Milan voit XXL : plus de 200 rendez-vous pour une Fashion Week record

défilé mode milan mannequin
Photo © Numéro — via https://numero.com/mode/la-fashion-week-de-milan-en-7-defiles-memorables/

Un défilé ouvert au public dans un jardin : au milieu des invitations réservées et des agendas serrés, le geste d’Antonio Marras mérite qu’on s’y arrête. Au Giardino Vincenzo Muccioli, le créateur fera entrer d’autres regards dans la semaine milanaise. Cette ouverture donne une clé de lecture de la prochaine Fashion Week, du 22 au 28 septembre : observer comment la mode déborde du podium, investit les lieux culturels et cherche une place dans la vie de la ville. Les collections resteront le centre de gravité. Mais c’est aussi autour d’elles que Milan entend se raconter.

Le musée, autre terrain de la mode

Il faudra compter avec les expositions dans cette géographie de septembre. Le 23, la Camera Nazionale della Moda Italiana (CNMI) réunira ses invités à Palazzo Reale pour un dîner de gala d’ouverture lié à l’inauguration de « Dalí e la Moda ». Portée par la municipalité de Milan, dans son volet culturel, l’exposition est produite par Palazzo Reale, MondoMostre et Civita Mostre e Musei, avec la collaboration de la Fundació Gala-Salvador Dalí. L’affiche propose de regarder la mode par le prisme d’un artiste, plutôt que par celui d’une saison.

À 10 Corso Como, le regard changera d’échelle le 25 septembre. « Viktor&Rolf. Spectrum » rassemblera vingt silhouettes de haute couture conçues sur plus de trente ans par la maison du groupe OTB. Le contraste avec le rythme des défilés est intéressant : là où le calendrier exige de passer rapidement à la collection suivante, l’exposition permet de considérer une trajectoire. Vingt looks seulement, pour traverser trois décennies de création.

Le même lieu inaugurera dès le 23 « The East », en collaboration avec la plateforme sociale lifestyle Xiaohongshu. Autre proposition, autre matière : Afro Fashion Association et Levi’s présenteront le 24 l’exposition multidisciplinaire « Voices Of Denim ». Le documentaire « Voices Of Denim – Behind The Scenes », programmé le dimanche 27, en prolongera la découverte. Ces rendez-vous ménagent plusieurs temps de lecture dans une semaine dominée par l’immédiateté des images.

Chez Moschino, le rendez-vous du changement

Sur les podiums, l’attention se portera notamment sur Loris Messina et Simone Rizzo. Leur première collection à la direction créative de Moschino sera dévoilée vendredi 25 septembre dans un défilé réunissant les propositions féminines et masculines. Aucun détail esthétique n’est encore donné dans le programme : l’enjeu tient précisément à cette première prise de parole, au moment où un duo doit donner forme à son interprétation d’une maison.

Les repères du calendrier sont, eux, fixés. Prada ouvrira la semaine mardi 22 ; Giorgio Armani défilera dimanche 27, dernier jour des présentations physiques sur podium. Entre ces deux dates, de nouveaux noms rejoindront le calendrier féminin des défilés : les Portugais Marques’ Almeida, déjà distingués par le LVMH Prize, et Miguel Vieira, le Mexicain Neithan Herbert, ainsi que Victor-Hart. Ce dernier a bénéficié du dispositif « The Max&Co. Design for Change » dans le cadre du Camera Moda Fashion Trust Grant 2024.

Les présentations offriront également leur lot de mouvements. Alanui et Gherardini reviennent, tout comme La Perla, dont la présence accompagne une nouvelle étape après son acquisition par Luxury Holdings LLC. Il faut distinguer ce retour d’une arrivée dans ce format : Off-White, Paris Texas et Sézane figurent ainsi parmi les marques inscrites pour la première fois au calendrier des présentations. Ce n’est pas le même récit, ni le même point de départ.

