L’AMOCA, pôle effervescent de l’art contemporain, investit de nouveau Cardiff avec une exposition magistrale consacrée à Shani Rhys James. En mettant en lumière des œuvres de femmes et d’artistes non-binaires, l’institution renforce la diversité et stimule un dialogue esthétique inédit dans le paysage artistique local et international.
Une résonance internationale au cœur du Pays de Galles
L’Artistic Museum of Contemporary Art (AMOCA) poursuit son ascension en réinvestissant le majestueux Marble Hall du Temple of Peace de Cardiff. Intitulée « AMOCA Dialogues Wales : New Voices from the Museum Collection », cette exposition temporaire, ouverte jusqu’à demain, prolonge la mission de l’institution : faire entendre des voix singulières et des perspectives plurielles. Fondé sur des fonds privés, ce musée a pour vocation de promouvoir le dialogue à travers le prisme de la création contemporaine. Sa vision stratégique tisse un lien étroit entre un ancrage local fort au Pays de Galles et une ouverture assumée à l’international, favorisant ainsi des échanges culturels d’une grande richesse.
L’art comme vecteur d’inclusivité
La sélection pointue d’œuvres met en lumière la volonté de l’AMOCA de bâtir une collection engagée en faveur de la visibilité des femmes et des artistes non-binaires. Peinture, sculpture et expérimentations matérielles dialoguent ici dans une scénographie intergénérationnelle, préfigurant la direction audacieuse du musée. Cette démarche s’inscrit dans la continuité de l’exposition « Black Voices from the Museum Collection », présentée en juin 2025, qui mettait en exergue des créateurs africains et de la diaspora afin de pallier leur sous-représentation historique dans les institutions occidentales.
Shani Rhys James, la force psychologique de la matière
L’intégration de Shani Rhys James à cette curation apporte une dimension intime et organique exceptionnelle. Née à Melbourne en 1953 et installée au Pays de Galles depuis plus de quatre décennies, l’artiste s’est imposée comme une figure incontournable de la peinture contemporaine, couronnée notamment par une médaille d’or aux beaux-arts au National Eisteddfod et par un MBE. Son œuvre, en équilibre instable entre figuration et abstraction, se distingue par une rare intensité psychologique. Elle y métamorphose les corps, les intérieurs domestiques et les objets du quotidien en de véritables territoires émotionnels où la peinture se fait chair.
Une poésie de la résilience et de l’identité
Le parcours singulier de Rhys James enrichit une production qui résiste à toute catégorisation hâtive. Son installation impulsive dans une ferme galloise a profondément nourri sa démarche, offrant une toile de fond à la fois brute et contemplative à sa créativité viscérale. Ses toiles, souvent peuplées de figures solitaires mais affirmées, déconstruisent avec virtuosité le cliché de la femme effacée pour imposer des présences résilientes. Un bouleversement personnel — la rencontre avec son père à l’âge de 37 ans — a d’ailleurs marqué un tournant décisif dans sa carrière, insufflant la matière de sa vibrante exposition « Blood Ties ».
L’avènement d’une collection majeure
Signe de cette consécration institutionnelle, son œuvre « Nitrile Gloves 2 » vient d’être acquise par l’AMOCA, enrichissant le fonds du musée dans la perspective de son ouverture permanente officielle prévue en 2026. Au sein de cette exposition, Shani Rhys James résonne avec plus de quarante figures majeures de la scène internationale, telles que Lynda Benglis, Ewa Juszkiewicz, Elizabeth Peyton ou Issy Wood. Guidée par ce qu’elle nomme la « force de la vie », l’artiste incarne à la perfection l’initiative « Dialogues » de l’AMOCA, prouvant que la toile peut sublimer l’intime, le politique et la psyché sans jamais se réduire à une simple illustration.


