L’épopée de Merlin : l’art de la métamorphose signé Roger Dubuis

Roger Dubuis Knights Metamorph Merlin
Photo © Monochrome Watches — via https://monochrome-watches.com/roger-dubuis-knights-of-the-round-table-the-metamorph-merlin-review/

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À quoi reconnaît-on une montre qui refuse de se faire oublier ? À sa capacité à déplacer le regard loin des aiguilles. Avec la Excalibur Knights of the Round Table The Metamorph Merlin, Roger Dubuis installe au poignet une scène médiévale miniature, dominée par douze chevaliers sculptés et un relief vert profond. L’heure demeure là, indiquée par deux aiguilles en or rose, mais elle semble presque secondaire face à ce paysage de légende. Cette pièce, produite à 28 exemplaires, clôt une trilogie consacrée à Merlin et pousse la collection vers un territoire où l’horlogerie devient décor, récit et matière.

Quand le cadran prend des airs de décor

La collection Knights of the Round Table n’a jamais cherché la discrétion. Son principe est simple et radical : les index sont remplacés par les figures des douze chevaliers de la Table ronde. Ici, chacun se tient à la périphérie du cadran, taillé avec une attention particulière aux postures. Certains semblent prêts à frapper, d’autres agenouillés ou placés en garde. Ils ne sont pas de simples ornements posés autour d’un cadran : ils définissent la lecture des heures et donnent à la montre sa densité narrative.

Dans cette troisième et dernière interprétation consacrée à Merlin, le centre de la scène se compose de 57 blocs hexagonaux. Leur géométrie s’inspire des formations de basalte de la Chaussée des Géants, en Irlande du Nord. L’idée est moins de reproduire un paysage que d’en suggérer la construction minérale : un sol fragmenté, élevé par endroits, creusé par d’autres, dont la profondeur varie selon les matières et les reflets.

Cette architecture fait de la montre une pièce à observer sous plusieurs angles. Le dessin n’est pas plat, et l’œil circule entre les colonnes, les chevaliers et les aiguilles centrales. Roger Dubuis choisit ainsi une vision presque topographique du cadran. L’objet ne raconte pas une bataille précise ni un épisode identifiable du cycle arthurien ; il compose plutôt un territoire imaginaire, suffisamment évocateur pour placer Merlin au centre du récit sans le réduire à une figurine.

Le vert, dernier chapitre de Merlin

The Metamorph Merlin suit deux éditions antérieures construites autour du même personnage. En 2024, Omniscient Merlin déclinait ses colonnes en noir. En 2025, Enchanter Merlin les habillait de blanc. Le vert de l’édition 2026 achève cette progression chromatique avec une tonalité qui renvoie aux forêts des anciens récits, à la demeure de la Dame du Lac et aux lieux retirés où Merlin change d’apparence.

Le terme « Metamorph » vient précisément de cette faculté de transformation attribuée à l’enchanteur. Le boîtier en offre une lecture littérale, par le biais d’un détail gravé à proximité de la couronne : Merlin y apparaît avec un cerf blanc, animal dont il peut adopter la forme. Ce choix donne une cohérence au projet. La couleur n’est pas un simple habillage saisonnier ; elle prolonge le thème du personnage, ses métamorphoses et l’imaginaire sylvestre associé aux légendes anglaises et irlandaises.

Le vert ne recouvre pourtant pas uniformément le cadran. Les 57 éléments hexagonaux associent quatre matériaux : verre poli traité par revêtement CVD, verre transparent, Crystalium scintillant et or rose. Le résultat repose donc sur des différences de transparence, d’éclat et de profondeur. Certaines colonnes captent la lumière, d’autres la filtrent, tandis que les éléments en or rose créent des points de chaleur au sein de cet ensemble végétal et minéral. L’heure se lit sur un paysage construit par contrastes plutôt que sur une surface conventionnelle.

