L’horlogerie suisse poursuit son ascension avec un mois de septembre à 2,23 milliards de francs

Federation de l'industrie horlogère suisse Bienne 2026
Photo © RTS — via https://www.rts.ch/info/regions/berne/2026/article/bienne-un-projet-pour-valoriser-son-patrimoine-horloger-29393500.html

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La France aurait-elle soudain pris une place démesurée dans les carnets de commandes de l’horlogerie suisse ? En septembre, les exportations vers l’Hexagone ont bondi de 128,2 %, atteignant 246,5 millions de francs suisses. De quoi hisser le pays au deuxième rang des destinations, avec 11,1 % du total. Le chiffre impressionne. Il appelle pourtant davantage de questions que de célébrations : la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH), comme Barclays, évoque de possibles réaffectations de flux entre marchés, au détriment d’autres pays de la région. Ce spectaculaire résultat français donne le ton d’un mois favorable, mais dont les apparences méritent d’être examinées.

Une reprise réelle, une lecture moins évidente

Le regain d’activité ne tient pas à une seule destination. Avec 2,23 milliards de francs suisses exportés en septembre, soit environ 2,4 milliards d’euros, l’industrie horlogère suisse enregistre une hausse de 11,7 % sur un an. C’est son quatrième mois consécutif de progression. À l’échelle du troisième trimestre, Barclays calcule une augmentation de 10,1 %. La séquence est donc suffisamment longue pour dépasser le simple sursaut mensuel.

Mais elle ne raconte pas toute l’année. Entre janvier et septembre, les exportations totalisent 19,5 milliards de francs, en hausse de 2,7 % par rapport aux neuf premiers mois de 2025. L’écart entre cette progression cumulée et l’accélération récente rappelle combien le rythme s’est modifié. Le secteur avance désormais plus vite, sans que ce mouvement ait encore transformé son bilan annuel.

Il faut aussi regarder ce que mesurent ces données : des exportations, et non directement les ventes des groupes horlogers. La distinction compte, particulièrement lorsqu’un pays voit les flux qui lui sont destinés plus que doubler. La progression française ne peut ainsi se lire comme celle de la seule demande locale. À l’échelle de l’Union européenne, la hausse atteint 15,5 %, une mesure moins spectaculaire que le résultat hexagonal.

Le rebond américain garde la mémoire des droits de douane

Les États-Unis offrent un autre exemple de chiffre éclatant à manier avec précaution. Premier débouché de l’horlogerie suisse, ils absorbent 13,2 % des exportations de septembre, pour 292,9 millions de francs. La hausse atteint 85,7 %. Pourtant, Barclays juge le résultat américain décevant.

Cette réserve s’explique par le point de départ. En septembre 2025, dans une période marquée par la volatilité liée aux droits de douane, les expéditions vers les États-Unis avaient plongé de 55,6 %. Le rebond actuel se mesure donc à un mois particulièrement faible. Surtout, sur les neuf premiers mois de l’année, ce marché reste en retrait de 4,1 %. Un pourcentage mensuel spectaculaire ne suffit pas à effacer ce déficit.

La concentration géographique renforce l’importance de ces écarts. Les six premières destinations réunissent 52,6 % des exportations, soit 1,17 milliard de francs, en progression de 29,5 %. Une large part du résultat dépend donc d’un nombre réduit de marchés, dont les performances peuvent être influencées aussi bien par les comparaisons avec 2025 que par la circulation des flux.

Barclays, fédération de l’industrie horlogère suisse watch movement
Photo © Breitling — via https://www.breitling.com/us-en/about/madebybreitling/

De Tokyo à Pékin, des trajectoires qui divergent

Ailleurs, la carte ne dessine aucun mouvement uniforme. Le Japon accueille 177,3 millions de francs d’exportations, en hausse de 12,3 %, après un recul de 7,9 % lors du mois de comparaison. Hong Kong progresse plus modestement, de 3 %. La Chine, en revanche, cède 14,2 %, tandis que Singapour recule de 8,3 %. Ces résultats empêchent de parler d’une reprise asiatique indifférenciée.

Pour la Chine comme pour le Royaume-Uni, la FH souligne une base de comparaison défavorable. Le marché britannique baisse de 5,2 %, après une hausse de 15,2 % un an auparavant, rappelle Barclays. Le mécanisme est l’inverse de celui observé aux États-Unis : succéder à un bon mois rend la progression plus difficile, sans dispenser d’examiner le recul présent.

