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Ajouter Texture à GoogleUne montre MB&F n’a jamais eu vocation à se faire oublier. Avec son balancier suspendu, ses deux cadrans horaires indépendants et son architecture mécanique exposée comme une scène miniature, la Legacy Machine 1 a toujours revendiqué une présence physique. La LM1 EVO ne cherche pas à assagir cette personnalité. Elle s’attaque plutôt à la question que posent les garde-temps aussi singuliers : comment les porter réellement, loin de la vitrine, sans les traiter comme des objets fragiles ?
Cette réapparition a quelque chose d’important dans l’histoire récente de la collection. Aucune LM1 n’avait été lancée depuis 2017. MB&F reprend aujourd’hui cette machine à double fuseau horaire en la faisant entrer dans la famille EVO, pensée pour des usages moins cérémonieux. Le résultat conserve l’exubérance constructive de la pièce originelle, mais revoit ses proportions, son étanchéité, son système d’absorption des chocs et son bracelet. Une mutation pragmatique, sans renoncer au spectacle horloger.
Une présence réduite, pas effacée
Le changement le plus immédiatement perceptible tient au boîtier. Son diamètre passe de 44 à 42 mm, pour une épaisseur de 16,8 mm. Sur le papier, l’écart paraît mesuré ; au poignet, il redéfinit l’équilibre d’une montre dont la construction, très verticale, est dominée par le grand organe réglant. Cette réduction élargit aussi son champ d’expression : la LM1 EVO garde sa silhouette de machine horlogère, mais se détache un peu de l’idée d’un objet réservé aux poignets les plus affirmés.
Deux lectures sont proposées. La version en titane pousse naturellement la logique EVO : métal léger, aspect technique, cadran à la tonalité argentée et bracelet gris. L’autre, réalisée en or rouge 5N+, joue un registre plus dense. Sa platine de cadran verte, relevée de détails couleur or rose, donne à la montre une profondeur plus théâtrale, sans atténuer la fonction. Dans les deux cas, les affichages horaires noirs forment un contraste net avec le reste de la composition.
Le dessin demeure immédiatement identifiable. Les deux cadrans déportés affichent chacun heures et minutes, tandis que le balancier occupe l’espace au-dessus d’eux. Cette organisation ne recherche pas la discrétion : elle organise le regard autour de la mécanique et place la complication au premier plan. Pourtant, derrière cette apparence presque sculpturale se cache une utilité bien concrète. Chaque indication de temps peut être ajustée séparément grâce à deux couronnes. La LM1 EVO permet donc d’afficher deux fuseaux simultanément, y compris lorsque l’écart avec le temps universel comporte 30 ou 45 minutes, et non seulement des heures entières.

La mécanique mise à l’épreuve du quotidien
Le véritable sujet de cette évolution ne se résume toutefois ni au diamètre ni à la couleur d’un cadran. MB&F a intégré au boîtier son système FlexRing, conçu pour protéger le mouvement contre les secousses et les chocs. Cette architecture amortissante s’inscrit dans une ambition très précise : donner davantage de marge de manœuvre à une montre dont la complexité visuelle pourrait laisser croire qu’elle exige une prudence constante.
L’étanchéité passe également de 30 à 80 mètres, soit 8 bars. La LM1 EVO ne change pas de catégorie pour devenir un instrument de plongée, mais ce gain modifie son rapport aux aléas ordinaires : pluie soutenue, gestes imprévus, usage moins surveillé. Les couronnes vissées participent à cette évolution, tout en préservant la particularité fonctionnelle de la montre, où chaque cadran horaire dispose de son propre réglage.
Le bracelet traduit la même volonté. Exit le cuir exotique associé à la première LM1 : les nouvelles versions sont livrées sur caoutchouc, noir pour l’or rouge et gris pour le titane. Le dispositif de changement rapide évite de faire du bracelet une décision définitive. Le propriétaire peut modifier l’allure de la montre sans opération longue ni intervention particulière, selon l’usage ou la tenue. Les boucles déployantes sont assorties au métal du boîtier, en titane ou en or rose.
