À Venise, une exposition immersive pour écouter la planète et ses enjeux climatiques

Exposition immersive climat Venise
Photo © La Croix — via https://www.la-croix.com/Bassins-Lumieres-Bordeaux-reverie-immersive-coeur-Venise-2022-02-11-1301199767

Une nouvelle exposition à Venise relie artistes et sciences pour sensibiliser au changement climatique et à la dégradation des océans, en utilisant des installations immersives et des données innovantes, dans un lieu chargé d’histoire.

Un lieu chargé d’histoire pour une urgence contemporaine

Le site n’est pas choisi au hasard, en fait. Dans cette ancienne église devenue espace d’exposition, la sacralité du lieu amplifie presque la dimension rituelle de certaines œuvres. La One Ocean Foundation décrit son projet comme une démarche transdisciplinaire, mêlant podcasts, conférences, résidences, expositions itinérantes et archives numériques. L’idée est de vraiment mettre l’accent sur la biodiversité, la protection marine et la santé de la planète. Et il faut aussi préciser que le projet a été nominé pour l’Earthshot Prize, ce qui lui donne pas mal de crédibilité, tout comme sa reconnaissance par la Décennie des Nations Unies pour les océans.

Le constat de départ est désormais bien documenté : les modifications qui affectent l’océan ne sont plus seulement une abstraction scientifique, c’est une réalité concrète. Ça touche le climat, les migrations, les écosystèmes côtiers… En gros, tout ce qui rend la Terre habitable. À Venise, qui vit en permanence avec la vulnérabilité de son eau, cette interprétation prend tout son sens. C’est assez fascinant, non ?

Sept artistes, sept façons d’écouter la vie

Ce projet rassemble sept artistes et collectifs venus du monde entier : Marshmallow Laser Feast, Yoko Shimizu, Antoine Bertin, Almagul Menlibayeva avec Suad Gara, Andrea Crespi, Elnara Nasirli et Orkhan Mammadov. La Biennale qualifie leur travail d’exploration des liens, de la migration, et de la communication entre les êtres vivants et leur environnement. Les médiums choisis vont de la simple installation immersive à l’image en mouvement, en passant par le son et même l’intelligence artificielle.

Marshmallow Laser Feast propose Seeing Echoes in the Mind of the Whale, une création qui s’appuie sur la bioacoustique et les voix des cétacés. Antoine Bertin, lui, travaille avec Fish String Theory, en s’inspirant des paysages sonores de la lagune vénitienne et en intégrant le mystérieux bruit produit par un poisson-pierre méditerranéen. Honnêtement, son projet, lancé lors d’une résidence organisée par la Fondation One Ocean avec ZEITGEIST19, a pris une toute autre ampleur grâce à des recherches poussées à l’Auckland University of Technology.

Le message principal, c’est d’abord d’écouter avant de montrer. Chez Yoko Shimizu, la bioluminescence et le plancton deviennent des signaux fragiles de l’équilibre de la planète. Elnara Nasirli, avec Whispering Forest, traduit l’activité électrique d’un olivier en sons en utilisant le toucher humain, ce qui montre que la perception peut aussi devenir une pratique écologique à part entière.

Mythes, données et effondrements

La partie la plus sombre de l’exposition concerne la mer Caspienne. Almagul Menlibayeva et Suad Gara présentent, avec une musique originale de Reinhold Heil, Water Older Than the Sun (Caspian), accompagné du court documentaire Requiem for the Caspian produit par ZEITGEIST19. Tout cela parle de la dégradation écologique d’une région où l’eau est indissociable de la mémoire et de la géopolitique.

Andrea Crespi, de son côté, évoque le mythe de la Néréide Thetis dans une vitrine holographique, mêlant histoire ancienne et données chiffrées. Orkhan Mammadov emploie l’intelligence artificielle pour faire apparaître des réseaux de mycélium, au-dessus et en dessous du sol. Vous voyez, la technologie n’est pas présentée ici comme la solution miracle, mais plutôt comme un outil. Utile, peut-être, mais pouvant aussi être trompeur si on ne garde pas à l’esprit la réalité physique qu’elle cherche à révéler.

Une alerte plutôt qu’un réconfort

Dans sa présentation, la Fondation insiste sur une idée d’archive planétaire : la mer conserve la mémoire du temps profond, mais aussi, bien sûr, les déséquilibres actuels. C’est ce qui donne à As Above, So Below une portée bien au-delà de la simple saison d’exposition. L’événement est d’ailleurs programmé jusqu’au 8 juin 2026, avec une ouverture prolongée ce jour-là pour coïncider avec la Journée mondiale des océans.

Venise aime se perdre dans ses illusions, mais elle connaît aussi le prix à payer pour ça. Je trouve que la force de l’exposition réside justement dans cette recherche constante de vérité. Elle ne promet pas de réenchanter la mer. Au contraire, elle bouscule et pose la question : comment l’entendre, si ce n’est en écoutant ce qu’on serait amené à perdre ?