réinterprétation respectueuse du bâti, avec une attention toute particulière portée à l’ergonomie du quotidien.

Une matérialité sobre et rigoureuse

Le rez-de-chaussée s’articule autour d’un vaste salon, qui dialogue de plain-pied avec la salle à manger. La palette de matériaux brille par sa sobriété : pierre, chêne, travertin et enduits lumineux. Le mobilier, loin de chercher à imposer sa présence, vient prolonger les lignes architecturales. On y retrouve des icônes incontournables du design, à l’image des canapés Marenco signés Arflex ou des chaises Cesca de Marcel Breuer pour Knoll, harmonieusement associées à des pièces dessinées sur mesure.

La cuisine, subtilement dissimulée derrière une porte coulissante, privilégie une esthétique fonctionnelle plutôt qu’ostentatoire. L’îlot central, les boiseries latérales et les rangements sur mesure structurent le volume sans l’alourdir. Le résultat, d’une grande justesse, s’impose par son efficacité silencieuse — la marque des aménagements véritablement réussis. Les fenêtres, parées d’un motif losangé, font un clin d’œil à la ferronnerie d’époque, tissant un lien discret entre hier et aujourd’hui.

Les finitions s’inscrivent dans cette même exigence : un majestueux travertin rouge persan y côtoie des verts d’eau et des essences de bois chaleureuses. Tout est question de maîtrise et de mesure. Cette retenue confère au lieu une élégance intemporelle, évitant l’écueil fréquent des rénovations luxueuses qui tendent parfois à accumuler les gestes forts au détriment de la cohérence.

L’espace nuit : entre mesure et fantaisie

À l’étage, la résidence conserve son fil conducteur tout en s’autorisant un changement de ton. Dans la suite parentale, un revêtement mural texturé dissimule avec élégance l’accès à la salle de bains, tandis que le parquet en chêne unifie le sol des différentes chambres, rythmant l’espace avec classicisme pour lui insuffler chaleur et confort.

Les chambres des trois filles, en revanche, introduisent une note d’impertinence. Des touches ludiques, des têtes de lit en velours et des poignées oniriques viennent ponctuer l’espace. Si le parti pris semble assumé, il fonctionne à merveille par sa modération. Loin du décor littéral, il s’agit d’un environnement modulable, pensé pour grandir et évoluer avec celles qui l’habitent.

Cet équilibre subtil entre sophistication et légèreté rappelle que les demeures familiales les plus abouties sont celles qui refusent les esthétiques figées pour embrasser la vie dans toute sa pluralité. Le charme des lieux réside précisément dans ce pas de côté parfaitement orchestré.

Un dialogue continu avec le paysage

Le bureau, niché à proximité de l’espace nuit, s’ouvre généreusement sur la ligne de crête des collines romaines. Les architectes y ont distillé certains codes du rez-de-chaussée, comme la géométrie signature des ouvertures, tout en intégrant un plafond en terre cuite qui réchauffe immédiatement l’atmosphère. Un bureau vintage des années 1950, une assise Cesca et un éclairage sculptural Artemide viennent parfaire ce tableau studieux.

La grande baie vitrée cerclée de bois, soigneusement restaurée, abolit la frontière entre l’intérieur et la nature environnante. Une démarche architecturale essentielle dans ce type d’environnement : aux portes de Rome, la maison ne prend son sens que si elle parvient à jouer sur cette dualité, offrant à la fois un sanctuaire protecteur et une ouverture magistrale sur l’extérieur. C’est d’ailleurs là que réside la plus belle réussite de ce projet : cette ligne de flottaison imperceptible entre le refuge intime et le panorama à ciel ouvert.

En définitive, cette réhabilitation témoigne peu des tendances éphémères et beaucoup de l’art de durer. Elle fait le choix de la continuité sur l’effet de mode, de la sublimation sur la rupture. Dans un terroir aussi richement doté en histoire, c’est une approche qui force le respect. Pour une architecture des années 1960, c’est assurément la plus noble façon de traverser le temps sans jamais se réduire à un simple décor.