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Ajouter Texture à GoogleLe 14 septembre 2026, l’éclat de la scène s’est un peu tamisé à Palm Springs. Robert Gordon Mackie, dont le nom restera indissociable de l’outrance glamour et de la métamorphose des divas américaines, s’est éteint à l’âge de 87 ans des suites de complications d’une pneumonie. Celui que l’on surnommait volontiers le « Sultan des paillettes » ou le « Gourou du glitter » a passé sa vie à transformer le vêtement en spectacle, refusant la discrétion pour lui préférer le panache des strass et la précision du costume de scène. Sa disparition, confirmée par un communiqué officiel sur ses réseaux sociaux, marque la fin d’une ère où la mode ne craignait ni l’humour, ni l’excès.
Des ombres d’Hollywood à la lumière de la scène
L’histoire de Bob Mackie commence sous le soleil californien de Monterey Park, où il naît le 24 mars 1939. Formé au Pasadena City College puis à l’institut d’art Chouinard de Los Angeles, il apprend très tôt que le vêtement est avant tout une image. Avant d’être le créateur indépendant que le monde entier s’arracherait, il fait ses armes dans l’ombre des géants. Au début des années 1960, il officie comme dessinateur pour le couturier Jean Louis. C’est de sa main que naît le croquis originel d’un morceau d’histoire : la robe fourreau incrustée de strass que portait Marilyn Monroe pour murmurer son « Happy Birthday, Mr. President » au gala de John F. Kennedy en mai 1962. Cette pièce, dont la transparence et le scintillement allaient redéfinir l’audace vestimentaire, portait déjà les prémices du style Mackie.
Ses années d’apprentissage se poursuivent aux côtés d’une autre légende, la costumière Edith Head, chez Paramount Studios. Sur deux longs métrages, il observe la rigueur des studios avant de prendre son envol. Le véritable basculement s’opère en 1966. La chanteuse et danseuse Mitzi Gaynor l’engage pour concevoir les costumes de sa revue au casino Riviera, à Las Vegas. Ce contrat inaugure une collaboration qui durera un demi-siècle, scellant le destin de Mackie comme l’artisan de la démesure pour les grandes scènes du Nevada et d’ailleurs.
L’architecte de la télévision et de la satire
Si Bob Mackie est devenu un nom familier dans les foyers américains, c’est par le biais de la lucarne télévisée. Pendant onze saisons, de 1967 à 1978, il est le costumier exclusif du Carol Burnett Show. Dans cet exercice, il ne se contente pas d’habiller, il participe au comique de situation. L’une de ses créations les plus mémorables reste la robe parodique conçue pour le sketch Went with the Wind!. Inspirée d’Autant en emporte le vent, cette pièce est confectionnée à partir d’un rideau de salon, avec sa tringle encore fixée sur les épaules de l’actrice. Ce mélange d’irrévérence et de technique couture lui vaudra une place au sein de la Smithsonian Institution, consacrant son œuvre comme un pilier de la culture populaire des États-Unis.
Sur le plan des récompenses, sa carrière télévisuelle est jalonnée de succès. Bien que les registres varient légèrement, son palmarès affiche entre neuf et dix Emmy Awards, une reconnaissance de sa capacité à produire des volumes industriels de costumes — certaines estimations évoquent jusqu’à 17 000 pièces pour le seul show de Carol Burnett — sans jamais sacrifier le détail technique. En 2002, il est d’ailleurs intronisé au Television Academy Hall of Fame.
Cher : une muse, un demi-siècle de scandales dorés
Il est impossible d’évoquer Bob Mackie sans mentionner Cher. Leur rencontre est celle de deux électrons libres qui allaient, ensemble, repousser les limites de la censure et du bon goût. Leur collaboration de plus de cinquante ans a accouché de silhouettes qui habitent encore l’imaginaire collectif. En 1975, pour le Met Gala, il imagine la fameuse « naked dress », une robe transparente ornée de plumes qui fera date. En 1986, lors de la 58ᵉ cérémonie des Oscars, il l’habille d’un ensemble noir ajouré, couronné par une coiffe de plumes géante façon mohawk, défiant le protocole académique de l’époque. Trois ans plus tard, c’est encore lui qui conçoit la combinaison transparente que l’artiste arbore dans le clip de If I Could Turn Back Time.
Cette alliance ne s’est jamais essoufflée, se prolongeant des tournées mondiales jusqu’aux planches de Broadway. Pour la comédie musicale The Cher Show, produite entre 2018 et 2019, Mackie a revisité son propre héritage, un travail récompensé en 2019 par son seul et unique Tony Award du meilleur costume. Bien qu’il ait été nommé à trois reprises aux Oscars pour les films Lady Sings the Blues (1972), Funny Lady (1975) et Pennies from Heaven (1981), la statuette dorée de l’Académie du cinéma lui aura toujours échappé.
Un héritage entre archives et poupées de collection
Le style Mackie n’était pas réservé aux divas de la chanson comme Diana Ross, Whitney Houston ou Tina Turner, ni aux excentricités d’Elton John — on se souvient de son costume de Donald Duck porté à Central Park en 1980. Il a également infusé le monde de l’enfance et de l’objet de luxe à travers un partenariat de longue date avec Mattel. Pour la poupée Barbie, il a imaginé des éditions collector haute couture et multiculturelles, transformant le jouet en un support d’artisanat miniature complexe.
Aujourd’hui, l’influence de Mackie se lit sur les tapis rouges contemporains. Les nouvelles icônes de la pop culture puisent dans ses archives pour retrouver cette théâtralité perdue. Zendaya, Sabrina Carpenter ou encore Miley Cyrus ont récemment arboré des pièces vintage signées du créateur. Lors des Grammy Awards 2024, Miley Cyrus a d’ailleurs porté une mini-robe à franges achetée directement auprès du créateur peu de temps avant son décès, témoignant de la pérennité de son esthétique auprès d’une génération qui n’était pas née lors de ses premières heures de gloire.
Une vie de création et d’engagements personnels
Derrière les rideaux de perles et les coiffes de plumes, Robert Gordon Mackie a mené une vie marquée par des collaborations artistiques intenses et des drames personnels. Après un mariage avec l’artiste Lulu Porter entre 1960 et 1963, il partage sa vie et son travail avec le costumier Ray Aghayan. Leur relation, qui débute en 1963, dure jusqu’au décès de ce dernier en 2011. Sur le plan familial, Mackie a dû affronter la perte de son fils unique, Robert Gordon Mackie Jr., maquilleur de talent, décédé en 1993 à l’âge de 35 ans des suites du sida. Il laisse derrière lui trois petites-filles : Alyssa, Kyla et Keira Townsend.
Mackie n’était pas un créateur de mode au sens traditionnel du terme ; il ne cherchait pas à dicter la tendance du prêt-à-porter, mais à magnifier l’identité de ceux qu’il habillait. Son départ clôt un chapitre d’un Hollywood qui savait se mettre en scène avec une joie presque enfantine, sans jamais oublier que sous chaque paillette, il y avait un coup de crayon d’une précision chirurgicale. Il a vécu ses 87 années en accomplissant son rêve : celui d’être un bâtisseur de fantasmes pour ceux qui vivent sous les projecteurs.


