Le silence qui règne parfois dans les vastes hangars de Nola, en périphérie de Naples, est trompeur. Derrière les façades de l’Interporto Campano se déploie une mécanique de précision qui, en 2025, a franchi un cap symbolique. Le Gruppo Sorbino, acteur majeur du prêt-à-porter masculin transalpin, vient de boucler son exercice avec un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros. Une progression de vingt millions en seulement douze mois qui témoigne de la vitalité d’un modèle économique ancré dans le territoire de la Campanie, mais résolument tourné vers l’export. Ici, la mode n’est pas qu’une affaire de silhouettes ; c’est une science de la logistique et une histoire de lignée.
La gouvernance des six cousins
L’ascension du groupe ne se comprend qu’à travers le prisme de la famille Sorbino. Tout commence avec Giovanni, marchand de vêtements qui insuffle à ses fils, Ciro, Modestino et Giuseppe, le goût du produit bien coupé. En 1980, les trois frères transforment cette passion en entreprise, débutant par la commercialisation de jeans et de pantalons avant de bâtir un véritable empire industriel. Aujourd’hui, le témoin est entre les mains de la troisième génération. Une situation rare dans l’industrie textile contemporaine : six cousins, associés et solidaires, se partagent les commandes d’un navire de 20 000 mètres carrés.
Giovanni, Gianni, Fabio, Antonio, Francesco et Marco Sorbino incarnent cette direction collégiale où chaque segment de l’entreprise est verrouillé par un membre de la famille. De la production à la logistique, du développement commercial à l’administration, en passant par le retail, les rôles sont distribués pour garantir une réactivité maximale. Cette structure organique permet au groupe de piloter avec agilité un portefeuille de marques aux identités distinctes : Sorbino, le navire amiral, mais aussi Seinse, Dooa, Gazzarrini — actuellement en phase de relance — et Hamaki-Ho. Cette synergie familiale est le moteur d’une croissance qui ne semble pas s’essouffler, avec une hausse d’activité de 10 % déjà projetée pour l’année 2026.
Une force de frappe commerciale entre Nola et l’international
Le cœur battant du groupe se situe au CIS de Nola. C’est dans ce complexe imposant que les collections prennent vie et que la stratégie de distribution mondiale est coordonnée. Le Gruppo Sorbino s’appuie sur un réseau de plus de 2 500 clients internationaux. Si l’ancrage européen reste solide avec 350 comptes majeurs, l’entreprise a su placer ses pions bien au-delà des frontières du Vieux Continent, avec 250 points de contact répartis entre l’Asie et les Amériques.
Pourtant, le marché domestique italien demeure le socle de cette réussite, générant encore 80 % du chiffre d’affaires global. La marque éponyme Sorbino porte à elle seule 70 % des revenus, soit 90 millions d’euros. Cette domination s’appuie sur un maillage territorial impressionnant de 165 boutiques monomarques en Italie, mêlant habilement gestion directe et affiliations. À l’étranger, la stratégie diffère : le groupe privilégie les partenariats stratégiques et la franchise pour s’implanter dans des zones à fort potentiel comme le Liban, les Émirats arabes unis, la Turquie ou le Japon. Les prochaines étapes de cette conquête géographique sont déjà tracées, avec des ouvertures prévues en Afrique du Nord pour le cycle 2026-2027.
L’essor de Seinse et le défi du numérique
Dans l’ombre du géant Sorbino, la marque Seinse dessine une trajectoire exemplaire. Avec une croissance annuelle constante de 10 % sur les trois dernières années, elle atteint désormais un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros. Son réseau de distribution s’est densifié pour atteindre 700 clients sur le sol italien et 400 à l’international, confirmant l’appétence des marchés pour cette proposition mode spécifique. Cette montée en puissance de Seinse illustre la capacité du Gruppo GGM — la structure englobant les différentes labels du groupe — à diversifier son offre sans cannibaliser ses propres segments.
Parallèlement à cette expansion physique, la transition numérique s’opère selon des modalités variables. Pour la marque Sorbino, l’e-commerce direct représente déjà 10 % des ventes totales, un chiffre qui souligne l’efficacité de sa plateforme propriétaire. Pour les autres labels de la galaxie Sorbino, le choix s’est porté sur des collaborations avec des e-tailers reconnus. Cette approche hybride permet de couvrir l’ensemble du spectre de la vente en ligne tout en conservant une maîtrise fine de l’image de marque. Entre les murs de Nola, les chiffres de 2025 ne sont perçus que comme une étape. L’objectif est clair : maintenir ce rythme de croisière tout en explorant les derniers territoires où le style napolitain ne s’est pas encore imposé.


