Le salon danois 3daysofdesign a une nouvelle fois confirmé son rôle de vitrine de choix pour les stratégies innovantes du design contemporain. Mêlant textile sculptural, artisanat japonais d’exception et approche environnementale rigoureuse, l’événement a également offert une magnifique chambre d’écho à l’effervescence de la scène australienne.
À Copenhague, l’éditeur Kvadrat a occupé une place centrale avec THREE, sa nouvelle collection de rideaux résidentiels signée par la directrice créative Isa Glink. L’installation ne se limite pas à exposer du textile : elle l’envisage comme un véritable matériau d’architecture douce, capable de sculpter l’espace autant que de l’habiller.
Kvadrat : l’architecture douce de l’espace
Dans son showroom, la maison danoise a déployé une scénographie dense, mariant 118 échantillons de rideaux, des jeux de coussins empilables et des structures architecturées en aluminium anodisé, le tout souligné par les tapis de la collection Loux. Des projections vidéo enrichissaient le parcours, jouant sur les spectres de la lumière, l’ombre et le mouvement. L’effet recherché est sans équivoque : élever le tissu au rang d’objet spatial, voire sculptural.
Selon l’éditeur, THREE explore la multidimensionnalité et la matérialité. Le propos s’inscrit dans la grande tradition scandinave d’un design privilégiant la rigueur à la démonstration. Derrière ce raffinement, la collection rappelle habilement que la décoration textile demeure un enjeu stratégique, particulièrement dans l’univers de l’habitat haut de gamme.
En parallèle, Kvadrat Acoustics a dévoilé une version repensée de son système Soft Cells lors du Design Workshop. L’approche se veut résolument plus flexible, conçue pour simplifier la fixation du textile et favoriser ainsi sa longévité et sa réutilisation. Le retour du Kvadrat & Vitra Café a prolongé cette maîtrise de l’hospitalité : des textiles Kvadrat, du mobilier Vitra et une gastronomie pointue y composent un décor où l’usage quotidien se transforme en véritable manifeste esthétique.
Japanmade : l’artisanat comme récit matériel
Autre temps fort, l’exposition Japanmade Vol.1 a réuni plusieurs signatures artisanales japonaises contemporaines au cœur de la capitale danoise. Sous la direction d’OEO Studio et du producteur Jens H. Jensen, l’événement présentait notamment New Light Pottery, MAS, Naowashi, Sekisaka et Sheep. Chacune de ces maisons revendique un lien viscéral entre la matière, le processus de fabrication et la perpétuation d’un savoir-faire local.
OEO Studio a transformé un espace de 750 mètres carrés en un parcours immersif, orchestrant un dialogue devenu un classique du genre, mais d’une efficacité redoutable, entre l’épure japonaise et la fonctionnalité danoise. La lumière artisanale de New Light Pottery y répondait aux meubles en bois de MAS, au papier washi de Naowashi, à la laque de Sekisaka ou encore aux bougies au soja de Sheep.
La force du projet réside moins dans un éventuel exotisme que dans la discipline absolue des matières. Le Japon présenté à Copenhague s’affirme comme un système de production d’une rare précision, où l’élégance du geste importe tout autant que la silhouette finale.
L’émergence d’une nouvelle grammaire australienne
Le salon a également constitué un tremplin d’envergure pour l’avant-garde australienne. Cult a présenté NAU, une plateforme résolument tournée vers l’international, se distinguant par la noblesse de ses matériaux et une écriture tout en retenue. Les nouveautés de Tom Fereday ont particulièrement capté l’attention, à l’image de la collection Cove aux lignes de bois sculpturales, et de la lampe Nola, mariage audacieux de cristal coulé à la main et de pierre minérale.
L’éditeur Design By Them a suivi une trajectoire similaire, célébrant plus de 18 ans de création australienne avec un éventail de pièces signées Adam Goodrum, Gibson Karlo, Marcel Sigel, Tom Fereday et Trent Jansen. Des créations emblématiques telles que la Field Chair ou la Sail Table dressent le panorama d’une scène qui s’exporte avec une maturité inédite. L’Australie s’émancipe de son statut de marché périphérique pour imposer un vocabulaire propre, nourri de ses essences locales, de ses justes proportions et de ses propres récits, avec une assurance qui n’est pas sans rappeler celle de la sphère scandinave.
Dans cette même quête d’intemporalité, le designer basé à Sydney, Daniel Boddam, a misé sur une esthétique pensée pour traverser les époques. Son Orlo Sofa séduit par sa ligne basse et enveloppante, sublimée par des revêtements en bouclette, chenille, mohair ou laine. La Cella Table, plus stricte avec sa géométrie hexagonale en clin d’œil à Frank Lloyd Wright, est adoucie par l’usage du liège, d’un placage raffiné et d’un plateau central en verre bronze. L’ensemble de ces propositions partage une retenue très élégante : dans une industrie souvent saturée d’images, cette quête de longévité s’apparente à une radicalité bienvenue.
Aesop et l’innovation matérielle
La marque de soins Aesop a profité des 3daysofdesign pour prolonger son dialogue initié avec le studio OTHER MATTER. Dans les vitrines de ses boutiques de Nyhavn et de Kronprinsensgade, des bioplastiques à base d’algues prenaient la forme de silhouettes sculpturales inspirées de la gamme Parsley Seed Skin Care. La griffe y dévoilait également Aposē, son tout premier luminaire destiné à l’habitat.
Pensés dans une logique circulaire, les décors de ces vitrines sont destinés à être réutilisés ou retraités après chaque rotation. Jessie French, fondatrice d’OTHER MATTER, a d’ailleurs mis en lumière un matériau innovant aux propriétés proches du cuir, issu du réemploi de ces mêmes bioplastiques d’algues. Le message est parfaitement lisible : transformer l’expérimentation en cycle vertueux sans rien céder à l’exigence visuelle.
GUBI : l’art de vivre mis en scène
Enfin, GUBI a rythmé sa présentation autour de quatre séquences de vie intimes : le salon, la salle à manger, la chambre et l’atelier. L’éditeur appréhende l’intérieur contemporain comme un espace savamment orchestré, où le mobilier, la lumière, la couleur et la texture composent un rythme quotidien harmonieux.
Les nouvelles éditions y côtoyaient les pièces d’archives incontournables au sein de scénographies calquées sur des usages authentiques : recevoir, s’isoler, créer ou, plus simplement, exister. Une vision universelle, mais dont la pertinence demeure intacte. À Copenhague, GUBI a rappelé avec poésie qu’au-delà de l’objet, l’excellence du design réside dans sa capacité à sublimer notre façon d’habiter le monde.