Ce glissement vers une montre plus mobile est intéressant parce qu’il ne transforme pas la LM1 en produit sportif conventionnel. Sa carrure reste généreuse, son balancier de 14 mm demeure exposé, et sa construction ne cherche nullement à singer les codes d’une montre-outil. L’EVO n’est pas une Legacy Machine simplifiée : c’est une Legacy Machine à laquelle on a donné des arguments concrets pour quitter plus souvent son écrin.
Soixante heures et deux spiraux face à face
Le calibre à remontage manuel reçoit lui aussi des ajustements qui dépassent le simple habillage. Sa réserve de marche atteint désormais 60 heures, contre 45 heures auparavant. Un gain appréciable pour une montre manuelle, d’autant que MB&F maintient une lecture dédiée à 6 heures. L’indicateur abandonne le tracé rectiligne antérieur pour une graduation en demi-cercle inspirée d’un compteur de vitesse. Le détail est cohérent avec l’esprit EVO, mais il est surtout bienvenu : sur un mouvement à remontage manuel, la réserve n’est pas un ornement, elle renseigne sur le prochain geste à accomplir.
La pièce maîtresse du spectacle mécanique, le grand balancier placé côté cadran, bénéficie d’un nouveau spiral. MB&F adopte un double spiral Straumann, une configuration rare où deux ressorts sont montés dans un même balancier et disposés en sens opposés. Leur opposition vise à compenser leurs écarts respectifs afin d’améliorer l’isochronisme, c’est-à-dire la régularité de fonctionnement de l’organe réglant au fil du temps.

Ce balancier de 14 mm bat à 18 000 alternances par heure, soit 2,5 Hz. Sa fréquence relativement tranquille rend son mouvement particulièrement lisible, presque hypnotique, sous le verre. Là encore, la LM1 EVO ne dissimule pas ce qui fait son identité. Elle expose l’élément qui règle le temps au-dessus des deux temps locaux affichés en dessous, comme si le mouvement constituait la charpente visible de la fonction voyageuse.
Deux expressions d’une même machine
Le titane et l’or rouge ne sont pas ici de simples variantes tarifaires. La version en titane associe une platine rhodiée à des compteurs noirs, des aiguilles bleues et des finitions alternant brossage circulaire et brossage en spirale. Elle donne à la LM1 EVO une apparence plus industrielle, presque monochrome, que les aiguilles viennent ponctuer d’une note froide.
La version en or rouge choisit une voie inverse. Le vert de la platine apporte une intensité que les cadrans noirs canalisent, tandis que les détails dorés établissent un dialogue direct avec le boîtier. Cette édition sera produite à 33 exemplaires. Le titane, lui, n’est pas limité. Deux propositions distinctes, donc : l’une pour privilégier l’idée d’une machine légère et disponible, l’autre pour assumer la rareté d’un métal précieux et d’une combinaison chromatique plus tranchée.
Cette dualité reflète assez bien le positionnement de la LM1 EVO. Elle ne cherche pas à faire oublier le luxe, particulièrement dans sa version en or, mais elle refuse que celui-ci se traduise par une fragilité de principe. Dans le catalogue de MB&F, la collection Legacy Machines a souvent fait de la mécanique une affaire d’architecture et de volume. Cette EVO conserve cette grammaire tout en donnant davantage de poids aux contraintes du porter.
Le prix de la liberté de mouvement
La LM1 EVO en titane est annoncée à 82 000 francs suisses hors taxes. La version en or rouge 5N+, limitée à 33 pièces, est affichée à 102 000 francs suisses hors taxes. Ces montants situent clairement la montre dans le territoire des créations de haute horlogerie indépendantes, où la complication, les finitions et l’identité formelle comptent autant que la matière.
Mais la nouveauté la plus révélatrice n’est peut-être ni le vert, ni le titane, ni même le double spiral. Elle se trouve dans cet ensemble de décisions moins spectaculaires : 80 mètres d’étanchéité, couronnes vissées, absorption des chocs, 60 heures de réserve de marche, caoutchouc interchangeable. Autant de détails qui déplacent la LM1 d’une contemplation précautionneuse vers un usage plus spontané, sans rien retirer au grand balancier qui, au sommet du cadran, continue d’occuper la scène.