Des anniversaires face aux premières fois

La semaine fera cohabiter le temps long des marques et l’impatience des débuts. Hogan célébrera quarante ans, Gianvito Rossi vingt, The Attico dix. Amato Daniele et Edis Pala fêteront également leur première décennie. Parajumpers, qui entre pour la première fois au calendrier des événements, y marquera son vingtième anniversaire. Pour ces maisons, septembre sera donc aussi l’occasion de parler de durée, tandis que d’autres chercheront à installer leur nom.

Le renouvellement sera particulièrement visible dans les présentations, avec notamment Andrea Brocca, Leandro Cano, Lug Von Siga, Kenneth Tetteh, Absent Findings et Unknown Artisan. Le volet numérique accueillera pour la première fois Banke Kuku, Mastewal Alemu, Timisola Shasanya et Rechenberg. Cette diversité de formats compte : toutes les marques ne feront pas leur entrée par le même dispositif, et le podium physique ne résume pas à lui seul la programmation.

Les chiffres présentés à Palazzo Marino par Carlo Capasa, président de la CNMI, permettent d’en prendre la mesure : 203 rendez-vous sont annoncés, dont 61 défilés, répartis entre 54 physiques et sept numériques. S’y ajoutent 88 présentations, dont quatre sur rendez-vous, et 54 événements. Le défi pour le regard sera moins de tout voir que de savoir où s’attarder.

Une relève qui passe aussi par les écoles

L’un des parcours les plus révélateurs pourrait se dessiner au Fashion Hub de la CNMI. Sara Sozzani Maino, ambassadrice internationale de l’institution pour les nouveaux talents et les marques, y rassemble six labels de la nouvelle génération dans « Future Threads: Italy’s New Wave ». Avec « Mediterranea. Talenti Emergenti in Campania », réalisé en collaboration avec la Région Campanie, huit marques bénéficieront d’un autre éclairage, cette fois territorial.

Le programme chinois « In The Fold: Chinese Fashion in the Making » déplace encore la perspective. Sous la direction de Zou You, président du Beijing Institute of Fashion Technology, il réunira quatorze travaux de quinze designers enseignant dans différentes universités chinoises. Le choix de montrer des créateurs qui transmettent eux-mêmes leur pratique apporte une dimension pédagogique à cette vitrine internationale. Dimanche 27, la douzième édition de Milano Moda Graduate donnera, elle, la place aux étudiants des principales écoles de mode italiennes.

La circulation des talents prendra aussi la forme d’un échange avec la Fédération de la Haute Couture et de la Mode : Sevali sera présenté à Milan, tandis qu’Act N°1 sera accueilli pendant la Fashion Week parisienne. Une sélection de designers roumains sera réunie dans « Romanian Fashion Edit », sous le commissariat de Mercedes-Benz Bucharest Fashion Week. Enfin, le 26 septembre, la Fondazione Sozzani présentera son premier Sozzani Award, consacré à l’autonomisation des femmes, avec une bourse destinée à soutenir une créative ou une entrepreneuse.

Ce que la semaine laissera dans la ville

Les échanges internationaux se poursuivront le 22 avec le Shenzhen Futian Fashion Event, consacré à trois marques du district de Futian. Le lendemain, Keqiao proposera « Season Abide By Their Course », défilé collectif réunissant Gu Yandai, Liu Hongchao, Sancailiyi et Sayaanno. Milan se positionne ainsi comme un lieu de présentation pour des scènes qui ne sont pas toutes italiennes, plutôt que comme la seule vitrine de ses propres maisons.

Dans la ville, Vogue World: Milano occupera le 22 septembre la Galleria Vittorio Emanuele II autour du thème « The human touch in the Age of Technology ». La question de la place du geste humain face à la technologie trouvera donc pour cadre un espace urbain, et non une salle de défilé. Un train spécialement habillé pour la Fashion Week sera également présenté avec Frecciarossa de Trenitalia, du groupe FS.

Reste une annonce moins spectaculaire, mais dont la portée dépassera la semaine. Lors de la présentation du programme, le maire Giuseppe Sala a précisé que Condé Nast prendrait en charge la réhabilitation de la bibliothèque municipale de Quarto Oggiaro. Loin des vingt silhouettes de couture et des premiers rangs, ce sera une autre trace de la mode à Milan : un équipement de quartier appelé à servir après le départ des invités.