Victoria’s Secret : les dessous d’un casting sous haute tension

Victoria's Secret Fashion Show 2026 Sony Pictures Studios Los Angeles
Photo © HawtCelebs — via https://www.hawtcelebs.com/abby-champion-at-2026-victorias-secret-fashion-show-at-sony-pictures-studio-in-los-angeles-10-18-2026/

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Le 18 octobre 2026, les projecteurs des Sony Pictures Studios de Culver City ont ravivé une flamme que l’on pensait éteinte ou, du moins, profondément transformée. Pour son grand retour à Los Angeles après dix-neuf ans d’absence, le défilé Victoria’s Secret a tenté de réconcilier son héritage de glamour spectaculaire avec les impératifs d’une époque qui ne pardonne plus l’entre-soi. Pourtant, derrière les ailes de plumes et les jeux de lumière, l’événement a cristallisé des tensions inédites, révélant une fracture entre la fidélité aux mannequins de métier et l’irrésistible appel du clic.

La fin de l’ère des Anges et le choc des générations

Le casting de cette édition 2026 a provoqué une onde de choc sur les réseaux sociaux, mettant en lumière les rouages parfois opaques de la production. Romee Strijd, figure historique de la marque entre 2014 et 2018, a brisé le silence en révélant avoir été écartée du show. Malgré un entraînement intensif tout au long de l’été et un déplacement à New York pour les auditions, le mannequin néerlandais a essuyé un refus. Cette éviction s’est doublée d’un imbroglio administratif : alors que l’organisation du casting, sous la direction de Piergiorgio Del Moro, affirme que la décision de l’écarter datait du 6 septembre 2026, Romee Strijd soutient avoir passé une audition physique le 10 septembre. Ce décalage a jeté un voile de confusion sur la communication entre son agence, IMG Models, et la production du défilé.

Elle n’est pas la seule à être restée sur le bord du podium. Frida Aasen a également confirmé avoir été refusée, tandis que d’autres piliers de la décennie 2010, à l’instar de Taylor Hill et Lais Ribeiro, étaient absentes de la liste finale. Si la marque a officiellement déclaré valoriser tous ses collaborateurs, passés comme futurs, elle s’est gardée de commenter les détails contractuels liant les talents à leurs agents. Le spectacle a néanmoins pu compter sur le retour de visages historiques comme Adriana Lima, Alessandra Ambrosio et Candice Swanepoel, épaulées par des figures contemporaines telles que Gigi et Bella Hadid, Ashley Graham, Paloma Elsesser, Anok Yai ou encore Alex Consani.

Victoria's Secret show set Sony Pictures Studios 2026
Photo © Page Six — via https://pagesix.com/2026/10/18/photos/victorias-secret-fashion-show-2026-red-carpet-see-all-the-celebrity-looks/

Le point d’orgue de la polémique est venu d’un accessoire : le Fantasy Bra. Cette pièce d’orfèvrerie, composée de 4 410 diamants naturels et centrée sur une pierre jaune canari estimée à 22 millions de dollars — pour une valeur totale de 50 millions de dollars (environ 46 millions d’euros) —, n’a pas été confiée à un « Ange » de carrière. C’est Kylie Jenner qui a eu l’honneur de porter la parure. Ce choix marque une rupture historique pour Victoria’s Secret, déclenchant des critiques sur le favoritisme accordé aux personnalités issues de familles célèbres, au détriment des mannequins professionnels dont la carrière s’est construite sur les podiums.

Katie Zacharia et les codes de l’esthétique MAGA

Pendant que les podiums californiens s’agitaient, Washington vivait une séquence politique d’une brièveté record. Nommée porte-parole de la Maison-Blanche par Donald Trump le 9 octobre 2026, Katie Zacharia a quitté ses fonctions seulement cinq jours plus tard, le 16 octobre. Ce passage éclair, le plus court de l’histoire présidentielle américaine, a été précipité par une première conférence de presse chaotique de 14 minutes le 13 octobre, et par la révélation qu’elle n’avait jamais été admise au barreau de Californie, contrairement à ses affirmations publiques passées.

Au-delà du séisme politique, la silhouette de Katie Zacharia a offert une analyse stylistique riche sur l’identité visuelle de la sphère conservatrice américaine. Son apparence est décrite comme l’incarnation poussée de « l’esthétique MAGA ». Ce langage visuel repose sur des marqueurs hyperféminins et volontairement anachroniques : des talons vertigineux, un maquillage extrêmement prononcé et un brushing blond volumineux aux ondulations travaillées. Ce style ne relève pas de la simple coquetterie, mais s’inscrit comme un uniforme idéologique, une signature visuelle immédiatement identifiable au sein du mouvement trumpiste.

Romee Strijd IMG Models portrait 2026
Photo © vanityfair.com — via https://www.vanityfair.com/story/fit-check-victorias-secret-casting-drama

L’ascension stratégique de Rachel Scott

À l’opposé de ces représentations traditionnelles, une nouvelle figure s’impose comme la force tranquille du luxe américain. Rachel Scott, née à Kingston en Jamaïque en 1984, redéfinit les contours de la mode new-yorkaise. Diplômée de l’université Colgate en arts et philosophie, puis formée à l’Istituto Marangoni de Milan, elle a affûté son regard chez Costume National et Rachel Comey avant de lancer son propre label, Diotima, en 2021.

Le travail de Rachel Scott repose sur une réinterprétation sophistiquée de l’artisanat caribéen, notamment à travers des pièces en crochet réalisées à la main par des artisanes jamaïcaines. Ce savoir-faire lui a valu une reconnaissance institutionnelle fulgurante. En 2024, elle est devenue la première femme noire à recevoir le prix CFDA du Designer de l’année pour la mode féminine, doublé de l’Empowered Vision Award, une distinction dotée d’une bourse de 100 000 dollars destinée à soutenir son développement.

Son influence a pris une dimension systémique en septembre 2025, lorsqu’elle a été nommée directrice artistique de la maison Proenza Schouler, succédant aux fondateurs Jack McCollough et Lazaro Hernandez partis chez Loewe. Lors de la Fashion Week de New York en février 2026, Rachel Scott a accompli la prouesse de présenter deux collections majeures : ses débuts pour Proenza Schouler et la nouvelle proposition de Diotima.

Sa vision dépasse la simple esthétique. Rachel Scott théorise son approche comme celle d’un « cheval de Troie ». En s’appuyant sur la séduction et la beauté intrinsèque de vêtements de luxe, elle infiltre des revendications politiques profondes, qu’elles soient anti-impérialistes ou féministes. Pour sa collection Automne-Hiver 2026 chez Diotima, elle s’est notamment inspirée de l’œuvre du peintre cubain Wifredo Lam, confirmant que pour elle, le vêtement est un vecteur de message social autant qu’une pièce d’artisanat d’exception. Entre le spectacle médiatique de Los Angeles et la rigueur conceptuelle de New York, la mode américaine de 2026 dessine un paysage complexe où l’image, qu’elle soit de papier glacé ou politique, demeure le champ de bataille principal des identités.