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Ajouter Texture à GoogleLe sommet des gratte-ciel de Manhattan a servi de décor, le mercredi 16 septembre 2026, à un rassemblement d’un genre particulier. Au sein du One World Trade Center, siège mondial de Condé Nast, les figures de proue de l’architecture d’intérieur et du design se sont retrouvées pour une journée d’échanges intensifs sous l’égide d’AD PRO. Ce premier sommet, intitulé Design Dialogues, a transformé les bureaux du magazine en un laboratoire d’idées où la prospective technique a côtoyé les confidences de studio. Entre les murs vitrés surplombant la ville, l’élite du réseau AD100 et les professionnels du répertoire AD PRO ont esquissé les contours d’une industrie en pleine mutation, portée par des enjeux de pérennité et d’innovation technologique.
Kelly Wearstler : l’équilibre entre l’algorithme et l’artisanat
L’ouverture de cette journée a été marquée par un entretien entre Amy Astley, directrice éditoriale mondiale d’Architectural Digest, et Kelly Wearstler, figure majeure du design américain. Wearstler, dont le nom est indissociable d’une esthétique mêlant audace et luxe organique, a partagé sa vision de la croissance d’une marque globale. Au-delà des projets résidentiels de grande envergure, la designer a insisté sur l’importance de la diversification, citant notamment son incursion dans l’artisanat de collection via sa galerie Side Hustle. Ce prolongement créatif lui permet d’explorer des formes plus radicales, souvent relayées par sa newsletter Wearstlerworld.
L’un des points saillants de cette discussion a concerné l’irruption de l’intelligence artificielle générative dans les processus de création. Loin de rejeter l’outil, Kelly Wearstler a détaillé comment elle intègre ces technologies pour stimuler l’imaginaire de son agence, tout en veillant à ce que la signature d’auteur ne soit jamais diluée par l’algorithme. Pour elle, l’IA agit comme un catalyseur de concepts, mais la décision finale et la sensibilité matérielle restent le propre du créateur.
Rénovation et résilience : le rapport au temps
Le panel consacré aux rénovations résidentielles a permis de dévoiler les conclusions du rapport sectoriel AD PRO Home Renovation Report 2026. Sous la modération de Catherine Hong, les architectes Elizabeth Graziolo (fondatrice de Yellow House Architects) et Michael K. Chen ont débattu des nouvelles priorités des propriétaires. Elizabeth Graziolo, qui a assuré sa présence malgré une fracture du genou et des béquilles, a souligné une demande croissante pour la préservation historique, contrastant avec la tendance passée de la table rase.

Le dialogue a mis en lumière des thématiques autrefois périphériques, désormais centrales : le choix de matériaux sains, l’adaptation des structures aux dérèglements climatiques et l’aménagement préventif pour le maintien à domicile. Briana Ryan, représentante du fabricant Miele, a apporté un éclairage industriel sur ces questions, expliquant comment l’électroménager s’intègre aujourd’hui dans une quête de longévité des espaces de vie, où la technologie doit se faire discrète et durable.
La stratégie de la couleur contre le dogme du beige
La question chromatique a fait l’objet d’une session animée par Corey Damen Jenkins, dont le travail est reconnu pour son usage vibrant de la couleur. Accompagné par Sam Cochran et Sue Wadden, directrice du marketing de la couleur chez Sherwin-Williams, Jenkins a plaidé pour une sortie définitive de l’hégémonie des palettes neutres, souvent qualifiées de « beige » ou « greige ».
L’enjeu n’est pas uniquement esthétique, mais psychologique. Les intervenants ont exploré comment la couleur influence le bien-être émotionnel des occupants. Corey Damen Jenkins a partagé ses tactiques pour convaincre les clients les plus réticents à embrasser des choix audacieux, non pas en imposant des règles rigides, mais en appliquant des principes de composition adaptés à chaque tempérament. L’idée forte de cet échange résidait dans la couleur comme véritable carte de visite, capable de définir l’identité d’un lieu bien plus sûrement qu’un mobilier standardisé.
Gouvernance d’agence et méthodes à distance
La designer Heidi Caillier, basée à San Francisco, a offert un regard plus pragmatique sur la gestion d’un cabinet d’architecture d’intérieur. Lors d’un entretien avec Alison Levasseur, elle a détaillé le fonctionnement de son agence de six personnes, opérant intégralement à distance. Cette structure flexible ne l’empêche pas de mener des chantiers de prestige, comme ceux réalisés pour Kendall Jenner, mais elle impose une discipline de fer dans la communication.

Heidi Caillier a notamment évoqué ses limites strictes vis-à-vis de la clientèle, refusant catégoriquement les échanges par SMS pour préserver la qualité de vie de son équipe et la clarté des instructions professionnelles. Sur le plan stylistique, elle a réaffirmé son refus de la standardisation esthétique, évitant de s’enfermer dans ce que certains appellent la « Heidi house » pour privilégier un renouvellement constant, adapté à chaque contexte architectural.
Décryptage de l’image et sélection éditoriale
La dimension visuelle, nerf de la guerre pour toute publication spécialisée, a été traitée lors d’une masterclass réunissant le photographe Stephen Kent Johnson et l’équipe éditoriale composée de Mayer Rus, Bebe Howorth et Michael Shome. Le débat a porté sur les mécanismes de sélection des projets résidentiels. Pour un architecte, savoir soumettre son travail à la presse ne se limite pas à envoyer de beaux clichés ; il s’agit de comprendre la narration d’un lieu.
Les intervenants ont partagé des conseils pratiques sur les prises de vue, insistant sur le fait qu’une photographie doit raconter l’âme d’une pièce et non simplement en faire l’inventaire. Cette session a permis aux professionnels présents de mieux appréhender les critères d’excellence photographique requis pour espérer une publication dans les colonnes de référence de l’industrie.
Un écosystème réservé aux membres
Le sommet AD PRO Design Dialogues a été conçu comme un événement exclusif, accessible sur invitation aux membres du réseau AD PRO Directory et aux créateurs figurant sur la liste AD100. Cette approche souligne la volonté de structurer une communauté professionnelle solide autour de services dédiés. À ce titre, une offre d’adhésion a été mise en avant à 1,50 $ US par mois (environ 1,35 €) pour la première année, contre un tarif standard de 4,50 $ US (environ 4,05 €), incluant l’accès complet aux ressources numériques et aux archives.
La journée, immortalisée par le photographe Sean Sime, s’est conclue loin des hauteurs du World Trade Center. Les participants se sont retrouvés en soirée sur Bowery Street pour un cocktail de célébration organisé par le Studio Andrée Putman. Ce moment informel a permis de prolonger les discussions initiées durant les panels, scellant ainsi l’aspect communautaire de ce rendez-vous inaugural qui place New York, plus que jamais, au centre des réflexions mondiales sur l’habitat contemporain.


