François Pinault ancre définitivement sa collection au Palazzo Grassi de Venise

Palazzo Grassi Venice Tadao Ando Pinault Collection 2026
Photo © Tripadvisor — via https://www.tripadvisor.com/Attraction_Review-g187870-d531615-Reviews-Palazzo_Grassi-Venice_Veneto.html

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Venise s’apprête à clore un chapitre majeur de son histoire artistique contemporaine pour en ouvrir un autre, plus sédentaire. Depuis 2006, le Palazzo Grassi s’était imposé comme le laboratoire des fulgurances éphémères de François Pinault, rythmant la vie de la lagune au gré de vingt-sept cycles d’expositions temporaires. Ce modèle, qui a vu défiler les plus grands noms de la scène internationale sous les plafonds du XVIIIe siècle réinventés par l’architecte Tadao Ando, touche à sa fin. Le collectionneur a choisi de transformer radicalement la vocation de cet édifice historique en y installant un accrochage permanent, ancrant ainsi physiquement son fonds artistique dans la Sérénissime.

Un nouveau calendrier pour le Grand Canal

L’annonce, officialisée à la mi-octobre 2026, marque un tournant stratégique pour la Collection Pinault. Le public pourra découvrir cette nouvelle configuration à partir du 21 mars 2027. Ce changement de paradigme intervient alors que le palais achève son dernier cycle d’expositions temporaires. Actuellement, les cimaises accueillent une rétrospective consacrée au peintre Michael Armitage, inaugurée le 29 mars 2026. Cette ultime manifestation fermera ses portes le 10 janvier 2027, laissant place à une période de transition nécessaire au réaménagement des espaces intérieurs.

Si la nature précise des travaux de transformation et leur coût n’ont pas fait l’objet d’une communication financière détaillée, l’ambition est claire : stabiliser la présence d’une collection qui s’est constituée sur plus de cinquante ans. Avec un fonds global estimé à plus de 10 000 œuvres d’art moderne et contemporain, le choix du Palazzo Grassi comme vitrine permanente permet de donner une résidence fixe à des pièces qui, jusqu’ici, circulaient entre les différents pôles de l’institution ou dormaient dans les réserves.

Collection Pinault Palazzo Grassi permanent installation 2027
Photo © Finestre sull'Arte — via https://www.finestresullarte.info/en/museums/venice-palazzo-grassi-to-become-the-permanent-home-of-the-pinault-collection-starting-in-2027

L’esprit de l’accrochage : entre chefs-d’œuvre et dialogues

Sous la direction d’Emma Lavigne, directrice générale et conservatrice générale de la collection, le parcours muséal devrait s’articuler autour d’une sélection rigoureuse. La communication institutionnelle évoque la présentation de plus d’une centaine d’œuvres majeures. Selon les informations circulant autour de ce projet, souvent désigné sous l’intitulé « Chefs-d’œuvre de la Collection Pinault », le décompte s’établirait précisément à 106 pièces, représentant le travail de 54 artistes. Ce corpus viserait à illustrer les piliers esthétiques du collectionneur, avec une attention particulière portée à l’Arte Povera, au Minimalisme, au Pop Art ainsi qu’à l’art contemporain afro-américain.

Parmi les œuvres dont la présence est pressentie pour cette installation pérenne, les sculptures provocatrices de Maurizio Cattelan occupent une place de choix. Les visiteurs pourraient ainsi retrouver La Nona Ora (1999), figurant le pape Jean-Paul II terrassé par une météorite, ou encore Him (2001). Le parcours devrait également faire la part belle à des figures historiques et contemporaines telles que Mario Merz, Michelangelo Pistoletto, Marlene Dumas, Peter Doig et Kerry James Marshall. L’une des interventions les plus attendues reste la commande spécifique passée à Olafur Eliasson : une installation lumineuse in situ conçue pour la façade du palais, promettant de transformer la silhouette du bâtiment vue depuis le Grand Canal.

Une réorganisation de l’écosystème Pinault

Cette mutation du Palazzo Grassi redessine la géographie de la collection à Venise et au-delà. Le site de la Punta della Dogana, ouvert en 2009 à la pointe du quartier de Dorsoduro, ne suit pas cette voie de la permanence. Il conserve son identité actuelle, axée sur des expositions thématiques et temporaires qui permettent de confronter les œuvres de la collection à des problématiques contemporaines changeantes.

Michael Armitage painting exhibition Palazzo Grassi 2026
Photo © Visit Venezia Official — via https://www.visitvenezia.eu/en/venetianity/discover-venice/the-exhibition-spaces-of-the-pinault-collection-reopen-palazzo-grassi-and-punta-della-dogana

À Paris, la Bourse de Commerce, dernier-né des lieux d’exposition ouvert en 2021, maintient également sa dynamique de rotation et de programmation saisonnière. En figeant une partie de son patrimoine au Palazzo Grassi, François Pinault crée une hiérarchie dans son empire culturel : d’un côté, un sanctuaire dédié aux fondamentaux et aux pièces historiques ; de l’autre, des espaces de flux et d’expérimentation. C’est un équilibre entre la conservation d’un patrimoine désormais historique et la réactivité nécessaire à l’art en train de se faire.

Modalités d’accès et transition

Pour les amateurs d’art planifiant leur visite d’ici la fin de l’année 2026, les conditions d’accès actuelles restent en vigueur. Le billet couplé, permettant de visiter à la fois le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana, est proposé au plein tarif de 20,00 €. Des tarifs réduits sont appliqués (15,00 €), ainsi qu’une tarification spécifique pour les jeunes de 20 à 26 ans (7,00 €). La gratuité demeure la règle pour les moins de 20 ans, les membres de la Pinault Collection et les personnes en situation de handicap avec leurs accompagnateurs.

Les tarifs qui seront appliqués lors de l’ouverture de la nouvelle formule permanente en mars 2027 n’ont pas encore été dévoilés. Cette incertitude n’entame pas l’attente suscitée par ce projet qui, en transformant un lieu de passage en un lieu de mémoire vive, confirme l’influence durable de la Collection Pinault sur le paysage culturel vénitien. Le passage de relais entre la rétrospective de Michael Armitage et cet accrochage historique marquera, à n’en pas douter, le point d’orgue de la saison artistique 2027.