Mercedes-Benz SLR McLaren Stirling Moss : l’ultime exemplaire s’apprête à franchir la barre des 6 millions de dollars

Mercedes-Benz SLR McLaren Stirling Moss last example RM Sotheby's 2026
Photo © RM Sotheby's — via https://rmsothebys.com/auctions/pa26/lots/r0091-2009-mercedesbenz-slr-mclaren-stirling-moss/

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Cinquante-trois kilomètres. C’est tout ce qu’affiche le compteur d’une voiture dessinée pour dépasser les 350 km/h sans toit ni pare-brise, et qui a passé l’essentiel de sa vie à l’abri du vent qu’elle était censée affronter. La dernière Mercedes-Benz SLR McLaren Stirling Moss jamais assemblée, peinte dans une teinte qu’aucune de ses 74 sœurs ne porte, sera proposée cet hiver par RM Sotheby’s avec une valeur annoncée de plus de 6 millions de dollars. Elle a été livrée neuve en 2010 et n’a quasiment jamais roulé.

Un hommage à 1955, tiré à 75 exemplaires

La SLR Stirling Moss est née d’une collaboration entre Mercedes-Benz et McLaren, et d’un regard appuyé vers le passé. Elle rend hommage à la 300 SLR victorieuse des Mille Miglia 1955, menée par l’équipage Stirling Moss et Denis Jenkinson. De cette course, la version moderne a retenu l’idée d’une barquette ouverte, réduite à l’essentiel, plutôt que celle d’un coupé de grand tourisme.

La série a été arrêtée à 75 exemplaires pour le monde entier. La production en usine s’est terminée en décembre 2009, pour des voitures millésimées 2010. L’acheteur ne pouvait pas simplement se présenter avec un chèque : la Stirling Moss était réservée aux propriétaires d’une SLR, à un tarif d’environ 750 000 euros hors taxes, soit près d’un million de dollars à l’époque. Le modèle était donc vendu d’emblée à un cercle déjà constitué de clients de la marque.

Le véhicule mis en vente est le 75ᵉ et dernier de cette série, celui que la maison de ventes présente comme « The Final Example Built ». Son numéro de châssis exact, en revanche, ne figure pas sur la fiche publique.

Une voiture sans pare-brise

La Stirling Moss est un speedster biplace sans toit, sans vitres latérales et sans pare-brise au sens habituel du terme. Deux petits déflecteurs en verre détournent le flux d’air devant les occupants, et des couvre-tonneau amovibles protègent l’habitacle à l’arrêt. Il n’est pas prévu de rouler sous la pluie.

Sous le long capot, on retrouve le V8 AMG de 5,4 litres (souvent arrondi à 5,5 litres) suralimenté par compresseur mécanique. Il développe 650 ch, soit 641 bhp ou 478 kW, transmis aux roues arrière par une boîte automatique à cinq rapports. Le 0 à 100 km/h est annoncé en 3,5 secondes environ et la vitesse maximale entre 350 et 354 km/h. Ces chiffres prennent un relief particulier quand on se souvient de l’absence de pare-brise. L’allègement d’environ 200 kg par rapport à la SLR standard explique une partie de ces performances.

Le seul exemplaire rouge Opale de Feu

La plupart des voitures de série limitée se distinguent par leur numéro. Celle-ci se reconnaît d’abord à sa couleur. Elle est peinte d’origine en Fire Opal Red, un rouge Opale de Feu issu du nuancier d’usine, et c’est la seule Stirling Moss à avoir reçu cette teinte.

L’intérieur poursuit dans le même registre. Le cuir rouge Silver Arrow est relevé de surpiqûres jaunes contrastées. Les inserts sont en aluminium Alutex, là où la série recourt habituellement à la fibre de carbone. Le commanditaire a également demandé des sièges de taille élargie et des étriers de frein peints en doré. Rien de tout cela n’est spectaculaire pris isolément, mais l’ensemble éloigne nettement cette voiture du catalogue.

Le dernier détail est le plus discret : un système audio installé en usine. Les spécialistes de la marque estiment que seules deux Stirling Moss au monde ont été livrées neuves avec une radio, l’autre appartenant à la famille royale de Jordanie. Cette information fait consensus chez les historiens du modèle, mais elle n’apparaît pas dans les documents de presse publiés par Mercedes-Benz en 2009. Elle mérite donc d’être lue avec prudence.

