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Ajouter Texture à GoogleFranchir le seuil du lobby d’un blanc immaculé, c’est d’emblée accepter une certaine idée de la tenue. Il flotte ici une gravité particulière, une solennité qui n’appartient qu’aux lieux ayant vu défiler les décennies sans jamais perdre de leur superbe. Le Monte-Carlo Beach impose ce changement de posture presque instinctivement. On ne déambule pas dans ces couloirs comme ailleurs ; on s’y inscrit dans une lignée. Celle de Marlene Dietrich, qui y a marqué les esprits dès l’ouverture à la fin des années 1920, ou celle de Karl Lagerfeld, qui choisissait les lieux pour orchestrer des campagnes mémorables sous l’objectif d’Helmut Newton. Cette mythologie ne s’essouffle pas, elle constitue le socle d’une expérience où le plaisir de la Riviera se conjugue avec un héritage culturel tangible.
Une grammaire esthétique renouvelée
Sous l’impulsion de la Société des Bains de Mer, l’institution refuse pourtant de se figer dans la nostalgie. La pertinence culturelle d’un tel établissement se joue désormais dans sa capacité à faire dialoguer son passé avec les signatures les plus tranchées du design contemporain. En 2024, c’est l’architecte et designer India Mahdavi qui a pris possession des volumes pour y insuffler une énergie nouvelle. Son intervention se devine par touches successives, une présence discrète mais radicale. On retrouve sa patte chromatique et texturale dans les balcons de terre cuite qui scandent la façade, ou encore à travers le mobilier en rotin qui peuple le restaurant Le Deck. Ce choix de matériaux naturels et de teintes terreuses crée un pont visuel entre l’architecture originelle des années folles et une vision moderne de l’hospitalité, moins guindée mais tout aussi exigeante.

Cette volonté de rester en phase avec l’époque s’exprime également sur le célèbre ponton de l’hôtel. Le créateur provençal Simon Porte Jacquemus y a apposé son univers, habillant les bains de soleil de ses rayures caractéristiques. Ce motif, devenu une signature visuelle forte, transforme la jetée en un tableau vivant où la mode dialogue avec l’azur de la Méditerranée. En invitant de tels noms de l’architecture et de la couture, l’établissement redéfinit les contours du luxe actuel : un savant mélange de références historiques et de gestes créatifs immédiats.
La presqu’île des saveurs
Au-delà de son architecture, l’hôtel s’est mué en une destination culinaire qui vit au rythme des saisons. Si les mois d’été voient fleurir des comptoirs à crêpes directement sur le sable, l’offre se densifie à mesure que l’on explore les différentes tables de la propriété. Le restaurant Maona Monte-Carlo explore ainsi une partition d’inspiration grecque, centrée sur les mezze, tandis que Le Deck propose une cuisine plus classique et réconfortante, idéale pour observer le ballet des nageurs dans la piscine olympique. Mais le véritable centre de gravité de cette mutation gastronomique se situe un peu plus loin, au bout d’un sentier étroit bordé de pins maritimes.

C’est là, sur une presqu’île privée surplombant la mer, que se niche La Vigie Zanoni Monte-Carlo. Le chef Simone Zanoni, déjà aux commandes du George à Paris et présent à La Mamounia de Marrakech, a investi ce joyau niché entre les rochers et le ciel. Juste au-dessus, la Villa La Vigie, ancienne demeure de Karl Lagerfeld désormais ouverte à la location, veille sur ce promontoire. L’accès au restaurant, cette marche tranquille sous les arbres, prépare l’esprit à une expérience singulière. Le chef y voit un lieu où l’élégance ne sacrifie jamais la décontraction, un espace dédié à la célébration de la vie où la cuisine se doit d’être à la hauteur du panorama.
L’épure italienne au service du produit
Pour Simone Zanoni, la carte de La Vigie est une affaire de racines. Il y fusionne les codes de la gastronomie française avec son héritage italien, sans jamais chercher la complication inutile. Sa philosophie tient en quelques piliers : une huile d’olive de haute volée, des tomates gorgées de soleil, du basilic frais, des citrons et des légumes de saison. Le poisson frais et les pâtes de qualité font le reste. Lorsque la matière première atteint ce niveau d’excellence, le geste du cuisinier se doit de rester humble pour laisser s’exprimer le goût originel.
Parmi les propositions qui illustrent ce parti pris, les paccheri aux fruits de mer et le risotto figurent en bonne place, témoins d’une maîtrise technique mise au service de la gourmandise. Le chef encourage une approche conviviale de la table, où les plats se partagent. La figliata, cette mozzarella géante qui arrive sur table en majesté, incarne parfaitement cet esprit de générosité. En dessert, le gelato fior di latte prolonge cette quête de pureté laitière et de simplicité. Pour accompagner ces moments, une sélection de vins blancs frais ou de rosés légers est privilégiée, entamant souvent la soirée par un spritz pour saluer le coucher du soleil sur la mer. On quitte alors la table avec le sentiment que le luxe, ici, réside autant dans l’histoire des murs que dans la précision d’un assaisonnement.


