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Ajouter Texture à GoogleLe segment des montres situées sous la barre des 700 livres sterling est souvent traité comme une antichambre : celle où l’on choisirait entre une mécanique sans ambition et une esthétique trop démonstrative. Les cinq propositions réunies ici racontent autre chose. Elles montrent des marques qui cherchent moins à imiter les codes de la haute horlogerie qu’à construire une identité nette, par le cadran, la fonction ou la silhouette. Un disque qui fait basculer le jour vers la nuit, un calendrier complet aux nuances glacées, une montre suisse volontairement dépouillée, une habillée dorée animée par un calibre automatique, un chronographe inspiré des rapaces : à ces prix, la personnalité devient le premier luxe.
Le cadran comme terrain d’expression
La KronSegler Solaris Sun Phase Automatic, proposée à 499 livres sterling, choisit de rendre visible le passage du temps long. Sous son cadran, un disque de 24 heures évolue lentement et fait progressivement glisser l’affichage de l’univers diurne vers celui de la nuit. Cette animation est liée au Project Sonnenphase, une réflexion de KronSegler sur les façons dont les civilisations ont, au fil de l’histoire, observé et mesuré le soleil.
La pièce ne se réduit pourtant pas à cette évocation astronomique. Son boîtier de 42 mm, épais de 12 mm, est réalisé en acier 316L plaqué or. L’ensemble adopte le registre d’une montre robuste, avec une construction qui privilégie la présence au poignet. Le mouvement automatique, basé sur un Citizen 9132, bat à 28 800 alternances par heure, compte 26 rubis et dispose d’une réserve de marche de 42 heures. Le bracelet en cuir de veau se ferme par une boucle papillon équipée de deux poussoirs de sécurité. Une configuration qui oppose une complication visuelle presque contemplative à un vocabulaire plus fonctionnel.
Le travail de la surface prend une direction différente chez AV86. La 1564 Chronodate Ice Blue, vendue 599 dollars, soit environ 448 livres sterling, appartient à la collection anniversaire de la marque. Son nom résume déjà sa proposition : un bleu pâle, froid, qui éloigne la montre du brun, du noir et du bleu marine habituellement associés aux pièces à calendrier.
Sous un verre saphir bombé, le cadran présente une texture dégradée et organise les indications du jour, de la date, du mois et d’un second affichage sur 24 heures. Cette densité d’informations est encadrée par un boîtier aux lignes courbes, alternant finitions polies et brossées. AV86 joue ainsi sur deux temporalités : le rappel du vintage par la forme générale et le cristal bombé, puis une exécution plus contemporaine dans les contrastes de matières et la tonalité du cadran. Le Miyota 9120 automatique, particulièrement fin, fournit une réserve de marche de 40 heures.
Le minimalisme n’est pas l’absence de choix
À l’opposé de ces cadrans narratifs ou chargés de fonctions, la Mudita Radiant assume une réduction méthodique. Ici, pas de logo envahissant ni d’accumulation de textes. La lisibilité est le principe directeur, avec un dessin qui confie l’essentiel de son expression aux proportions, aux textures et aux couleurs. Cette discrétion n’implique pas un traitement sommaire des éléments techniques.
La Radiant embarque un Sellita SW 200 Elaboré automatique, réglé dans une plage annoncée de -7 à +20 secondes par jour et doté de 41 heures de réserve de marche. Son boîtier en acier 316L brossé a été conçu avec Chrono AG, à Soleure. Le verre saphir bénéficie d’un traitement antireflet, tandis que le cadran reçoit du Super-LumiNova BGW9. L’étanchéité atteint 100 mètres.

Mudita décline ce modèle en trois diamètres, 32 mm, 37 mm et 40 mm. La décision est loin d’être anecdotique : elle permet de ne pas imposer une taille unique à une montre dont le dessin repose justement sur l’équilibre. Six cadrans inspirés de teintes naturelles sont proposés, du Natural White au Pebble Gray. Les bracelets végans à changement rapide complètent cette logique d’usage sobre et adaptable. La Radiant débute à 605 livres sterling et défend une idée assez rare dans cette tranche tarifaire : rendre les caractéristiques visibles par leur pertinence, non par leur accumulation.
L’allure habillée, sans renoncer à la mécanique
Le plaqué or reste un exercice délicat. Il peut rapidement faire basculer une montre vers le décoratif, surtout lorsque le prix contenu conduit à privilégier le quartz. La Matthew Mercury Æternum Automatic, affichée à 699 livres sterling, prend le chemin inverse. Son boîtier poli plaqué or 18 carats abrite un Sellita SW220-1 suisse à remontage automatique. Ce choix mécanique donne du relief à une pièce qui aurait pu n’être qu’un accessoire de tenue.
Le cadran noir en pierre installe un contraste franc avec l’éclat du boîtier. À 3 heures, un guichet réunit jour et date. La montre revendique une inspiration ancienne, perceptible dans la combinaison de l’or, du noir et du bracelet à motif crocodile. Mais ses 100 mètres d’étanchéité déplacent le modèle hors du seul cadre de la montre de cérémonie. Le bracelet est interchangeable, une possibilité bienvenue pour atténuer le caractère très habillé de l’ensemble ou, au contraire, le pousser pleinement.
L’Æternum suggère qu’une montre dorée accessible n’a pas à se satisfaire de reproduire des signes extérieurs de prestige. Sa proposition tient dans la confrontation entre une allure classique et un moteur suisse conçu pour faire vivre l’objet chaque jour. Le luxe, ici, ne dépend pas d’un métal massif : il se joue dans la cohérence entre le dessin et ce qui l’anime.
Le chronographe comme manifeste de jeune marque
La proposition la plus directe vient sans doute de Maystone. Deuxième collection de la marque, le Skybreaker Chronograph reprend aux oiseaux de proie son nom et son tempérament. Les trois versions de lancement, Peregrine Falcon, Blue Eagle et Steppe Eagle, installent d’emblée un imaginaire animalier sans faire appel au répertoire convenu de l’aviation militaire ou du sport automobile, deux territoires habituellement très fréquentés par le chronographe abordable.
À 299 livres sterling, le Skybreaker s’équipe d’un calibre VK63 meca-quartz. Cette architecture associe la commodité du quartz à la fonction chronographe dans un format qui reste contenu : boîtier de 40 mm, 48 mm de corne à corne et 11,5 mm d’épaisseur. Son dessin s’appuie sur l’idée d’un bracelet intégré, une silhouette qui prolonge les lignes du boîtier au lieu de séparer nettement montre et bracelet. L’étanchéité de 100 mètres lui donne, elle aussi, un registre plus polyvalent que celui d’un chronographe uniquement pensé pour le bureau.
La rapidité de son lancement raconte quelque chose de l’appétit actuel pour des projets lisibles. En septembre, la campagne Kickstarter du Skybreaker a atteint son objectif de financement en moins d’une heure. Ce succès n’efface pas la jeunesse de Maystone, mais il confirme l’intérêt suscité par une montre qui avance sans multiplier les références historiques.
Entre les 299 livres sterling du Skybreaker et les 699 livres sterling de l’Æternum, le paysage est moins uniforme qu’il n’y paraît. Le choix peut se faire sur une fonction, un diamètre, un type de mouvement ou une couleur, mais aussi sur un rapport plus intime au temps : suivre une phase solaire chez KronSegler, lire un calendrier complet chez AV86, chercher le silence graphique chez Mudita, porter l’or avec un mouvement automatique chez Matthew Mercury. À ce niveau de prix, la montre n’est plus un compromis unique. Elle devient une prise de position.


