Au Metropolitan Museum of Art de New York, la rénovation ne se limite pas à une simple modernisation. En jouant subtilement avec la notion de temps et en laissant affleurer ses strates historiques, le musée instaure un dialogue poétique et inédit entre l’héritage du passé et l’épure contemporaine.
Le studio new-yorkais Peterson Rich Office a repensé cinq espaces distincts de la célèbre institution, faisant le choix délibéré d’exposer de vastes pans de son histoire architecturale. Plutôt que de dissimuler ces époques sous une continuité trop lisse, le parti pris esthétique embrasse la superposition des ères. Une démarche résolument assumée.
Un musée pensé comme un palimpseste
Selon le magazine Dezeen, l’intervention s’étend sur plus de 1 100 mètres carrés au cœur des nouvelles galeries Condé Nast. Elle s’insère délicatement parmi des structures du XIXe siècle, notamment autour du majestueux Great Hall conçu par Richard Morris Hunt, puis remanié par Arthur Lyman Tuckerman et Calvert Vaux. L’intention est limpide : faire de la stratification architecturale un véritable langage, loin de tout assemblage fortuit.
Aux abords des édifices historiques, les architectes ont mis à nu les façades d’origine en retirant d’épaisses couches de plâtre, les intégrant ainsi au cœur même du nouvel espace. D’anciens murs extérieurs se métamorphosent en seuils, et ces seuils en récits. Comme le souligne Miriam Peterson, ce dialogue entre matériaux bruts d’époque et ajouts contemporains redéfinit profondément notre perception de ce qui « existe » réellement dans un lieu.
Entre solennité et fluidité des espaces
Adjacente au Great Hall, la galerie d’orientation dévoile des arches en pierre calcaire s’élevant à près de six mètres de haut. Ses murs sont parés d’un élégant stuc marmorino gris, tandis que des vitrines transparentes ouvrent des perspectives inédites sur le reste du musée. L’atmosphère y est tout en retenue, agissant comme une zone de transition apaisante entre l’héritage monumental du bâtiment et la suite du parcours des visiteurs.
Plus loin, de monumentales portes pivotantes en chêne dévoilent la High Gallery, où l’esthétique s’ancre définitivement dans la contemporanéité. Le plafond, d’une hauteur vertigineuse, intègre une structure de poutres qui dissimule la technicité du lieu tout en soutenant un niveau supérieur. Ce dispositif offre un éclairage indirect, pensé pour s’adapter avec flexibilité aux différentes scénographies. L’ingéniosité de ce design ne réside pas seulement dans son impact visuel, mais dans la clarté avec laquelle il exprime sa fonction.
Au centre, la Low Gallery joue sur un changement d’échelle intimiste. Elle se distingue par une palette minimaliste : sols en pierre grise, plafonds d’une blancheur immaculée et éclairage sur rail classique. Enfin, la Finale Gallery expose avec force la dualité du projet : d’un côté, des finitions parfaitement lisses ; de l’autre, la brique apparente et les pilastres originels des structures du XIXe siècle.
Une institution en perpétuel mouvement
L’inauguration de ces espaces coïncide avec l’exposition Costume Art. Le musée propose une exploration fascinante de la dimension sociale du vêtement, à travers des pièces et des représentations corporelles issues de diverses époques. Ce choix n’a rien de fortuit : il place la mode au cœur d’un espace qui magnifie précisément ses propres strates et artefacts historiques.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus vaste. Le studio Peterson Rich Office travaille actuellement sur une nouvelle galerie pour le Costume Institute, redessinant les espaces de restauration et les boutiques, tout en réactivant l’entrée située à l’angle de la Cinquième Avenue et de la 83e Rue. Parallèlement, le Met poursuit son expansion globale avec un projet ambitieux mené par l’architecte mexicaine Frida Escobedo.
Fondé en 2014 par Miriam Peterson et Nathan Rich, le studio s’est illustré dans des projets culturels où la préservation refuse de figer les lieux dans le temps. Le véritable défi de cette intervention résidait dans l’intégration fluide des visiteurs au sein d’un monument historique complexe, sans pour autant en gommer l’histoire riche et foisonnante. Le résultat est un parcours d’une grande cohérence qui respecte l’âme originelle du bâtiment. Une justesse de ton et une authenticité qui signent la réussite absolue de ce projet.


