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Ajouter Texture à GoogleAu cœur du Regent’s Park, l’édition 2026 de la foire Frieze London s’aventure sur un terrain où la matérialité brute défie les promesses immatérielles du numérique. À l’emplacement P1 de la section Focus, une structure monumentale attire l’attention : une créature arachnéenne géante trône sur le stand de la galerie The Breeder. Lauréat de la onzième édition du Frieze Artist Award, l’artiste grec Theo Triantafyllidis y présente Feral Metaverse (Spider), une œuvre qui hybride sculpture praticable et jeu vidéo multijoueur. Loin d’être une simple installation contemplative, cet arachnide à six membres — une entorse délibérée à l’anatomie naturelle — invite les visiteurs à l’escalader pour s’immerger dans une expérience collective inédite.
Une sculpture textile et technologique
L’œuvre se déploie comme une interface physique entre le monde tangible de la foire et un univers virtuel persistant. La structure de cette « araignée » est habillée de matériaux détournés : des baskets déconstruites et des bas aux teintes médicales recouvrent ses membres, créant une esthétique organique et étrangement familière. Sous un éclairage orangé qui baigne l’espace d’une atmosphère crépusculaire, la sculpture devient un mobilier urbain d’un nouveau genre. Le public est invité à s’y installer, à s’y percher ou à y chercher son équilibre, transformant l’acte de regarder en une performance physique de groupe.
Cette installation a été conçue spécifiquement pour l’édition d’octobre 2026 de Frieze London. Pour la réalisation de ce projet d’envergure, Theo Triantafyllidis a bénéficié de la collaboration de Forma, organisme artistique sans but lucratif qui accompagne le prix pour la huitième année consécutive. Le projet marque également un tournant technologique avec l’implication de Google Arts & Culture, partenaire inédit de cette onzième édition, dont les outils d’intelligence artificielle ont servi de socle à la création des environnements et des personnages virtuels de l’œuvre.
L’intelligence artificielle au service du sauvage
Le thème de l’appel à projets de 2026 imposait une exploration des technologies de pointe, et plus particulièrement de l’intelligence artificielle comme collaboratrice de création. Theo Triantafyllidis s’en est emparé pour générer une galerie de créatures chimériques, un « bizarre cast of feral creatures », qui peuplent le jeu vidéo intégré à la sculpture. En utilisant les technologies de Google, l’artiste a pu concevoir des paysages et des avatars dont l’esthétique échappe aux standards lisses de l’industrie vidéoludique traditionnelle.

Dans ce dispositif, l’IA ne sert pas à automatiser la production, mais à explorer des formes de vulnérabilité numérique. Les joueurs, installés physiquement sur la sculpture, dirigent ces avatars dans un monde où la survie dépend de l’autre. Contrairement à la majorité des jeux multijoueurs basés sur la compétition, Feral Metaverse (Spider) impose l’entraide comme unique mécanique de progression. Pour franchir les obstacles ou échapper à la menace d’une araignée géante virtuelle, les participants doivent coordonner leurs mouvements pour former des entités collectives temporaires : des tours humaines, des roues ou des accolades de groupe (« group hugs »). Cette maladresse partagée devient le moteur d’une interaction sociale réelle, médiatisée par l’écran.
Repenser les communs numériques
À travers cette installation, Theo Triantafyllidis pose une question politique sur l’avenir des espaces virtuels. Le titre même, Feral Metaverse, agit comme une critique des modèles dominants de métavers marchands, souvent perçus comme des extensions privatiseés de l’espace public. L’artiste propose ici une réflexion sur les « communs numériques », cherchant à instaurer des dynamiques de soin mutuel et de solidarité plutôt que de performance ou de transaction.
Le parcours de l’artiste explique cette approche structurelle de l’espace. Diplômé en architecture de l’Université polytechnique nationale d’Athènes avant de rejoindre l’UCLA pour un Master en Design Media Arts, Triantafyllidis conserve de sa formation initiale un sens aigu du volume et de la circulation des corps. Basé à Athènes, il développe une pratique centrée sur les simulations en direct (*live simulations*) et les performances qui interrogent la porosité entre nos existences physiques et nos identités virtuelles. Ici, la sculpture ne sert pas de décor, elle est l’outil de synchronisation entre le poids des corps sur le stand de la foire et les mouvements des avatars à l’écran.
Une expérience immersive à Regent’s Park
Visible du 14 au 18 octobre 2026 au sein de la section Focus de Frieze London, l’œuvre s’inscrit dans une temporalité courte mais intense. Elle transforme le stand P1 en un laboratoire social où le visiteur cesse d’être un simple observateur pour devenir un rouage d’une entité collective. L’absence de dimension marchande immédiate dans la présentation de cette commande spéciale souligne l’ambition du prix : offrir une plateforme à des propositions radicales qui utilisent la technologie pour reconnecter les individus plutôt que de les isoler derrière des interfaces conventionnelles.
L’installation réussit le pari de rendre palpable l’impalpable, utilisant la rugosité des sneakers déconstruites et la tension de l’équilibre physique pour incarner les enjeux complexes de l’intelligence artificielle et de la collaboration en ligne. En quittant la structure après leur session de jeu, les participants emportent avec eux une expérience de la vulnérabilité, loin des promesses de perfection souvent associées aux technologies de demain.


