L’archipel Aeffe : une scission tripartite pour sauver l’ancrage italien
Le destin du groupe Aeffe ne se joue plus seulement sur les podiums de Milan, mais dans l’atmosphère feutrée et rigoureuse du ministère des Entreprises et du Made in Italy (Mimit). Lors d’une rencontre décisive tenue pour résoudre la crise qui secoue le pôle de San Giovanni in Marignano, un plan de restructuration radical a été dévoilé. Ce n’est pas une simple injection de capital qui se dessine, mais une métamorphose structurelle profonde. La famille Ferretti, fondatrice et pilier du groupe, a choisi de s’entourer d’une coalition hétéroclite mais puissante pour formuler une offre contraignante dont l’objectif dépasse le simple sauvetage financier.
L’idée centrale de cette manœuvre réside dans une fragmentation contrôlée. Plutôt que de tenter de maintenir un bloc monolithique sous pression, la stratégie prévoit l’acquisition de la quasi-totalité des actifs par une entité nouvelle, une « NewCo », avant de procéder à une division chirurgicale en trois pôles opérationnels distincts. Cette tripartition doit donner naissance à trois sociétés indépendantes, chacune dotée d’une mission claire et d’un périmètre défini : l’une consacrée au développement de Moschino, la seconde à la maison Alberta Ferretti, et la troisième concentrée sur les activités de production de San Giovanni in Marignano ainsi que sur la marque Pollini.
Un moteur financier de 115 millions d’euros
Pour piloter cette transition, le groupe s’appuie sur un montage financier complexe où le fonds Oxy prend les commandes de la cordata. Ce dernier n’agit pas seul. Il est épaulé par Invitalia, bras armé de l’État italien, qui intervient via son Fonds de sauvegarde des entreprises. Cette présence publique souligne l’enjeu national que représente Aeffe pour le tissu industriel de l’Émilie-Romagne. À leurs côtés, la famille Ferretti maintient sa présence dans le tour de table, témoignant d’une volonté de ne pas abandonner le navire familial malgré la tempête.
L’enveloppe globale mise sur la table s’élève à environ 115 millions d’euros. Ce capital n’a pas seulement une fonction de remboursement ou de trésorerie ; il sert de garantie pour la continuité des activités industrielles. Le plan insiste lourdement sur la sauvegarde des niveaux d’emploi, un point non négociable dans les discussions menées avec les autorités gouvernementales. En isolant les activités de production et la marque Pollini dans une entité séparée, les repreneurs entendent protéger le savoir-faire artisanal local, véritable cœur battant du complexe de San Giovanni in Marignano, tout en offrant aux marques de prêt-à-porter l’agilité nécessaire pour affronter les marchés mondiaux.
L’axe sino-italien et le levier Moschino
Le volet le plus stratégique, et peut-être le plus tourné vers l’avenir, concerne l’arrivée d’un partenaire industriel chinois. Si l’identité précise de cette société cotée reste pour l’instant confidentielle, son rôle est déjà clairement tracé. Elle ne se contente pas d’être un co-investisseur passif au sein de la cordata menée par Oxy. L’accord prévoit en effet la concession exclusive de la licence de la marque Moschino pour le marché chinois.
Cette décision marque un tournant dans la gestion de la griffe. En confiant les clefs du territoire chinois à un acteur local de poids, le groupe Aeffe cherche à transformer une présence jusqu’ici sans doute insuffisante en une expansion commerciale massive. L’objectif est limpide : consolider les bases de Moschino en Asie en s’appuyant sur l’expertise et le réseau d’un partenaire qui connaît les rouages spécifiques de ce marché complexe. Cette alliance permet d’exporter le style subversif de la maison milanaise tout en sécurisant des flux de revenus stables via un système de licence optimisé.
Le calendrier de la transition
Le processus de transformation est désormais engagé dans une course contre la montre. Les vérifications techniques et la finalisation des accords contractuels sont en cours, avec pour horizon la fin de l’année civile. Cette période de transition est cruciale pour assurer que le passage de témoin entre l’ancienne structure et les trois nouvelles entités opérationnelles se fasse sans rupture de production ni perte de confiance des marchés.
L’échéance la plus immédiate est fixée au 28 septembre prochain. C’est à cette date que les protagonistes de l’offre retourneront au ministère pour présenter le plan industriel détaillé. Ce document devra préciser comment les 115 millions d’euros seront alloués et comment chaque entité — Moschino, Alberta Ferretti et le pôle Pollini/Production — compte regagner sa rentabilité. Ce rendez-vous automnal sera le véritable test de viabilité pour ce projet de scission qui ambitionne de transformer une crise de croissance en un modèle de spécialisation industrielle.


