Mulberry réussit sa relance avec une croissance de 18% portée par l’Europe et les États-Unis

Mulberry Christopher Kane runway show London 2026
Photo © RUNWAY Magazine — via https://runwaylive.com/christopher-kane-mulberry-london-fashion-week-2026.html

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Trois points de moins pour les ventes promotionnelles : chez Mulberry, ce chiffre discret mérite presque autant d’attention que le retour de Christopher Kane sur un podium londonien. La maison britannique cherche à vendre davantage, mais surtout à moins dépendre des rabais. C’est là que se joue son redressement : retrouver une clientèle prête à payer le prix affiché, sans faire de la remise le principal argument d’achat. Alors que la relance du prêt-à-porter donne un visage créatif à cette ambition, les premiers indicateurs commerciaux suggèrent que le mouvement est engagé. Ils ne permettent pas encore de dire si l’entreprise a retrouvé sa rentabilité.

Le prix plein comme test de désirabilité

Dans la communication financière de Mulberry, la baisse du poids des promotions constitue un signal à examiner de près. Hors activité de démarque, leur part dans les ventes totales recule de 300 points de base par rapport à la même période de l’exercice précédent, soit trois points de pourcentage. Le groupe présente cette évolution comme un soutien à sa marge brute, dont la reconstruction reste l’une des priorités.

La nuance compte. Une hausse des ventes peut être obtenue au prix de concessions commerciales importantes ; elle raconte alors une autre histoire que celle d’une progression portée par les achats au tarif normal. Andrea Baldo, directeur général de Mulberry, insiste précisément sur la vigueur des ventes à plein prix. Il y voit la confirmation que les collections trouvent leur public sur les principaux marchés de la marque.

Ce constat donne une traduction concrète au plan baptisé « Back to the Mulberry Spirit ». Derrière cet intitulé, la direction décrit un travail de recentrage sur le produit et la relation avec le client, accompagné d’une gestion rigoureuse des coûts. Le sujet n’est donc pas seulement de remettre la marque en mouvement. Il s’agit de rendre cette croissance économiquement plus solide. Sans données de marge publiées à ce stade, l’amélioration demeure toutefois un chantier, non un résultat acquis.

Christopher Kane, un nouveau chapitre encore à mesurer

La relance du prêt-à-porter est la partie la plus visible de cette stratégie. Nommé directeur créatif en mars 2026 avec cette mission, Christopher Kane a présenté sa première collection Mulberry by Christopher Kane à Londres en septembre. Sa mise en vente est prévue en janvier 2027, dans les boutiques et en ligne. Entre la présentation et l’arrivée effective des pièces chez les clients, plusieurs mois séparent ainsi la promesse créative de son épreuve commerciale.

Christopher Kane runway look London fashion 2026
Photo © YouTube — via https://www.youtube.com/watch?v=o5zvpAyQq1E

Ce calendrier interdit un raccourci séduisant : attribuer au nouveau prêt-à-porter la hausse des ventes déjà annoncée. Le semestre concerné s’achève le 26 septembre 2026, bien avant la commercialisation de la collection. L’arrivée du créateur s’inscrit dans la même dynamique de relance, mais les chiffres disponibles ne mesurent pas encore les achats de ses vêtements. La distinction est essentielle pour apprécier ce qui relève du redressement en cours et ce qui appartient à l’étape suivante.

Pour Mulberry, cette collection ouvre néanmoins un nouveau terrain d’expression. La direction affirme aborder le second semestre avec une offre à venir bien nourrie et une marque plus désirable. Christopher Kane donne à cette perspective un rendez-vous précis. En janvier, il ne sera plus seulement question de la réception d’une présentation londonienne, mais de celle d’une proposition disponible à l’achat.