Au Moyen-Orient aussi, le total régional masque des différences. Les exportations augmentent de 10,8 % dans leur ensemble, portées par l’Arabie saoudite, en hausse de 14,9 %. Les Émirats arabes unis affichent au contraire une contraction de 9 %. Pour les maisons, cette géographie appelle une lecture pays par pays plutôt qu’un commentaire global sur la vigueur du luxe.

L’acier donne son poids au redémarrage

Une autre lecture de septembre se trouve dans les matériaux. Les montres-bracelets représentent 2,13 milliards de francs d’exportations, en progression de 11,6 %. Dans cet ensemble, la valeur des modèles en acier augmente de 13 %, celle des pièces bimétalliques de 29,3 %. Le moteur du mois n’est donc pas à chercher uniquement du côté des métaux précieux.

Ces derniers restent un poste considérable, avec 780,1 millions de francs. Leur évolution est toutefois beaucoup plus contenue : leur valeur exportée gagne 1,3 %, alors que les volumes diminuent de 1 %. Ils contribuent au résultat, mais n’en donnent pas la cadence.

Le contraste devient plus net en comptant les pièces. Quelque 1,4 million de montres-bracelets ont quitté la Suisse en septembre, soit 19,9 % de plus qu’un an auparavant : environ 228 000 unités supplémentaires. Les volumes en acier progressent de 21,5 %, ceux classés dans les « autres matériaux » de 17,9 %. À elles deux, ces catégories représentent 81 % des pièces exportées.

La croissance des quantités dépasse ainsi celle de la valeur. Ce détail change la perception du mois : l’embellie ne se résume pas à des montres toujours plus chères. Elle correspond aussi à davantage de pièces expédiées, avec un rôle déterminant des catégories qui dominent les volumes.

Barclays bank office building Paris
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Les premiers prix accélèrent, le sommet suit

La répartition par tranches tarifaires prolonge cette lecture. Selon les données citées par Barclays, la catégorie inférieure à 200 francs progresse de 30,2 %, tandis que celle comprise entre 200 et 500 francs affiche une hausse de 52,1 %. Ce sont les accélérations les plus marquées du tableau.

Entre 500 et 3 000 francs, l’augmentation atteint 11,8 %. Elle intervient après une progression de 4,1 % un an plus tôt, ce qui lui donne une autre consistance qu’un simple rattrapage sur une base déprimée. Cette tranche suit pratiquement le rythme général des exportations.

Au-dessus de 3 000 francs, la hausse s’établit à 9,9 %. La FH rappelle que cette catégorie conserve une contribution importante à la croissance totale, même si sa progression reste inférieure à la moyenne. Il faut distinguer vitesse et poids : les segments les plus accessibles accélèrent davantage, sans rendre secondaire le haut de gamme. Septembre élargit les ressorts de la reprise plutôt qu’il ne renverse la hiérarchie du secteur.

Pour les groupes, le prochain verdict viendra des comptes

Cette redistribution ne profite pas mécaniquement à tous les acteurs de la même manière. Swatch, que Barclays classe « underweight », est le plus exposé à la tranche de 500 à 3 000 francs. Or celle-ci progresse à un rythme voisin de la moyenne. Les données ne lui confèrent donc pas d’avantage particulier lié à son positionnement tarifaire.

Pour Richemont, maintenu à « overweight », la banque ne voit qu’un signal modérément favorable. Elle relève que le lien entre les exportations horlogères et les ventes du groupe s’est affaibli. Elle rappelle aussi qu’en septembre 2025 les exportations globales avaient diminué de 3,1 %, facilitant la comparaison actuelle.

Watches of Switzerland, également classé « overweight », présente une autre exposition : les États-Unis, où les exportations progressent plus vite que la moyenne, occupent une place centrale dans la lecture de ses perspectives, tandis que le Royaume-Uni reste en retrait. Ces recommandations expriment les performances boursières relatives attendues par Barclays sur douze mois, et non une traduction automatique des statistiques douanières.

Les prochains rendez-vous permettront de confronter ces indications à la réalité des entreprises. Watches of Switzerland doit informer le marché le 10 novembre. Richemont publiera les comptes de son deuxième trimestre le 13 novembre : deux dates pour mesurer ce que l’accélération des expéditions laisse effectivement dans les ventes.