Faites de Texture une source préférée sur Google pour nous soutenir
Ajouter Texture à GoogleCinq magasins supplémentaires en Italie, dont une ouverture à Naples, mais des ventes qui reculent de 2 % pour l’ensemble formé par les marchés italien et français. Le contraste résume le défi de Primark : agrandir son territoire ne suffit pas à relancer la consommation. L’enseigne à petits prix compte désormais 24 adresses italiennes, contre 19 auparavant. Elle gagne en présence, sans que cette progression se traduise partout par davantage de recettes. Derrière les inaugurations, une question moins spectaculaire se dessine : comment faire croître les magasins déjà ouverts, alors que le pouvoir d’achat des clients se resserre ?
Le magasin supplémentaire, moteur et révélateur
Primark a ajouté 37 adresses à son réseau au cours de l’exercice, portant celui-ci à 508 magasins. Cette expansion reste son principal levier de croissance. Sur les 52 semaines closes le 12 septembre, les nouvelles implantations ont apporté cinq points de croissance aux ventes. Pourtant, le chiffre d’affaires total n’a progressé que de 2 % à taux de change constants, pour atteindre 9,8 milliards de livres, soit environ 11,76 milliards d’euros.
L’écart tient notamment à la performance du parc existant : à périmètre comparable, les ventes ont diminué de 2,6 %. Ce chiffre change la lecture du bilan. Primark continue de recruter des clients en ouvrant de nouvelles portes, mais ne retrouve pas le même élan dans les boutiques déjà installées. La différence est décisive pour une enseigne dont le développement repose encore largement sur le commerce physique.
Le programme de l’exercice en cours prolonge cette logique. Les ouvertures devraient contribuer à hauteur d’environ 4 % à la croissance des ventes. Il s’agit bien d’un apport attendu de l’expansion, et non d’une prévision de croissance globale. Le sort du réseau existant demeure donc déterminant : selon qu’il se stabilise ou continue de reculer, l’effet des inaugurations ne sera pas le même.
L’Europe ne répond plus d’une seule voix
Le point sensible se trouve sur le continent européen, qui représente 47 % des ventes de Primark. Sur cet ensemble, le chiffre d’affaires a cédé 1 %, tandis que le recul à magasins comparables atteint 4,7 %. Avec près de la moitié de l’activité concernée, cette faiblesse pèse autrement plus lourd que ne le suggère le seul mouvement du chiffre d’affaires total.
La carte est toutefois loin d’être uniforme. En Espagne et au Portugal, les ventes sont restées stables. La France et l’Italie affichent ensemble une contraction de 2 %. Plus au nord, l’activité souffre notamment de la faiblesse de l’Allemagne. Ces résultats dessinent plusieurs situations commerciales, plutôt qu’un désamour homogène pour l’offre de Primark.
Les marchés plus récents d’Europe centrale et orientale suivent une autre trajectoire, avec une progression de 10 %, soutenue par les ouvertures. On retrouve ici la mécanique générale de l’enseigne : les territoires où le réseau se construit apportent de la croissance, tandis qu’une partie des implantations plus anciennes traverse une période difficile. L’Italie illustre la coexistence de ces deux mouvements. Le nombre de magasins y augmente sensiblement, mais les données commerciales publiées avec la France ne signalent pas encore de reprise.
Aux États-Unis, une accélération encore minoritaire
Manhattan offre à Primark une autre perspective. L’ouverture d’un magasin phare y accompagne une année d’expansion américaine soutenue : 14 inaugurations ont porté le réseau des États-Unis à 47 points de vente. Cinq autres contrats sont déjà signés. L’enseigne poursuit donc son implantation, avec des emplacements supplémentaires engagés au-delà des ouvertures réalisées.
Les ventes américaines ont augmenté de 13 % sur l’exercice et de 14 % au second semestre. Cette accélération tranche avec le ralentissement britannique et les difficultés d’une partie de l’Europe. Elle ne suffit cependant pas à modifier l’équilibre du groupe : les États-Unis ne représentent encore que 6 % des ventes. Leur dynamisme constitue un relais, pas un contrepoids de même taille au marché continental européen.