Mercedes-Benz SLR McLaren Stirling Moss 2010 cockpit
Photo © duPont REGISTRY News — via https://news.dupontregistry.com/blogs/sponsored/rm-sothebys-auctioning-1-of-the-75-mercedes-benz-slr-mclaren-stirling-moss-produced

Seize ans à l’abri

La voiture a été commandée par la famille royale du Koweït. Elle a toutefois été livrée neuve en Suisse, où elle a reçu sa première immatriculation le 16 mars 2010, dans le canton de Vaud. Elle est ensuite restée en stockage climatisé sur le territoire suisse jusqu’en 2024.

Le compteur indique aujourd’hui 32,9 miles, soit environ 53 kilomètres. Rapporté aux seize années écoulées depuis la livraison, cela représente à peine plus de trois kilomètres par an, l’équivalent de quelques manœuvres. Pour une voiture pensée autour de la sensation de l’air en pleine vitesse, le contraste est frappant. Pour un collectionneur, c’est au contraire l’argument principal.

Cette immobilité a un coût mécanique. Avant le changement de propriétaire de 2024, la voiture est passée par le Royaume-Uni, chez Stratton Motor Company, pour une révision d’environ 40 000 livres, soit près de 47 000 euros. Remettre en état de marche une voiture qui n’a presque pas roulé n’a rien d’anodin, en particulier avec un V8 à compresseur.

De Vaud à Culver City

Depuis l’origine, la voiture n’a connu que deux propriétaires privés : la famille royale koweïtienne jusqu’en 2024, puis le vendeur actuel. Ce dernier l’a fait traverser l’Atlantique. En 2026, l’atelier G&K Automotive Services l’a adaptée et homologuée pour circuler sur les routes américaines. Elle se trouve désormais à Culver City, en Californie.

L’homologation n’est pas un détail administratif. Une voiture de collection autorisée à rouler aux États-Unis peut intéresser un marché beaucoup plus large qu’une pièce cantonnée à un garage ou à un circuit privé. Le futur acquéreur pourra donc choisir entre deux usages : conduire la voiture, ou la conserver avec son kilométrage quasi nul.

Une cote qui a changé d’échelle

Les chiffres disponibles permettent de suivre l’évolution de la valeur de cet exemplaire. Il a été vendu neuf autour d’un million de dollars. Il est passé chez Bonhams au premier semestre 2024 pour environ 3,5 millions de dollars (près de 3,25 millions d’euros). Ce montant a circulé dans les milieux spécialisés, mais RM Sotheby’s ne l’a pas confirmé officiellement. Deux ans plus tard, la valeur annoncée dépasse 6 millions de dollars, soit environ 5,6 millions d’euros au cours de fin 2026.

Entre le prix catalogue et l’estimation actuelle, le facteur dépasse six. Entre les deux dernières étapes, la valeur aurait presque doublé, sans que le compteur ait sensiblement bougé. Le marché paie ici plusieurs choses à la fois : le rang de dernière voiture produite, une couleur unique dans la série, une provenance royale et un kilométrage quasi nul. Aucune de ces caractéristiques ne pourra être reproduite sur un autre exemplaire.

Ces 6 millions de dollars restent cependant une estimation. La formule officielle, « Value In Excess Of $6,000,000 USD », fixe un niveau attendu, pas un résultat. Le prix final dépendra des offres déposées.

Des enchères à pli fermé

La vente se tient en ligne sur la plateforme de RM Sotheby’s, dans le cadre de sa formule « RM Sotheby’s Sealed », lors de la session baptisée Sealed December. Les offres sont déposées sous pli fermé, du 25 novembre au 2 décembre 2026. Il n’y aura ni salle, ni commissaire-priseur, ni surenchère en direct. Ce format convient bien à une voiture qui a passé l’essentiel de son existence à l’abri des regards.

Le résultat sera connu à la clôture, le 2 décembre. D’ici là, la dernière SLR Stirling Moss attend à Culver City, avec sa plaque américaine et ses 32,9 miles au compteur.