Un premier trimestre 2026 sous le signe de la résilience pour le Groupe Prada
Il n’y a presque aucun groupe de luxe qui soit immunisé contre les incertitudes avec lesquelles s’est ouverte l’année 2026, en raison de la guerre au Moyen-Orient. Et le Groupe Prada lui-même, considéré depuis quelques années comme naviguant « à contre-courant » grâce au sprint de Miu Miu, commence à faire les frais d’un contexte qu’Andrea Guerra, PDG du groupe, juge lui-même « difficile ». Un scénario qui freine la croissance dynamique de ces dernières années sans pour autant entamer la solidité de l’entreprise. En effet, bien que la griffe de Miuccia Prada soit entrée dans une phase de maturité (avec des croissances moins explosives) et malgré l’intégration de Versace (pour laquelle la maison a toujours déclaré avoir des étapes de relance précises sans aucune précipitation), le groupe clôture ce premier trimestre avec un chiffre d’affaires en hausse de 6 %, atteignant 1,4 milliard d’euros. Cette augmentation grimpe à +14 % à taux de change constants et à +3 % en organique (c’est-à-dire en excluant la contribution de Versace, également à taux constants).
Miu Miu ralentit la cadence face à une base de comparaison élevée
Bien que le Moyen-Orient représente une part marginale du chiffre d’affaires du groupe (49 millions d’euros, en baisse de 30 % à taux de change courants, et de -22 % à taux constants et en organique), soit moins de 4 %, la région a toutefois pesé sur les résultats de Miu Miu. La griffe de Miuccia Prada n’a connu une croissance « que » de 2,4 % au cours du premier trimestre. Comme le souligne le groupe, cette performance a été freinée par « la base de comparaison la plus difficile de l’année (+60 %) et par un impact plus prononcé découlant du conflit au Moyen-Orient ». Les ventes en Europe sont également en ralentissement, principalement en raison de la baisse de la fréquentation touristique, tandis que les Amériques et l’Asie-Pacifique demeurent des régions de croissance pour la marque. « Miu Miu continue de bénéficier d’une forte désirabilité ; bien que sa trajectoire de croissance nous confronte à des objectifs très élevés, nous sommes rassurés par la qualité de cette croissance, obtenue sans compromis, et nous sommes confiants quant aux opportunités futures », a commenté Andrea Guerra.
La marque Prada renoue avec une légère croissance
La marque phare de la maison, Prada, a quant à elle renoué avec la croissance, avec une timide hausse de +0,4 %. Ce résultat est en ligne avec le quatrième trimestre 2025 et « découle de nouvelles améliorations dans les Amériques et en Asie-Pacifique, notamment en Chine, à Hong Kong et à Macao. La performance a été soutenue par les ventes à plein tarif (full price), avec une amélioration constante et progressive au cours des derniers trimestres, y compris lors de ce premier trimestre 2026, malgré l’impact négatif du Moyen-Orient ». Ici encore — comme c’est désormais une tendance généralisée dans le luxe — l’augmentation provient des ventes à plein tarif qui compensent la baisse continue de la contribution des magasins d’usine (outlets). La maroquinerie se démarque tout particulièrement.
Versace : intégration en cours et résultats conformes aux attentes
Versace, acquise par Prada l’année dernière et actuellement en phase d’intégration et de relance, a contribué à hauteur de 143 millions d’euros au chiffre d’affaires trimestriel. « Versace a enregistré une performance conforme aux attentes, bénéficiant d’un repositionnement progressif vers les ventes à plein tarif, ainsi que d’une profondeur et d’une qualité d’offre accrues. L’axe stratégique reste concentré sur l’exécution retail et sur les activités de clienteling, en parallèle de l’avancement du plan d’intégration au niveau de l’organisation et des processus », explique le communiqué. Concernant Versace, Andrea Guerra a ajouté que l’accent serait mis « sur le renforcement de l’organisation et des processus en vue de la prochaine phase d’évolution créative. Notre stratégie solide et bien articulée vers le haut de gamme d’une part, et visant à attirer une nouvelle clientèle d’autre part, sera déterminante dans les mois à venir ».
Le commerce de gros en forte hausse, le retail progresse
En ce qui concerne les canaux de distribution, le réseau de vente au détail (retail) augmente de 2 % à taux courants (+10 % à taux constants et +3 % en organique). Le commerce de gros (wholesale), qui représente néanmoins une part résiduelle de l’activité globale, a pour sa part enregistré un bond de +34 % de ses ventes à taux courants (+40 % à taux constants, +17 % en organique).
Les Amériques portent la croissance, l’Europe au ralenti
La répartition géographique des ventes sourit en premier lieu au continent américain, véritable moteur de croissance du groupe. Les Amériques ont maintenu une trajectoire forte, à +22 % à taux courants (+34 % sur un an, +15 % en organique), soutenue par une demande locale dynamique. Tant Prada que Miu Miu ont continué à tirer parti du renforcement organisationnel et des investissements réalisés lors des trimestres précédents. L’Asie-Pacifique, premier marché du groupe, est également en nette progression, avec une hausse de +5 % à taux courants (+13 % en glissement annuel, +5 % en organique). Dans cette région, Miu Miu a maintenu une croissance soutenue, tandis que Prada a enregistré de nouvelles améliorations, portées par une exécution rigoureuse et des tendances positives en Chine, à Hong Kong, à Macao et en Corée du Sud. Les ventes stagnent en Europe (+2 % à taux constants, mais en contraction de 6 % en organique), confrontées à des bases de comparaison pluriannuelles exigeantes, notamment un premier trimestre 2025 exceptionnel (+14 %). Comme mentionné précédemment, ce frein est lié à la baisse des dépenses touristiques, tandis que la demande locale a subi un repli plus modeste. Enfin, le Japon pâtit de l’effet de change, ce qui l’a conduit à clôturer le trimestre à -12 % à taux courants et +1 % à taux constants (en contraction de 2 % en organique), avec une consommation locale stable face à une base de comparaison, là aussi, très élevée au premier trimestre 2025.