L’expansion emprunte aussi d’autres voies. Primark a inauguré ses premiers magasins exploités en franchise, au Koweït et à Dubaï. Au Mexique, la recherche des premières implantations se poursuit avec le partenaire El Puerto de Liverpool. Il faut distinguer ces étapes : les boutiques du Golfe sont ouvertes, tandis que le projet mexicain reste au stade de la recherche d’emplacements. Toutes participent néanmoins à l’élargissement géographique de l’enseigne.
Le petit prix a un coût
Le problème de Primark n’est pas seulement de vendre davantage. Il est aussi de préserver ce que chaque vente rapporte. Le résultat opérationnel ajusté a reculé de 12 %, à un milliard de livres, alors même que le chiffre d’affaires progressait légèrement. La marge opérationnelle s’est établie à 10,2 %. Pour l’exercice en cours, le groupe vise un niveau voisin de 10 %.
Cette baisse traduit plusieurs arbitrages. Primark a accru ses investissements dans les prix et les produits, ainsi que dans le marketing et le numérique. L’enseigne a également davantage recouru aux soldes. Autrement dit, soutenir l’attractivité de l’offre et stimuler les achats mobilise des moyens qui se retrouvent dans la rentabilité. L’expansion du réseau ne neutralise pas cette pression.
George Weston, directeur général d’Associated British Foods, la maison mère de Primark, souligne la réduction du pouvoir de dépense des consommateurs. Pour une enseigne positionnée sur les prix bas, cette réalité n’a rien d’une protection automatique. Une clientèle contrainte peut rechercher des articles moins chers tout en limitant ses achats. Les résultats montrent précisément la difficulté de convertir une promesse d’accessibilité en croissance à magasins comparables.
Au Royaume-Uni, le prochain seuil est la porte du client
Le premier marché de Primark apporte une réponse plus encourageante, quoique mesurée. Au Royaume-Uni, les ventes ont progressé de 2 % sur l’année et de 0,5 % à périmètre comparable. L’allure a néanmoins ralenti : après une hausse de 3 % au premier semestre, le second n’a enregistré qu’un gain de 1 %.
Selon l’entreprise, le renforcement de l’offre et les dépenses consacrées au marketing et au numérique ont contribué à porter sa part de marché à 6,9 %. Le retrait en magasin des commandes passées en ligne a également joué un rôle important. Le numérique apparaît donc comme un soutien concret à l’activité britannique, au-delà d’un simple investissement de visibilité.
La prochaine étape sera la livraison à domicile, que Primark prévoit de lancer au Royaume-Uni avant sa séparation des activités alimentaires d’Associated British Foods. Le changement mérite l’attention : après avoir relié la commande en ligne au passage en boutique, l’enseigne prépare un service qui permettra de recevoir ses achats chez soi. Son effet commercial reste à mesurer, mais le calendrier en fait l’un des chantiers précédant la scission.
Une autonomie en préparation, sous pression financière
La séparation est attendue pour décembre 2027. Elle se prépare dans un contexte difficile pour Associated British Foods, dont le chiffre d’affaires annuel atteint 19,6 milliards de livres, en baisse de 1 % à changes constants. Son résultat opérationnel ajusté a diminué de 13 %, à 1,51 milliard de livres. Pour 2026/27, le groupe anticipe une nouvelle dégradation de sa rentabilité, pénalisée par le sucre.
En Bourse, l’action ABF a perdu 3,1 %, portant son recul depuis le début de l’année à 11,5 %. Primark avance ainsi vers son autonomie avec deux chantiers bien distincts : poursuivre l’implantation de magasins et redonner de l’élan à ceux qui existent déjà. Avant l’échéance de décembre 2027, la livraison britannique fournira un premier test concret de sa capacité à chercher de la croissance ailleurs que dans une nouvelle adresse.


