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Ajouter Texture à GoogleIl fut un temps où cette maison ne suffisait plus à son propriétaire. Le capitaine George C. Gardner, enrichi par la chasse à la baleine, jugea un jour que sa demeure manquait d’envergure. Il en fit construire une plus imposante, plus près de la route, et relégua la première au rang de remise à voitures. Près de deux siècles plus tard, l’ancienne dépendance s’affiche à 32 millions de dollars, soit environ 29,6 millions d’euros, sur Main Street à Nantucket. La revanche est complète, et elle tient à une suite de sauvetages successifs.
Une lignée de fondateurs
La George C. Gardner House, au 141 Main Street, appartient à ces bâtisses dont la généalogie compte autant que les moulures. Son commanditaire descendait de Richard Gardner, l’un des premiers colons britanniques de l’île, dont l’habitation subsiste toujours sur la parcelle voisine. Le voisinage dit donc quelque chose de Nantucket elle-même : deux maisons, deux époques d’une même famille, côte à côte dans le district historique d’Upper Main Street, secteur inscrit au National Register of Historic Places.
La date de construction elle-même flotte d’un an. La littérature patrimoniale la situe vers 1834, tandis que le mandat de vente retient 1835. L’écart importe peu pour le visiteur, mais il rappelle que l’histoire de ces maisons s’écrit souvent à partir de sources qui ne concordent pas tout à fait.
Le style, en revanche, ne laisse guère de doute. La maison relève du Renouveau grec, avec des influences de transition héritées du style Fédéral. La façade à clin de bois aligne cinq travées. L’entrée est encadrée par un portique distyle à colonnes ioniques, et le toit porte un belvédère, ce widow’s walk que l’on associe volontiers, sur l’île, aux épouses guettant le retour des navires baleiniers.
Déplacée, puis ressuscitée
Le déclassement en remise ne fut qu’une étape. La structure finit par être laissée à l’abandon, et c’est dans les années 1920 que Gladys Wood la racheta. Elle ne se contenta pas de la réparer sur place : elle la fit déplacer jusqu’à son emplacement actuel sur Main Street. La restauration fut confiée à l’architecte Alfred Shurrocks, qui travaillait alors sur la Jethro Coffin House, la plus ancienne bâtisse de l’île. Que le même homme se soit penché au même moment sur le doyen des édifices de Nantucket et sur cette maison de capitaine en dit long sur le sérieux de l’entreprise.

Déplacer une maison de bois n’avait rien d’exceptionnel à l’époque sur la côte de Nouvelle-Angleterre. Ce qui frappe ici, c’est le trajet symbolique : une bâtisse jugée insuffisante par son bâtisseur se retrouve, un siècle plus tard, installée sur l’artère la plus prestigieuse de l’île.
Le chantier Lombardi
Le deuxième sauvetage intervient au tournant du siècle. Entre 2000 et 2005, la maison fait l’objet d’une rénovation lourde supervisée par Joseph Pell Lombardi, architecte new-yorkais spécialisé dans la conservation historique. Son nom est attaché à la Liberty Tower à Manhattan et à l’Armour-Stiner Octagon House, maison octogonale de la vallée de l’Hudson. Le choix d’un tel profil pour une maison de Nantucket indique la nature du chantier : il s’agissait de conserver avant de moderniser.
À l’issue des travaux, la propriété change de mains pour 9,5 millions de dollars. Puis le marché raconte une histoire moins linéaire qu’on ne l’imagine. Le 1er décembre 2016, les registres immobiliers locaux enregistrent une nouvelle vente, à 7,9 millions de dollars, soit un montant inférieur à celui obtenu une décennie plus tôt. Le prix demandé aujourd’hui représente donc environ quatre fois cette dernière transaction.
Ce que les propriétaires actuels ont changé
L’écart s’explique en partie par une troisième campagne, celle menée par les occupants actuels. Ils ont repris les intérieurs dans un registre contemporain et redessiné l’aménagement paysager. Le détail de ces interventions n’a pas été communiqué au-delà de ces grandes lignes, mais leur effet sur la distribution est lisible.
L’ensemble compte sept chambres, neuf salles de bain complètes et une salle d’eau. Le corps principal abrite quatre suites ouvrant directement sur les extérieurs. Le troisième étage est entièrement consacré à la suite parentale, complétée d’un bureau faisant office de salon et d’une terrasse couverte privative pensée comme une pièce à vivre en plein air. C’est sans doute la transformation la plus parlante : sous les combles d’une maison de capitaine du XIXe siècle, un appartement autonome avec vue.

Un cottage d’invités ajoute trois chambres indépendantes. Le terrain couvre environ 0,56 à 0,57 acre, soit quelque 2 300 mètres carrés, une surface confortable pour Main Street.
Reste la question de la surface habitable, qui n’est pas tranchée. Le mandat officiel indique 6 078 pieds carrés, environ 565 mètres carrés. Un chiffre supérieur à 7 000 pieds carrés, environ 650 mètres carrés, circule également ; il agrège vraisemblablement les dépendances. L’acheteur potentiel fera bien de s’en tenir au premier, le seul consigné au registre de vente.
La piscine, entre légende et argument de vente
C’est pourtant un autre détail qui accompagne la mise en marché. La documentation commerciale présente la propriété comme celle qui aurait accueilli la toute première piscine privée de Nantucket. La formule anglaise employée, believed to have been, dit bien la prudence de la chose : il s’agit d’une tradition, pas d’un fait établi. Aucun document d’archive municipal ne vient attester cette primauté. L’histoire est séduisante, elle reste au conditionnel.
Le bassin, lui, est bien réel. Chauffé, il a été réorienté au fond du jardin lors des derniers réaménagements, de manière à desservir à la fois la maison principale et le cottage d’invités. Ce déplacement, discret, résume la logique de la propriété actuelle : une maison de famille du XIXe siècle recomposée en petit domaine où hôtes et propriétaires partagent un même centre de gravité.
Sur le marché depuis septembre
La maison a été inscrite en septembre 2026, sous les mandats MLS #73576533 et LINK #93461. Elle est commercialisée par l’agence Compass, par l’intermédiaire de la courtière Marybeth Gilmartin-Baugher.
Le futur acquéreur héritera d’une bâtisse qui a déjà connu quatre vies : résidence d’un capitaine baleinier, remise à voitures, maison sauvée et déplacée par Gladys Wood, puis demeure restaurée par Joseph Pell Lombardi et remaniée par ses derniers occupants. À quelques mètres de là, la maison de Richard Gardner continue de rappeler d’où vient la famille qui l’a fait bâtir.


