Valentino repousse les frontières de la maroquinerie avec une campagne sculpturale en Rome

Valentino maroquinerie sculpture Rome
Photo © ELLE — via https://www.elle.fr/Mode/Les-defiles-de-mode/Valentino/Pret-a-porter/Printemps-Ete-2024/Paris

L’architecture du regard face au brutalisme romain

Les turbines d’acier noirci encadrent des divinités figées dans la pierre. Espace de contrastes où l’archéologie industrielle avale l’antiquité classique, la Centrale Montemartini offre à Rome l’un de ses paradoxes visuels les plus saisissants. C’est précisément dans cette collision des temporalités que Valentino choisit d’ancrer sa campagne eyewear automne-hiver 2026. L’objectif du photographe Glen Luchford y isole les traits de Qiuyie Li et George Anderson, évoluant au milieu des machines et des bustes de marbre. La démarche dépasse la simple mise en situation esthétique. Sous les voûtes de cette ancienne usine électrique, la collection baptisée Interferenze trouve son incarnation littérale : un point de friction stylistique où l’objet cesse d’être une annexe pour imposer sa présence. La monture n’habille plus le visage, elle le structure.

La matière et le vêtement repensés comme piédestal

Dans la grammaire habituelle de la mode, la lunette intervient en bout de chaîne, comme une ponctuation. La styliste Suzanne Koller prend le parti d’inverser cette chronologie. Chargée de l’allure globale de cette série, elle élabore une garde-robe qui agit comme un dispositif de mise en valeur, un socle silencieux bien que chargé en textures. Les étoffes déployées sur les modèles obéissent à une fonction stricte : la convergence du regard vers le haut de la silhouette.

Un jeu d’équilibre complexe se met en place. Les drapés aux volumes sculpturaux, l’éclat dense d’un satin ou la complexité d’une dentelle sombre ne cherchent pas à capter l’attention pour eux-mêmes. Même les éléments de parure les plus imposants — de lourds colliers tombant sur la clavicule ou des boucles d’oreilles aux proportions massives — s’effacent stratégiquement. Loin de concurrencer les montures, ils encadrent la ligne de regard et soulignent la densité des acétates.

Tensions géométriques et dualité des formes

Cette suprématie de l’objet sur la silhouette s’exprime à travers une série de partis pris géométriques. Les lignes directrices de la saison assument une forme de radicalité, en écho direct au décor de la Centrale. Une déclinaison de type masque capte d’emblée la lumière : pensée dans une logique de surdimensionnement, la monture s’étire largement au-delà des tempes. Sa carrure est rythmée par une barre métallique supérieure d’une grande finesse, qui vient heurter la rudesse de détails cloutés implantés sur la face avant.

Le traitement de la silhouette œil de chat se scinde quant à lui en deux propositions antagonistes. La première déclinaison s’approprie une teinte ivoire pour imposer une esthétique ouvertement graphique, trahissant des influences rétro assumées. La seconde bascule dans une retenue chromatique stricte. Assombrie, dotée de courbes plus souples et moins incisives, elle confère au modèle une opacité volontaire, un mystère presque insaisissable.

L’ingénierie de la vue

La transition vers les montures optiques prolonge cette réflexion sur l’exagération des volumes. L’évidence d’une monture rectangulaire noire, dont les angles ont été adoucis pour une netteté sans effort, contraste avec des expérimentations plus extrêmes. Un modèle géométrique explore notamment l’hypertrophie, s’appuyant sur l’épaisseur brute de la matière. Les proportions y sont intentionnellement distordues, transformant l’outil de correction visuelle en un élément de design autonome.

La signature de la maison s’intègre à ces architectures miniatures par le prisme exclusif du hardware. Loin des appositions de surface, le VLogo pénètre la mécanique de l’objet. Il s’ancre dans les plaques de métal et devient le point d’articulation des charnières, fusionnant l’identité de Valentino avec les contraintes techniques de la lunetterie.

Cet ancrage de l’accessoire dans une narration forte annonce d’autres prolongements pour la marque. Le travail sur le visage cédera bientôt la place à l’incarnation du sillage, avec l’apparition attendue de Dakota Johnson pour porter la campagne du nouveau parfum de la maison, Vendetta.