Le nouvel hôtel signé Muh Shoou est un véritable refuge pour les habitants de Shanghai

L’essor des retraites design au cœur de l’empire du Milieu

L’hôtellerie indépendante axée sur le design connaît une véritable renaissance en Chine. Portés par un engouement local fort pour l’évasion et l’assouplissement des politiques de visas pour les touristes étrangers, de nouveaux écrins voient le jour. Si l’on imagine souvent ces refuges isolés au bord d’un lac lointain ou perchés sur des sommets inaccessibles, certains joyaux se cachent en réalité à quelques encablures des grandes métropoles, sans nécessiter d’interminables trajets en train à grande vitesse ou en avion.

Une immersion bucolique aux portes de Shanghai

C’est précisément le cas du tout nouveau Muh Shoou Zhujing. Inauguré récemment dans la bourgade pittoresque et aquatique de Zhujing, au sud-ouest de Shanghai (district de Jinshan), cet établissement confidentiel de 65 chambres se trouve à une petite heure de route de l’agitation du centre-ville. Le contraste est saisissant : ici, les gratte-ciel cèdent la place à un environnement apaisant fait de rizières, de canaux sinueux et de sentiers forestiers. Loin du tumulte du grand centre d’affaires voisin, le bâtiment le plus imposant des environs se résume à un modeste salon de thé à un étage, jouxtant un vaste parc floral. Pour garantir une quiétude absolue, chaque chambre bénéficie même de son propre jardin privatif.

L’alliance de l’expertise de luxe et de l’authenticité locale

À la tête de ce projet ambitieux, on retrouve Alex Li, un vétéran de l’hôtellerie haut de gamme fort de plus de vingt ans d’expérience au sein d’enseignes prestigieuses telles qu’Aman, Four Seasons et Hyatt. S’il a choisi de rejoindre une marque locale pour la première fois de sa carrière, c’est avant tout par conviction pour l’âme du projet et la vision de ses créateurs. Le Muh Shoou Zhujing est la deuxième adresse de la marque, faisant suite à une première ouverture très remarquée dans les zones humides de Hangzhou. L’architecture de ces deux établissements a été confiée au cabinet Group of Architects (GOA), dirigé par Zhang Xiaoxiao, qui se trouve également être le cofondateur de l’enseigne.

L’architecture pensée comme un dialogue avec la nature

Pour l’architecte en chef, la conception d’un hôtel ne consiste en aucun cas à dupliquer une formule ou un modèle économique, mais plutôt à proposer une « façon d’observer le territoire ». Le design se doit de célébrer l’unicité du site. Alors que l’adresse primée de Hangzhou jouait sur une atmosphère froide, sauvage et profondément silencieuse, ce nouveau refuge shanghaïen évoque davantage la poésie des forêts brumeuses et des marécages.

Bien que l’esthétique de Zhujing soit aux antipodes du glamour historique du quartier du Bund, c’est justement cette dualité qui en fait le charme. Pensé comme l’arrière-pays d’une mégalopole mondiale, l’hôtel offre un antidote parfait à la mélancolie urbaine. Fuyant les stéréotypes visuels de la culture chinoise, la structure puise plutôt son inspiration dans l’art subtil des jardins classiques. Du hall de réception aux cours intérieures, les espaces sont conçus pour que la nature se révèle et se cache au gré des déambulations du visiteur, offrant un paysage changeant à chaque nouveau pas.

Convivialité intime et redéfinition de l’hospitalité

Si les salles de bains indépendantes et les patios privés invitent au ressourcement solitaire, l’établissement n’a pas été imaginé uniquement pour les ermites en quête d’isolement. L’accent est fortement mis sur le partage. De chaleureux espaces de vie, allant du bar de la piscine au salon de thé, s’ajoutent à huit salles à manger privatisables pour des moments en famille ou entre amis. En privilégiant des espaces communs volontairement restreints, en rupture totale avec les immenses lobbys froids des grands complexes internationaux, les concepteurs souhaitent favoriser les rapprochements humains.

Cette philosophie intimiste imprègne jusqu’à l’art du service. Pour les fondateurs, l’hospitalité à la chinoise doit se traduire par un échange respectueux et horizontal entre l’hôte et son invité. Les hiérarchies invisibles mais strictes des palaces traditionnels sont ici gommées : les couloirs de service côtoient les allées des clients. Côté gastronomie, le restaurant a été discrètement encastré sous le niveau du jardin paysager, donnant aux dîneurs la sensation apaisante de manger à même la terre. Dans l’assiette, la carte évolue au rythme des saisons, s’appuyant exclusivement sur des ingrédients frais récoltés dans les fermes voisines.

En attirant des talents de premier plan et en imaginant des concepts aussi ancrés dans leur environnement, l’hôtellerie de luxe indépendante séduit plus que jamais. Elle répond parfaitement aux nouvelles attentes d’une clientèle locale fortunée et de voyageurs internationaux avides de séjours empreints de lenteur et de sérénité.