L’engouement autour de Matthieu Blazy et la reprise de 2025
Certains parlent de Chanel mania ou de Blazymania. Les effets concrets du grand engouement pour le nouveau directeur créatif Matthieu Blazy, qui a présenté sa première collection en octobre avec des produits arrivés en magasin au début de l’année, ne seront véritablement visibles que dans les bilans de 2026. Les estimations, selon les analystes de Morgan Stanley cités par Business of Fashion, pourraient même atteindre une croissance à deux chiffres. Toutefois, l’année 2025 a d’ores et déjà mis en lumière une « hype » grandissante, à tel point que la maison a clôturé son exercice avec des revenus en hausse de 3 % aux taux de change courants, atteignant 19,3 milliards de dollars (environ 16 milliards d’euros), soit une augmentation de 1,8 % à taux de change constants. Un résultat qui vient inverser la tendance négative de 2024, année où le chiffre d’affaires avait reculé de 4,3 %. Toujours en 2025, Chanel a enregistré une progression de 5 % de son bénéfice d’exploitation, qui a atteint 4,7 milliards de dollars, en hausse par rapport aux 4,5 milliards de 2024, bien que ce chiffre reste inférieur aux niveaux atteints entre 2021 et 2023. Le bénéfice net a quant à lui diminué de 14,3 %, s’établissant à 2,9 milliards de dollars en 2025.
Chanel face à ses principaux concurrents
Le taux de croissance de Chanel en 2025 a été inférieur à celui d’Hermès, qui a vu ses ventes augmenter de 5,5 % aux taux de change courants (+8,9 % à taux constants) pour atteindre 16 milliards d’euros, mais il s’est révélé meilleur que celui de la division mode et maroquinerie de LVMH, qui a accusé une baisse de 8 % aux taux de change courants (-5 % à taux constants) à 37,7 milliards d’euros.
Dynamique régionale et stratégie de prix
Sur les douze mois de 2025, la hausse des ventes s’explique principalement par la croissance organique de 7,2 % enregistrée sur le continent américain. L’Europe s’est montrée plus prudente avec une hausse de 2,5 %, portée par la France, l’Italie et l’Espagne, tandis que les revenus ont reculé de 0,8 % dans la zone Asie-Pacifique, qui reste pourtant la région la plus importante pour Chanel en termes de ventes. Comme le rapportent les agences de presse, Chanel a procédé à une augmentation globale de ses prix de 3 %, et de 2 % spécifiquement pour les produits de mode en 2025, et prévoit des hausses similaires pour cette année. Par ailleurs, l’activité de Chanel au Moyen-Orient, qui représente environ 4 % de son chiffre d’affaires, a fait preuve de résilience en dépit du contexte de guerre avec l’Iran.
Investissements massifs dans la production et le réseau de distribution
« En 2025, nous avons assisté à un véritable élan créatif à travers l’ensemble de nos activités », a déclaré à Reuters la directrice générale Leena Nair, précisant que les investissements réalisés en 2024 avaient posé les fondations de cette reprise des ventes. Au cours de l’année, la maison a poursuivi ses investissements productifs. Comme le souligne WWD, le groupe a injecté 700 millions de dollars dans son réseau de fabrication. Le nombre total de fournisseurs sous son contrôle s’élève désormais à près de 75. En 2025, la marque a pris le contrôle majoritaire du fabricant d’articles en cuir Renato Corti et a acquis une part minoritaire dans l’entreprise de soieries Mantero Seta, en plus d’une participation dans le filateur de cachemire écossais Todd & Duncan. La maison a également inauguré une nouvelle usine de production de parfums en France et construit actuellement son nouveau siège mondial à Londres, dont l’achèvement est prévu pour la fin 2026. Du côté du retail, Chanel a inauguré 41 boutiques en 2025 et prévoit d’en ouvrir 30 nouvelles cette année.
Perspectives 2026 : un succès qui bouscule le secteur du luxe
Pour 2026, comme anticipé, les analystes s’attendent à de nouvelles progressions portées par le franc succès des collections de Blazy, qui ont d’ores et déjà généré des files d’attente devant les boutiques Chanel au mois de mars. Une croissance qui pourrait, selon Reuters, venir contrecarrer les tentatives de relance de Dior et de Gucci. « Les pessimistes (une vision que nous partageons pour le moment) soutiendraient que, dans un contexte de croissance anémique pour le secteur, la renaissance de Chanel doit inévitablement se faire au détriment de ses concurrents », soulignent les analystes de Morgan Stanley cités par l’agence. Mais pour ceux qui voient le verre à moitié plein, cette dynamique est un signal positif : « Je considère comme un bon indicateur pour le secteur du luxe le fait que Chanel génère un niveau d’intérêt que l’on n’avait pas vu depuis plusieurs années », a affirmé Harsharan Mann, gestionnaire de portefeuille et responsable du secteur des biens de consommation chez Aviva Investors à Londres.


