Lazzarini Pickering Architetti redéfinit une ancienne usine milanaise en une vibrante maison-musée. Alliant fluidité spatiale, conservation d’œuvres d’art et haute intégration technique, le projet instaure un équilibre subtil entre héritage industriel et modernité absolue.
Au cœur du quartier d’Isola, à Milan, une ancienne usine d’argenterie s’est métamorphosée tout en honorant sa mémoire architecturale. Avec la Casa Museo Molinario-Colombari, l’agence Lazzarini Pickering Architetti signe un espace où se conjuguent avec maestria habitation, collection et scénographie. Fruit de la longue complicité entre Ettore Molinario et Rossella Colombari, cette demeure fait de leurs passions communes pour la photographie, le design et la sculpture l’essence même de son décor.
Une géométrie de la fluidité
L’approche de Lazzarini Pickering s’appuie sur un plan circulaire, articulé autour de deux anneaux décentrés qui orchestrent magistralement la circulation et les perspectives. Ce parti pris confère à l’ensemble une dimension spatiale rare et saisissante. Fuyant l’organisation traditionnelle, les pièces s’enchaînent ici comme de véritables séquences visuelles, naviguant avec aisance entre la théâtralité de l’exposition et l’intimité domestique.
Loin du formalisme parfois clinique des galeries d’art, le lieu respire tel un organisme vivant, conçu pour sublimer ses œuvres sans jamais les figer. Dans la zone à double hauteur, une mezzanine préserve les espaces de vie privés, tandis que deux escaliers, une galerie suspendue et des percées savamment maîtrisées assurent la liaison entre les différents niveaux. Vestiges de l’ère industrielle, les colonnes d’origine et les anciens passages ont été précieusement conservés pour être réinterprétés en cadres scénographiques. Des portes dissimulées et des rideaux escamotables viennent parfaire cette notion de fluidité totale et contrôlée.
Le dialogue intime entre collection et domesticité
Déployée sur près de 1 000 mètres carrés, l’architecture fait littéralement corps avec la collection. Les murs, les bibliothèques et jusqu’aux garde-corps se transforment en supports d’exposition organiques. Le cœur de la maison, caractérisé par une plateforme en gradin, évoque une cavea contemporaine naturellement pensée pour accueillir des événements culturels et des moments d’échanges.
Cette hybridation assumée entre espace de vie et lieu d’exposition dépasse le simple exercice de style. Elle s’inscrit dans la grande tradition milanaise où l’architecture domestique dialogue de longue date avec les arts décoratifs. Cependant, l’approche esquive avec brio l’effet vitrine : la Casa Museo ne sacrifie jamais son confort sur l’autel du spectaculaire.
Un patio verdoyant, des puits de lumière judicieusement placés et une façade généreusement ouverte consolident cette respiration spatiale. L’apport de lumière naturelle y est millimétré, dépassant sa fonction purement esthétique pour répondre aux exigences strictes de conservation des pièces les plus sensibles, à l’instar des tirages photographiques.
L’élégance d’une technicité invisible
L’intelligence du projet réside également dans son extrême rigueur technique. Privilégier le réemploi de la structure existante a permis de minimiser l’empreinte carbone tout en magnifiant l’ADN brut des lieux. Derrière ces lignes épurées, les architectes ont dissimulé de véritables prouesses d’ingénierie : renforcement parasismique, intégration d’une toiture solaire, ainsi que des systèmes de pointe pour le traitement climatique et l’isolation acoustique.
Loin d’être de simples commodités, ces équipements répondent à une contrainte muséale stricte : garantir une atmosphère parfaitement stable pour la préservation des œuvres, sans pour autant transformer la demeure en un laboratoire stérile. Le luxe se lit ici dans la justesse des proportions et le silence de la technique. En témoignent les espaces confidentiels qui complètent la propriété, telles qu’une salle d’archives et une piscine aux reflets sombres, dont l’allure quasi secrète confère au lieu une aura singulière.
Fuyant le geste architectural extravagant, la Casa Museo Molinario-Colombari s’impose par une accumulation de décisions conceptuelles d’une rare acuité. Lazzarini Pickering Architetti signe une œuvre à rebours des modes éphémères. À Milan, capitale où le design cède parfois à la tentation de l’ostentation, cette réalisation trace une voie alternative : celle d’une élégance patiente, intemporelle et profondément durable.


