Karl Monies réinvente la lumière à Copenhague avec des lampes presque vivantes

À l’occasion de 3daysofdesign chez Other Circle, le créateur danois Karl Monies dévoile des pièces lumineuses singulières. Évoquant d’étranges organismes fongiques, ces créations mêlent nature brute et artisanat d’art dans une démarche sculpturale des plus fascinantes.

À Copenhague, Karl Monies métamorphose l’objet lumineux en organisme vivant

Lors de l’événement 3daysofdesign, l’espace Other Circle a accueilli une installation aux allures de sous-bois onirique imaginée par Karl Monies. Entre parterres de mousse, lichens texturés et métal oxydé, la scénographie dépassait la simple vitrine pour offrir un véritable écosystème organique. À même le sol, la lumière s’y faisait presque matière, brouillant les frontières entre le design fonctionnel et l’installation environnementale.

Une lumière entre objet et paysage

Les abat-jour, façonnés en cuivre patiné et plaques métalliques laissées apparentes, assument pleinement leurs rivets, leurs soudures et les stigmates de leur conception. Ce refus du polissage et de la surface lisse n’a rien d’accidentel ; chez Monies, l’irrégularité s’érige en véritable langage visuel. Si ces pièces conservent leur vocation d’éclairage, elles acquièrent une dimension mystérieuse, s’apparentant à des fragments de forêt, de petits abris ou d’intrigantes créatures domestiques.

La force de cette proposition réside dans sa dualité. Nous sommes ici face à une œuvre sculpturale autant qu’à un luminaire. Ces formes trapues, ancrées au sol, défendent une vision radicale : celle d’un objet capable d’éclairer un espace tout en infusant une subtile part de mystère.

L’esthétique fongique comme champ d’expérimentation

Cette démarche, inscrite dans la plateforme pluridisciplinaire d’Other Circle, prolonge une pratique déjà bien ancrée chez le créateur danois. Loin de se cantonner au luminaire, Karl Monies explore avec la même aisance la céramique, le mobilier, la peinture ou encore le bijou. À Copenhague, le motif du champignon s’impose comme une obsession centrale. Une fascination que l’on retrouvera prochainement dans la série Bonum Lumen, développée pour l’exposition Macro prévue chez Etage Projects en 2024.

Cette future rétrospective explorera les propriétés psychotropes et la bioluminescence des champignons, offrant une clé de lecture enrichissante à son travail récent. La lumière n’y est plus pensée pour sa simple utilité visuelle ; elle évoque l’éveil, l’attention portée au vivant et l’éloge de la lenteur. Si la facture reste résolument artisanale, l’imaginaire déployé transcende largement les limites strictes de l’atelier.

L’art de subvertir la tradition

Le designer s’empare régulièrement de typologies classiques — vases, bouteilles, urnes ou lampes — pour s’en détourner subtilement et les vider de leur usage premier. Ses céramiques, mêlant parfois grès, liège et corde, convoquent des références allant de l’objet moderniste aux flacons de saké traditionnels. Toutefois, Karl Monies ne cite jamais la tradition de manière littérale : il la tord et la réinvente pour forger un vocabulaire formel inédit.

Ce principe infusait déjà Arcana, sa première exposition personnelle chez Etage Projects en 2019, largement imprégnée de symbolisme et de rituels ésotériques. Comme si l’objet utilitaire pouvait se muer en support de méditation ou de croyance. Chez lui, le contenant n’est jamais vide ; il porte la mémoire des formes, une empreinte que le temps se refuse à effacer.

Le charme discret d’une douce étrangeté

Dans un panorama du design contemporain souvent obsédé par la perfection des lignes, Karl Monies choisit l’aspérité. Son œuvre nous rappelle que l’artisanat n’est pas un patrimoine sclérosé, mais une matière vivante, en perpétuelle mutation. Les lampes dévoilées à Copenhague cristallisent cette philosophie : elles puisent dans la forêt, les savoir-faire ancestraux et le folklore, s’assemblant sans jamais chercher une rationalité totale.

Leur puissance tient précisément à cette tension. Elles demeurent suffisamment domestiques pour trouver leur place dans un intérieur, tout en conservant une aura indocile qui marque les esprits. À une époque où le design tend parfois à s’effacer ou à lisser ses aspérités, Karl Monies prouve qu’un objet peut encore dérouter, vivre et respirer un peu de cette magie qui fait toute la différence.