Un boîtier qui prolonge l’histoire

La montre mesure 45 mm de diamètre pour 16,87 mm d’épaisseur. Ses proportions assument l’ampleur du tableau qu’elle abrite. Réalisé en or rose, le boîtier reçoit pour la première fois dans l’histoire de cette collection des scènes gravées sur sa carrure et sur les flancs de ses cornes. La narration quitte donc le seul cadran pour gagner la structure même de la pièce.

Sur le côté situé à 9 heures, plusieurs chevaliers reprennent des attitudes visibles à l’intérieur de la montre. Le décor agit comme un écho sculpté de la ronde centrale. À 3 heures, autour de la couronne, la gravure met en scène Merlin et le cerf blanc. Ce traitement transforme le profil de la montre en zone d’observation à part entière, alors que beaucoup de boîtiers se contentent habituellement de servir d’écrin au mouvement et au cadran.

Un verre saphir disposé au-dessus de la carrure ouvre des perspectives sur le relief interne. Il permet de saisir les volumes depuis les côtés, avant que la lunette en or rose ne vienne encadrer l’ensemble. Ce jeu de transparence est essentiel : sans lui, les colonnes hexagonales resteraient un motif décoratif. Avec lui, elles gagnent une présence presque architecturale. La montre se regarde moins comme un cadran que comme une composition sous vitrine.

Cette volonté de multiplier les plans se retrouve dans la répartition des matières. L’or rose des aiguilles des heures et des minutes reprend celui du boîtier et des douze chevaliers. Il sert de fil conducteur entre l’extérieur et l’intérieur, entre le mécanisme de lecture immédiate et la scène sculptée. Les personnages deviennent les marqueurs horaires, mais ils restent aussi les gardiens d’un récit qui se déploie jusqu’aux cornes et à la couronne.

Le mouvement, envers de la scène

Au revers, la pièce révèle un tout autre langage. Le calibre automatique RD821 anime cette Excalibur avec une fréquence de 4 Hz, soit 28 800 alternances par heure, et une réserve de marche de 48 heures. Il affiche les heures et les minutes, fonctions volontairement simples au regard de l’exubérance visuelle du cadran. La démonstration ne porte pas ici sur l’accumulation de complications, mais sur le traitement du mouvement et sur son insertion dans une montre pensée comme un objet sculptural.

Visible à travers le fond transparent, le RD821 se distingue par son architecture ajourée et sinueuse, ainsi que par la qualité de ses finitions. Ces caractéristiques lui valent le Poinçon de Genève. Autour du fond, une inscription rend hommage au devoir et à la charge des chevaliers de la Table ronde. Après le paysage vert du cadran et les gravures du boîtier, le dos de la montre referme ainsi le récit sur une dimension plus cérémonielle.

La juxtaposition est parlante : côté face, les chevaliers organisent une scène de légende autour du temps qui passe ; côté pile, le mouvement expose une mécanique contemporaine dont la construction reste pleinement visible. Roger Dubuis ne cherche pas à faire oublier l’horlogerie derrière le mythe. La maison la place simplement sur un autre plan, comme si le calibre était la charpente cachée de ce royaume miniature.

Une montre de collection, pensée comme un objet narratif

Avec son étanchéité annoncée à 30 mètres, son bracelet en cuir de veau et son tarif communiqué sur demande, The Metamorph Merlin s’adresse clairement au territoire de la pièce de collection. La limitation à 28 exemplaires renforce ce statut. Mais sa singularité tient surtout à la manière dont elle traite les codes du luxe horloger : non comme une démonstration de sobriété, mais comme un support de fiction tangible.

La trilogie Merlin se referme donc sur une teinte verte et un cadran inspiré de la Chaussée des Géants. Ce dernier modèle préfère la forêt aux tonalités minérales noires de 2024 et au blanc de 2025. Entre les blocs de verre, de Crystalium et d’or rose, les douze chevaliers restent immobiles tandis que les aiguilles continuent leur course. Les informations de la collection sont disponibles sur le site de Roger Dubuis.