Escapades de rêve : quatre nouvelles pépites hôtelières à découvrir absolument du Chianti à Fort Lauderdale

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Photo © Niche Interiors — via https://www.nicheinteriors.com/boutique-hotels-for-the-design-obsessed-world-traveler/

L’esprit du foyer romain : au-delà de l’hôtellerie classique

Dans le centre historique de Rome, l’ouverture de la Casa JK Place bouscule les codes de l’hospitalité traditionnelle en proposant une expérience qui s’apparente davantage à la résidence privée qu’à l’hôtel conventionnel. Ici, le concept de chambre s’efface au profit d’appartements aux dimensions généreuses, où le service cinq étoiles se fond dans un décor domestique de haute volée. L’architecte florentin Michele Bönan, partenaire de longue date du propriétaire Ori Kafri, a conçu ces espaces comme la demeure d’un collectionneur d’art. Les circulations sont rythmées par des doubles portes aux poignées dorées qui ouvrent sur des perspectives chromatiques audacieuses : le rouge vénitien répond au vert lierre, tandis que des tonalités tabac enveloppent les espaces de repos.

Cette approche, peaufinée durant vingt-cinq ans de collaboration entre Bönan et Kafri, repose sur un équilibre fragile entre l’apparat et le confort absolu. Les matériaux nobles sont omniprésents, des cuisines surmontées de dalles massives en marbre Calacatta aux salles de bains sculptées dans le marbre noir. Le mobilier, mélange de pièces de commande, d’antiquités et de chrome, s’inscrit dans une lignée esthétique que le groupe a déjà éprouvée à Capri ou Paris, avant une future installation prévue à Milan. L’objectif affiché par Ori Kafri demeure la confidentialité et la flexibilité, offrant aux voyageurs la sensation d’habiter Rome plutôt que d’y séjourner simplement. Cette immersion dans la vie romaine est complétée par une scène locale en pleine effervescence, à l’image du Drink Kong, l’un des bars à cocktails les plus prisés de la ville, qui vient de s’installer juste à côté de l’établissement.

Floride et Autriche : la réinvention radicale du patrimoine bâti

À Fort Lauderdale, surnommée la « Venise de l’Amérique », le paysage hôtelier est souvent dominé par des complexes massifs et ostentatoires. Le Perroquet choisit une voie opposée, celle d’un artisanat discret et d’une intégration respectueuse. Installé dans un ancien motel des années 1950, l’hôtel de 37 chambres a été métamorphosé par l’architecte belge Bernard Dubois. Plutôt que de faire table rase du passé, Dubois a conservé la silhouette basse de l’édifice d’origine tout en l’épurant. Le parcours du visiteur est pensé comme une chorégraphie, menant de l’entrée feutrée vers une piscine entourée d’une végétation luxuriante.

À l’intérieur, le minimalisme européen rencontre la douceur de vivre de la côte Est. Les chambres disposent de meubles sur mesure, de parures de lit Sferra et de produits de soin Byredo, le tout rehaussé par une collection d’art pointue incluant des œuvres de Jean Cocteau et Jeff Koons. Situé à quelques minutes de la plage et du NSU Art Museum, le Perroquet s’impose comme une base sereine pour explorer une ville qui diversifie son offre culturelle, loin des clichés de Miami. Le projet souligne une tendance forte : la revalorisation de l’architecture du milieu du siècle par le prisme du luxe contemporain.

Une philosophie similaire a guidé Piotr Wisniewski, architecte basé à Berlin, pour la création de The Companion à Vienne. Sur la Mariahilfer Strasse, l’enjeu était de revitaliser un immeuble de l’époque wilhelminienne sans en trahir l’âme. Wisniewski a opté pour une clarté géométrique, où les colonnes historiques marquées par le temps contrastent avec des structures métalliques laquées de noir. Les matériaux choisis font directement écho au patrimoine viennois, notamment à travers l’usage du terrazzo et de placages en bubinga qui habillent les bibliothèques du lobby. La dimension gastronomique y joue un rôle central avec le restaurant Boca. La chef Lauryn Therin, passée par les cuisines d’Ottolenghi à Londres, y propose une partition méditerranéenne axée sur le partage, mettant en avant des saveurs vives comme le tahini, le sumac et la pistache, qui accompagnent par exemple des brochettes de thon.

La Darbia : une leçon de géologie et d’histoire en Toscane

Moins d’une heure au sud de Florence, dans la région du Chianti, les frères architectes Gian Carlo et Matteo Primatesta ont relevé un défi singulier : restaurer un hameau du XIe siècle pour en faire l’hôtel La Darbia. Loin de la recherche de la destination célèbre pour elle-même, le projet visait à capturer l’identité profonde du territoire. Pour y parvenir, les deux frères se sont imposé une rigueur absolue dans le choix des matériaux, utilisant exclusivement des ressources régionales qui racontent l’histoire de la Renaissance italienne.

La *pietra serena*, cette pierre grise extraite des carrières toscanes et jadis plébiscitée par Michel-Ange, forme l’ossature minérale du lieu. Elle est associée à la terre cuite d’Impruneta, la même que celle utilisée pour les tuiles du dôme de la cathédrale de Florence, et au travertin provenant des carrières ancestrales de Rapolano. Cette attention aux détails constructifs s’accompagne d’une immersion dans les cycles agricoles de la propriété. Le domaine n’est pas seulement un lieu de séjour, mais une exploitation active où sont produits de l’huile d’olive et du miel de lavande, grâce à quarante ruches installées sur place. En cuisine, les chefs Matteo Monfrinotti et Sebastiano Pagliaro suivent ce rythme saisonnier, ancrant l’expérience des voyageurs dans la réalité physique et gustative du paysage toscan, entre cyprès et vignobles en pente.

Géographie du renouveau culturel à Rome

Le séjour à la Casa JK Place invite naturellement à explorer une capitale italienne qui se réinvente loin des circuits touristiques saturés. Le dynamisme actuel de Rome se manifeste dans des lieux hybrides où la mode, l’art et la gastronomie se croisent. La galerie Amanita, spécialisée dans l’art contemporain, illustre ce mouvement : après avoir conquis New York, elle a choisi d’établir ses racines italiennes ici, offrant un nouveau souffle à la scène artistique locale.

Le textile n’est pas en reste avec la maison Le Tre Sarte. Cette marque romaine se distingue par son approche éthique, utilisant des stocks de tissus dormants pour créer des collections sur mesure. Elle a récemment inauguré une seconde boutique qui propose des ensembles coordonnés pour parents et enfants, affirmant un style familial élégant et responsable. Pour les amateurs de culture au sens large, le Teatro della Cometa, espace chargé d’histoire, a été relancé sous l’impulsion de Maria Grazia Chiuri, directrice artistique chez Fendi, pour devenir un laboratoire culturel pluridisciplinaire.

La gastronomie suit cette même quête d’innovation. L’enseigne Retrobottega, connue pour sa cuisine d’avant-garde et sa sélection de vins naturels, a migré vers les hauteurs. Elle occupe désormais le toit de l’hôtel Rhinoceros, un bâtiment dessiné par Jean Nouvel. Enfin, pour une dégustation plus confidentielle, la Cantina Pipistrello (Piazzale degli Eroi, 7) s’impose comme le nouveau repaire des amateurs de crus naturels, prolongeant l’esprit du célèbre bar Fischio. Ces adresses dessinent une ville où l’héritage classique sert de socle à une créativité contemporaine vive, faisant écho à la philosophie hôtelière de ces nouvelles adresses internationales.