Milan a beau régner en maître sur la mode et le design mondial, attirant sans cesse de nouveaux habitants, même ses plus grands admirateurs avoueront que l’atmosphère peut y devenir un brin étouffante. Alors, pourquoi ne pas s’inspirer des Milanais eux-mêmes et s’échapper le temps d’un week-end, voire d’une simple journée ? L’un des grands atouts de la capitale lombarde réside dans sa proximité avec des destinations d’exception. D’ailleurs, certaines échappées belles sont plus rapides à atteindre que le trajet pour se rendre au parc des expositions du Salone.
Bologne, l’antithèse vibrante de Milan
À seulement une heure de train à grande vitesse, Bologne s’impose comme un contraste saisissant. Oubliez le vernis un peu guindé de Milan : ici, l’ambiance est résolument authentique. Profondément ancrée dans son histoire et sa gastronomie, la ville vibre au rythme de sa forte population étudiante et de sa scène contemporaine alternative. Abritant la plus ancienne université du monde encore en activité (fondée en 1088), Bologne a toujours cultivé un esprit militant et idéaliste. C’est une cité libre, où les lieux de musiques underground et les squats entretiennent un doux parfum de rébellion. Un bouillonnement qui cohabite en parfaite harmonie avec la majesté de ses places en terre cuite, de ses tours médiévales et de sa cuisine, incontestablement l’une des plus respectées d’Italie.
Une scène culinaire authentique et généreuse
L’engouement pour la capitale d’Émilie-Romagne ne cesse de croître. Selon Benedetta Barbieri, à la tête de la Trattoria Montanara avec son mari Filippo Venturi, la ville est devenue une destination prisée des épicuriens. Dans la salle intimiste de leur établissement ouvert en 1929, le couple propose ce qu’ils aiment appeler une « cuisine mijotée d’une autre époque ». Au menu, servis sur de délicates assiettes fleuries : des classiques indétrônables comme les lasagnes, les tortellini in brodo (des pâtes farcies plongées dans un bouillon de viande) et la fameuse cotoletta (une escalope de porc panée, agrémentée de jambon et de parmesan).
Les restaurants traditionnels sont le véritable cœur battant de la cité. Les adresses décontractées proposant une cuisine préparée avec amour abondent. Poussez la porte de Da Cesari, une salle à manger aux boiseries sombres décorée de nappes aux imprimés typiques de la région. On y déguste des boulettes de viande dont la recette est jalousement gardée, accompagnées d’un vin issu de vignes locales. Autre institution, le Bar Paolo, fondé en 1976. Sans enseigne extérieure et sans menu imprimé, ce repaire d’habitués au comptoir en acier arrondi s’en remet à la seule voix de son propriétaire pour annoncer les plats du jour.
Parmi cette myriade de tables à l’ancienne, le Ristorante Grassilli tire son épingle du jeu. Ce duo père-fils marie avec brio les produits de saison bolognais à des associations audacieuses, à l’image de leur risotto au potiron, taleggio, éclats d’amaretti et graines de grenade. Chaque matin, les pâtes y sont étalées au rouleau, un savoir-faire que le plus jeune des chefs, Jean David Durussel, considère comme un véritable art à part entière.
L’amour des bons produits anime également les halles du centre-ville. Reconstruit en 1949, le Mercato delle Erbe fait à la fois office de marché couvert et de cantine conviviale. Parmi les étals, on retrouve la Bottiglieria delle Erbe, qui a récemment fait des petits avec l’ouverture de la Bottiglieria Vini Belli, via Saragozza. Les locaux s’y pressent pour partager quelques tapas italiennes autour de bouteilles issues de vignerons indépendants.
Au carrefour de la culture et de l’artisanat historique
Au-delà de l’assiette, la ville foisonne d’initiatives culturelles. La musique live y occupe une place de choix (les groupes de passage y font d’ailleurs plus souvent halte qu’à Milan), mais le cinéma est également une véritable religion locale. Un amour du septième art entretenu par les exceptionnelles archives de la fondation Cineteca di Bologna, ainsi que par le superbe Cinema Modernissimo, un joyau de l’époque Art nouveau récemment restauré.
Pour flâner, direction le quartier du Quadrilatero. Haut lieu du commerce depuis le Moyen Âge, son dédale de ruelles regorge de primeurs et de boutiques d’artisans. Arrêtez-vous chez Roccati pour ses truffes en chocolat confectionnées sur place, ou laissez-vous surprendre par l’Aguzzeria del Cavallo. Fondée en 1783, c’est l’une des plus anciennes échoppes de la ville, proposant des objets insolites comme des appeaux sculptés à la main, des couteaux d’exception et des ustensiles spécialisés pour la fabrication des pâtes.
À quelques pas de là se dressent les mythiques Due Torri. Bien que ces deux tours vieilles de neuf siècles fassent l’objet de travaux pour pallier un affaissement de leurs fondations, elles n’en demeurent pas moins spectaculaires. Poursuivez votre chemin jusqu’à la via Santo Stefano, une artère piétonne qui s’anime chaque deuxième week-end du mois au rythme de son marché d’antiquaires. C’est ici que l’on peut admirer quelques-uns des plus beaux portiques de la ville, aujourd’hui classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
Vivre la « dolce vita » à la bolognaise
Si la gastronomie est un puissant produit d’appel, l’attrait de la ville va bien au-delà. Comme le souligne la créatrice Allison Hoeltzel, il est indispensable de garder du temps pour les musées. Elle recommande chaudement le Mambo (le musée d’art moderne) et le Museo Morandi, dédié au célèbre peintre originaire de la cité. Ne manquez pas non plus l’Archiginnasio, un majestueux palais de la Renaissance du XVIe siècle. Outre la plus vieille bibliothèque de Bologne, il abrite un fascinant théâtre anatomique de 1637, tout en bois, dont les statues lugubres aidaient autrefois les étudiants en médecine à réviser leurs cours d’anatomie.
Pour clore la journée en beauté, Hoeltzel, fondatrice d’une marque de maroquinerie artisanale, conseille de se fondre dans la vie sociale effervescente de la ville, un verre de vin à la main. Les puristes se tourneront vers l’Enoteca Storica Faccioli pour sa sélection de vins nature dans un cadre classique et intimiste, tandis que la Bottiglieria Vini Belli offrira une atmosphère un peu plus contemporaine. L’esprit de communauté et le sens de la fête font partie intégrante de l’ADN local. Finalement, c’est tout cela qui définit l’art de vivre à la bolognaise.


