En Inde, la sublime restauration d’un bungalow de 120 ans par les petits-enfants d’un Maharaja

Raj Vilas Mysuru bungalow peach and white facade 2026
Photo © The Hindu — via https://www.thehindu.com/life-and-style/homes-and-gardens/raj-vilas-mysuru-century-old-bungalow-modern-living/article71435677.ece

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Sur Balkrishna Rao Road, à Mysuru, une demeure à la façade pêche et blanc témoigne d’un passé princier qui refuse de s’effacer. Le bungalow « Raj Vilas », érigé durant la première décennie du XXe siècle, a retrouvé son éclat sous l’impulsion d’Aditya Guru Dev et de sa sœur Samyukta Lakshmi. Ce projet de réhabilitation, qui a duré six ans, n’est pas seulement un exercice de préservation architecturale ; il s’agit d’un hommage familial. Le nom de la propriété conjugue une référence historique au Raj britannique et un clin d’œil personnel à leur père, Raja Chandra. Ce dernier avait acquis le bien en 1992 auprès de la famille Balkrishna Rao, avant de le louer pendant plus de deux décennies.

Aditya Guru Dev et Samyukta Lakshmi sont les petits-enfants de feu Jayachamaraja Wadiyar, le 25e et dernier maharaja régnant de l’État de Mysore. Cette lignée royale imprègne la démarche de restauration entreprise dès 2019. Bien que certaines sources suggèrent une acquisition récente, les archives familiales confirment que le bâtiment est resté dans le giron de la famille depuis le début des années 1990. Après le départ des derniers locataires en 2014, le frère et la sœur ont choisi de transformer ce qui devait initialement être une maison d’hôtes de quatre chambres en une résidence secondaire privée, dédiée à leurs retrouvailles de week-end.

Une structure sauvée par les techniques traditionnelles

La restauration, dirigée par l’architecte du patrimoine Sanjog Shetty et le consultant en structure S. Raghunath, a nécessité une approche chirurgicale. Le bâtiment de plain-pied, flanqué de dépendances et de combles, présentait les stigmates du temps. La priorité a été donnée au gros œuvre. Les murs porteurs d’origine ont été conservés, mais débarrassés des couches successives de peintures modernes et d’enduits cimentés qui empêchaient la maçonnerie de respirer. Un ré-enduisage intégral a été effectué à l’aide d’un mortier traditionnel à la chaux, garantissant la pérennité de la structure dans le climat du Karnataka.

Raj Vilas bungalow peach white exterior facade 2026
Photo © The Hindu — via https://www.thehindu.com/life-and-style/homes-and-gardens/raj-vilas-mysuru-century-old-bungalow-modern-living/article71435677.ece

La toiture représentait le défi technique le plus complexe du chantier. L’édifice original combinait trois systèmes distincts : une terrasse à la madrasienne (Madras terrace roof), un plafond en planches de style Malnad et une charpente bois pentue. Les équipes de Sanjog Shetty ont procédé au démontage minutieux de ces éléments. Les poutres rongées par l’humidité ont été remplacées, tandis que le bois sain a été traité. La couverture finale a été réalisée avec des tuiles de Mangalore, choisies pour leur conformité aux spécifications historiques de la période 1900-1910. En extérieur, la véranda couverte, élément central de la vie sociale indienne de l’époque, a retrouvé son carrelage rouge en terre cuite et ses colonnes classiques, soulignées par des menuiseries à persiennes peintes en un profond coloris sarcelle.

À l’intérieur, la conservation des éléments d’époque a été poussée dans les moindres détails. L’escalier en bois centenaire a été restauré, et ses rambardes manquantes ont été reproduites sur mesure au palier, à l’identique du modèle original. Les corniches en stuc et les moulures, souvent endommagées, ont fait l’objet d’une reproduction fidèle pour maintenir l’harmonie des volumes. Pour les sols, la chance a permis de préserver des carreaux de terre cuite du début du siècle produits par la Mission de Bâle dans certaines pièces. Pour compléter les surfaces manquantes, les propriétaires ont fait appel à la manufacture Royal Engraved Tiles.

L’ornithologie comme fil conducteur du design

Pour l’aménagement intérieur et la décoration, Aditya Guru Dev et Samyukta Lakshmi ont sollicité Shruti Jaipuria, fondatrice de l’agence MAIA Design Studio. Le point de départ créatif a été la passion des deux propriétaires pour l’ornithologie. Situé à proximité du sanctuaire de Ranganathittu, le bungalow s’inspire directement de l’avifaune locale pour définir l’identité chromatique de ses espaces privés.

Chaque chambre est conçue comme un hommage à une espèce spécifique de la région. La première chambre adopte un ocre doux, calqué sur le plumage du bulbul à gorge jaune. La deuxième pièce explore une gamme de bleus vibrants, inspirée par le rollier indien, l’oiseau officiel de l’État du Karnataka. Enfin, la troisième chambre se pare de nuances de rose et de blanc, évoquant l’élégance du tantale indien, un grand échassier migrateur fréquent dans les zones humides environnantes. Ces palettes naturelles évitent l’écueil du décor thématique littéral pour privilégier une atmosphère de sérénité organique.

Sanjog Shetty Raj Vilas bungalow architectural restoration 2026
Photo © The Hindu — via https://www.thehindu.com/life-and-style/homes-and-gardens/raj-vilas-mysuru-century-old-bungalow-modern-living/article71435677.ece

Le mobilier et les luminaires sont le fruit d’un travail de sourcing exigeant auprès de studios et d’antiquaires indiens. Des pièces ont été chinées ou commandées auprès de maisons telles que Saanchi, Qurio Furniture, Accurate Antiques, Gulmohar Lane ou encore Mahendra Doshi. Ce mélange d’ancien et de contemporain s’intègre dans des pièces où la technologie moderne se fait discrète. La climatisation et les nouveaux réseaux électriques ont été encastrés pour ne pas perturber les lignes architecturales, tandis que la cuisine et les salles de bains adoptent un style colonial avec des robinetteries en laiton vieilli et des carrelages rétro.

Artisanat régional et mémoire iconographique

Raj Vilas célèbre également l’artisanat du Karnataka à travers des objets d’art hautement symboliques. Le salon et les espaces communs accueillent des figurines et des poupées en bois laqué de Kinnala. Originaires du district de Koppal, ces objets sont issus d’un savoir-faire traditionnel vieux de 500 ans, autrefois soutenu par les cours princières. Leur présence dans le bungalow marque une volonté de reconnecter la demeure avec le patrimoine artisanal local.

Cette dimension culturelle est renforcée par une collection de reproductions encadrées d’illustrations du Sri Tattva Nidhi. Ce traité iconographique et encyclopédique majeur a été compilé au XIXe siècle sous le patronage du maharaja Krishnaraja Wadiyar III. En affichant ces images, les propriétaires inscrivent la restauration dans une continuité historique qui dépasse le simple cadre domestique pour toucher à l’histoire de la pensée et de l’art de Mysore.

Loin d’être un musée, la maison fonctionne aujourd’hui comme un refuge familial privé. Bien que les coûts globaux de cette entreprise de six ans n’aient pas été communiqués, le résultat final privilégie la justesse des matériaux sur l’ostentation. Entre les carreaux de la Mission de Bâle et les teintes d’oiseaux migrateurs, Raj Vilas s’affirme comme une passerelle entre l’héritage d’un État princier et le mode de vie contemporain de ses descendants. La propriété n’est pas ouverte à la location touristique, préservant ainsi l’intimité d’une restauration pensée par et pour la famille.