Edizione affine son empire et tourne la page de l’élevage bovin en Argentine

Compañía Tierras del Sud Argentina ranching lands 2026
Photo © Bichos de Campo — via https://bichosdecampo.com/casi-un-millon-de-hectareas-en-el-pais-pero-solo-16-mil-santificadas-como-se-trabaja-en-santa-marta-el-establecimiento-de-compania-de-tierras-sud-argentino-que-aporta-la-mayo/

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Le propriétaire change, le dirigeant reste. Agustín Dranovsky continuera de piloter les activités argentines de Compañía Tierras del Sud et de Ganadera Cóndor après leur reprise par Adecoagro. Ce maintien à la tête des opérations éclaire une transaction dont le chiffre le plus spectaculaire, plus de 900 000 hectares, pourrait éclipser le reste. Pour Edizione, la holding industrielle présidée par Alessandro Benetton qui cède ces deux sociétés, l’enjeu est de redessiner son périmètre. Sur place, il s’agit au contraire d’assurer une suite sans rupture. Deux mouvements opposés en apparence, réunis dans une même vente.

La continuité comme condition de passage

Dans une cession de cette dimension, le choix du repreneur compte autant que la décision de vendre. La recherche menée durant plusieurs mois par Edizione répondait à des critères précis : trouver un acquéreur d’ancrage local, capable de reprendre l’ensemble des actifs et de préserver l’emploi sur le territoire. Il ne s’agissait donc pas seulement d’identifier un candidat intéressé par des terres. La holding cherchait une solution pour les deux entreprises dans leur totalité.

Cette volonté de transmission globale donne sa cohérence au maintien d’Agustín Dranovsky. Jusqu’ici responsable de toutes les opérations des deux sociétés, le manager conservera la direction de l’activité sous le nouvel actionnaire. Son rôle constitue le point de raccord entre les deux propriétaires : le capital passe de l’un à l’autre, tandis que la conduite opérationnelle demeure confiée au même responsable.

Il faut toutefois distinguer les objectifs du processus de vente de ses résultats futurs. La continuité de l’emploi a guidé la sélection de l’acquéreur ; celle de la direction est annoncée. Ces éléments décrivent la manière dont Edizione a voulu organiser son départ. Ils ne constituent pas, à eux seuls, un programme détaillé pour les années à venir.

Derrière les hectares, des activités à reprendre

Plus de 900 000 hectares en Argentine : l’étendue du patrimoine cédé donne la mesure de l’opération, mais elle n’en dit pas toute la nature. Compañía Tierras del Sud et Ganadera Cóndor ont pour activités principales l’élevage ovin et bovin ainsi que la production de laine. Ce sont donc des entreprises agricoles que reprend Adecoagro, et non un simple portefeuille foncier détaché de son exploitation.

Compañía Tierras del Sud cattle ranching Patagonia 2026
Photo © Britannica — via https://www.britannica.com/place/Argentina/Agriculture-forestry-and-fishing

La laine apporte ici une précision utile. Le nom Benetton pourrait orienter spontanément la lecture vers le vêtement ; la transaction se situe pourtant du côté de la matière première et de l’élevage. Son sujet est industriel et patrimonial. Elle concerne la place de ces activités dans les investissements d’Edizione, plutôt qu’une évolution de collection ou une décision commerciale dans la mode.

Réduire la vente à son nombre d’hectares ferait ainsi perdre de vue ce qui doit être transmis : des sociétés en activité, avec une direction et des emplois que le vendeur a souhaité voir préservés. La surface raconte l’ampleur du dossier. Le périmètre de la reprise, lui, en révèle la logique : faire passer un ensemble économique sous une nouvelle propriété, sans le disperser entre plusieurs acheteurs.

Adecoagro, une autre logique de portefeuille

L’arrivée d’Adecoagro donne à cette transmission son versant sud-américain. Le groupe est présenté comme l’un des producteurs connus de denrées alimentaires et d’énergies renouvelables de la région. Son implantation s’appuie sur 210 000 hectares gérés et sur de nombreux sites industriels en Argentine, au Brésil et en Uruguay. Ce profil répond à la recherche d’un repreneur disposant d’un ancrage local.

Les deux chiffres de superficie méritent néanmoins de rester distincts. Les plus de 900 000 hectares correspondent au périmètre argentin cédé par Edizione ; les 210 000 hectares décrivent les terres gérées dans la présentation de l’acquéreur. Les additionner pour afficher une nouvelle surface totale, ou les comparer comme s’ils recouvraient exactement la même réalité, dépasserait les informations disponibles.

Pour Adecoagro, la reprise s’inscrit dans un univers d’activités déjà agricoles et industrielles. Pour Edizione, elle accompagne un retrait de ce périmètre. C’est précisément ce décalage qui rend la transaction lisible : un même actif peut ne plus correspondre aux priorités d’un actionnaire tout en trouvant sa place chez un autre. Rien, dans les éléments communiqués, ne permet en revanche de détailler les investissements ou les transformations que le nouveau propriétaire pourrait envisager.

Edizione Alessandro Benetton portrait 2026
Photo © Business People — via https://www.businesspeople.it/100-business-people/alessandro-benetton-2026/

Depuis 2022, Edizione choisit ses terrains d’action

À Trévise, cette vente relève d’un chantier plus large. Des sources au sein de la holding la rattachent au plan engagé en 2022, lorsque Alessandro Benetton a pris la tête de la refondation d’Edizione. Le principe consiste à resserrer le portefeuille autour des secteurs jugés stratégiques. Les infrastructures et les marchés privés alternatifs figurent parmi les domaines privilégiés.

La cession argentine prend donc place dans une succession d’arbitrages, plutôt que dans une décision isolée. Un précédent est cité : le transfert d’activités immobilières aux family offices respectifs. Dans les deux cas, la question est celle du bon périmètre pour la holding. Quelles participations doivent relever d’Edizione ? Où son intervention est-elle considérée comme la plus pertinente ? La réorganisation apporte progressivement des réponses par les actifs conservés comme par ceux qui sortent.

Ce recentrage ne se résume pas à une préférence sectorielle. La holding affirme vouloir investir dans des actifs industriels auxquels elle estime pouvoir apporter une contribution propre. Le développement durable et l’innovation occupent une place importante dans cette ambition, de même que l’attention portée aux jeunes. Ce sont des orientations revendiquées par Edizione, non des résultats que la seule vente de ses sociétés argentines permettrait de mesurer.

Se retirer sans organiser la dispersion

Le parti pris d’Edizione apparaît finalement moins dans la seule décision de céder que dans les limites fixées à cette cession. La holding se sépare d’un vaste ensemble agricole, mais a recherché un acheteur susceptible de le reprendre intégralement. Elle réoriente ses investissements, tout en inscrivant la continuité locale parmi ses critères de sélection. Le recentrage du vendeur n’impliquait donc pas, dans le schéma recherché, un démantèlement des activités vendues.

Cette distinction est essentielle pour lire l’opération sans lui prêter une portée qu’elle n’a pas. Elle ne renseigne pas sur l’avenir de toute une filière, ni sur les intentions générales de la famille Benetton. Elle documente un choix de portefeuille d’Edizione et les conditions retenues pour transmettre deux entreprises argentines à Adecoagro.

La prochaine étape se jouera dans leur exploitation. Pour l’aborder, le nouvel actionnaire conservera à la direction celui qui en connaissait déjà l’ensemble des opérations : Agustín Dranovsky.