Une reprise qui dépasse le marché britannique

En attendant cette échéance, le rebond commercial possède déjà une ampleur mesurable. Sur le premier semestre clos le 26 septembre, les ventes progressent de 18,1 % à taux de change courants et de 18,2 % à changes constants, conformément aux attentes du conseil d’administration. La quasi-identité des deux taux montre que cette hausse ne tient pas principalement à un effet de devises. Toutes les zones géographiques participent au mouvement, mais à des vitesses différentes.

Les États-Unis affichent la progression la plus forte : 28 %, et même 34 % à périmètre comparable. Mulberry attribue cette performance à la demande, au développement numérique et à l’extension de sa distribution auprès de partenaires. Le lancement sur Bloomingdale’s Marketplace figure parmi les initiatives citées. Le marché américain associe donc plusieurs ressorts commerciaux, plutôt qu’un seul canal de croissance.

En Europe hors Royaume-Uni, les ventes augmentent de 23 %, avec une hausse de 21 % à périmètre comparable. Le marché britannique avance plus modérément, de 10 %, ou de 9 % en comparable. Le contraste dessine une reprise qui ne repose pas exclusivement sur le pays d’origine de la marque : l’expansion internationale lui apporte une part importante de son élan.

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Photo © glass hk — via https://www.theglassmagazine.hk/index.php/2026/09/22/lfw-ss27-mulberry-by-christopher-kane/

L’Asie-Pacifique appelle une lecture plus attentive. La croissance totale y atteint 5 %, tandis que l’indicateur à périmètre comparable grimpe à 24 %. Ces deux mesures ne décrivent pas la même réalité et ne doivent pas être confondues. Les informations communiquées ne détaillent pas les raisons de cet écart ; elles permettent néanmoins de constater une dynamique nettement plus soutenue sur le périmètre comparable que ne le laisse penser le seul chiffre global.

Les partenaires commerciaux prennent de la place

La distribution constitue un autre volet du redressement. Réunies, les activités de franchise et de vente en gros enregistrent une progression de 52 %. Elles représentent désormais 17 % des ventes du groupe, contre 16 % au premier semestre de l’exercice précédent. Leur croissance est vive, même si leur poids dans l’ensemble reste minoritaire.

Cette évolution prolonge le constat américain, où l’élargissement du réseau de partenaires contribue aux résultats. Elle montre aussi que le plan de relance ne se limite pas au renouvellement des collections. La manière de les rendre accessibles aux clients fait partie du travail. Pour autant, aucun détail de rentabilité par canal n’est fourni : cette accélération commerciale ne permet pas, à elle seule, de conclure à une amélioration équivalente du bénéfice.

Le prochain verdict sera celui des comptes

Le semestre s’inscrit dans une séquence de reprise déjà amorcée. Après un recul de 4 % au premier semestre de l’exercice précédent, Mulberry avait enregistré une hausse de 12,8 % à changes courants au second, et de 13,6 % à changes constants. Sur l’ensemble de l’exercice FY26, clos le 28 mars 2026, le chiffre d’affaires avait atteint 125,5 millions de livres, contre 120,4 millions en 2025, soit une progression de 4 %. Le rythme annoncé aujourd’hui marque donc une accélération.

La Bourse a salué ces indications : le titre a gagné jusqu’à 7,4 % dans les premiers échanges du lundi suivant l’annonce. Mais cette réaction intervient sur la base d’un point d’activité, pas de comptes semestriels complets. Mulberry n’a communiqué ni montant absolu de chiffre d’affaires pour la période, ni bénéfice, ni marge. Andrea Baldo reconnaît d’ailleurs que le plan exige encore du travail, dans un environnement commercial difficile.

À moyen terme, le groupe maintient son ambition de dépasser 200 millions de livres de revenus annuels et d’atteindre une marge opérationnelle ajustée de 15 %, mesurée par l’EBIT. L’écart avec les 125,5 millions du dernier exercice donne la mesure du chemin restant. Avant la mise en vente de la collection de Christopher Kane, un rendez-vous permettra de juger plus précisément la solidité de la reprise : le 19 novembre, date prévue pour la publication des résultats semestriels.