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Ajouter Texture à GoogleÀ l’extrémité occidentale de l’île de la Cité, la place Dauphine conserve une atmosphère singulière, presque insulaire, protégée du tumulte par son tracé triangulaire hérité du règne d’Henri IV. C’est dans ce cadre chargé d’histoire qu’un couple de scientifiques américains a choisi d’ancrer son pied-à-terre parisien. Le choix du lieu ne doit rien au hasard : les propriétaires y ont célébré leur union et réalisé leurs photographies de mariage. Pour l’épouse, la recherche d’un appartement dans la capitale était soumise à une condition unique et non négociable : la fenêtre devait impérativement ouvrir sur cette place historique.
Pour transformer cette surface de 538 pieds carrés (environ 50 m²) en un espace de vie reflétant leur identité, ils ont fait appel à la designer Jessica Helgerson. À la tête de son agence basée à Portland et disposant d’une antenne à Paris, elle a dû composer avec les contraintes structurelles d’un bâti ancien pour concevoir un intérieur que les propriétaires souhaitaient voir évoluer comme un cabinet de curiosités. Ce fil conducteur, choisi pour faire écho à leurs carrières scientifiques, a guidé chaque étape de la rénovation, de la palette chromatique au choix du mobilier.

Une palette inspirée par l’observation de la nature
Le concept de cabinet de curiosités trouve ici une expression visuelle directe, inspirée par des institutions dédiées à l’observation scientifique. La designer s’est appuyée sur l’esthétique du « Spectrum of Life » du Hall of Biodiversity au Muséum d’histoire naturelle, ainsi que sur l’institution parisienne Deyrolle, temple de la taxidermie et de l’entomologie. De ces lieux de savoir, elle a extrait une teinte dominante : le bleu œuf de rouge-gorge (robin’s-egg blue).
Ce bleu, qui rappelle les arrière-plans d’exposition des vitrines de Deyrolle, a été décliné dans l’ensemble des pièces. Son usage n’est pas seulement thématique ; il répond à une nécessité architecturale. L’appartement est marqué par la présence de massives poutres maîtresses en bois sombre et brut. En enveloppant les murs, le mobilier et même les textiles de cette nuance claire et lumineuse, la décoration parvient à équilibrer la densité visuelle du bois historique sans en nier le caractère. Le canapé tapissé et le linge de table ont été coordonnés pour renforcer cette unité chromatique, créant une atmosphère de cocon protecteur.
Le dialogue entre l’époque et l’objet
La structure même de l’appartement témoigne du passé de la place Dauphine, dont les premières constructions remontent au XVIIᵉ siècle. Jessica Helgerson a cherché à ancrer le projet dans cette chronologie en dénichant des pièces maîtresses dont l’origine dialogue avec l’âge de l’immeuble. L’élément central du salon est un imposant meuble vitré de la Renaissance, datant du XVIIᵉ siècle, qui a été le premier objet chiné pour concrétiser le concept de cabinet de curiosités.

Cette pièce historique impose son rythme à l’espace, servant de réceptacle aux objets d’intérêt des propriétaires tout en faisant écho aux vitrines des musées d’histoire naturelle. La recherche d’authenticité s’est poursuivie avec le choix de la cheminée. Le manteau de cheminée vintage a été sourcé auprès de l’antiquaire Marc Maison, spécialisé dans les éléments d’architecture anciens. Pour répondre aux exigences de confort moderne tout en conservant l’usage du feu, un poêle en état de fonctionnement, fourni par l’entreprise Stove Hunter, a été intégré directement dans l’âtre.
L’optimisation des volumes historiques
Dans un espace d’environ 50 m², chaque mètre carré doit être justifié par une fonction ou une intention esthétique. La designer a exploité les particularités du bâti pour libérer de la surface au sol. Dans la chambre, un ancien conduit de cheminée désaffecté a été ingénieusement reconverti. Plutôt que de le condamner ou de le contourner, il a été transformé en une alcôve intégrée permettant d’accueillir la tête de lit, créant ainsi une niche à la fois fonctionnelle et intimiste.
La rénovation de ce pied-à-terre, achevée et documentée à l’automne 2026, démontre une approche du luxe qui privilégie la narration personnelle et la rigueur historique à l’ostentation. En traduisant la passion des propriétaires pour les sciences par des références muséographiques précises, Jessica Helgerson a transformé un appartement de surface modeste en une étude sur le temps, la couleur et la collection. Le résultat final ne se contente pas d’offrir une vue sur la place Dauphine ; il invite à une observation attentive des détails intérieurs, à la manière des scientifiques qui l’habitent.


