Ferragamo freiné par l’Asie et le wholesale : un bilan en repli sur neuf mois

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Fermer des boutiques pour mieux défendre sa place dans le luxe : chez Ferragamo, la question prend une forme concrète en Chine. La maison prévoit d’y réduire son réseau l’an prochain, notamment dans les villes de troisième rang, tout en misant sur ses ventes directes en ligne. Ce choix éclaire ses résultats des neuf premiers mois de 2026. Derrière le recul du chiffre d’affaires se joue une réorganisation de la distribution, avec une préférence assumée pour la relation directe avec le client. Mais choisir ses points de vente ne suffit pas à relancer la demande. C’est toute la difficulté du moment.

La distribution, premier chantier

Le chiffre le plus révélateur n’est peut-être pas celui des ventes totales, mais leur répartition. À fin septembre, le canal direct au consommateur, ou DTC, représente 79,5 % du chiffre d’affaires de Ferragamo. Avec 536,5 millions d’euros, il progresse de 1,9 % à taux de change courants et de 4 % à devises constantes. Sur neuf mois, sa croissance à changes constants concerne toutes les zones géographiques, à deux exceptions près : la Chine et le Japon.

Cette résistance contraste avec le décrochage des ventes aux distributeurs tiers. Le wholesale abandonne 15 % sur la période en données publiées, et 13,4 % hors effets de change. Le troisième trimestre accentue nettement la tendance : la baisse atteint alors 24,2 %, ou 19,1 % à changes constants. Ferragamo rattache cette contraction à une sélection plus exigeante de sa distribution et à la priorité donnée à ses partenaires stratégiques, en cohérence avec le positionnement recherché pour la marque.

Il faut donc distinguer deux phénomènes, sans les opposer artificiellement. Une partie du recul accompagne une décision commerciale : resserrer les débouchés plutôt que multiplier les points de présence. L’autre relève d’un marché peu porteur. Les chiffres ne permettent pas d’attribuer précisément à chacun sa part. Ils montrent en revanche le coût immédiat de cette transition : le canal direct résiste, mais sa progression ne compense pas la contraction du wholesale.

Une stabilité qui se fissure pendant l’été

À l’échelle du groupe, les neuf premiers mois se soldent par un chiffre d’affaires consolidé de 675 millions d’euros. Le retrait de 2,8 % à changes courants disparaît lorsque l’on neutralise les variations monétaires : l’activité est alors stable par rapport à la même période de 2025. Cette lecture donne une image moins sévère de l’exercice, sans effacer le ralentissement récent.

Ferragamo boutique storefront Shanghai China 2026
Photo © F Luxury Magazine — via https://www.fluxurymagazine.com/en/ferragamo-opens-flagship-boutique-in-china/

Car le troisième trimestre est moins favorable. Les ventes s’établissent à 207 millions d’euros, en baisse de 6,2 % en données publiées et de 3,5 % à devises constantes. Même le canal direct, encore en progression de 2,3 % à changes courants, ne gagne plus de terrain hors effets monétaires. Il reste soutenu par le réseau de vente principal, où les achats à plein tarif augmentent.

Cette dernière donnée compte dans la lecture des résultats : la résistance commerciale repose notamment sur des ventes sans réduction de prix. Elle ne permet toutefois pas de conclure à une amélioration de la rentabilité, dont aucun indicateur n’est fourni ici. Ferragamo décrit un été marqué par une demande faible, une confiance des consommateurs dégradée et des tensions géopolitiques persistantes. Sur les marchés financiers, le titre a cédé environ 4 % après une première baisse proche de 3 % dans la matinée.

L’Amérique soutient l’activité, l’Europe change de visage

Le principal point d’appui reste l’Amérique du Nord. Ses 222 millions d’euros de recettes sur neuf mois dépassent les montants enregistrés en Asie-Pacifique comme en Europe. La région affiche surtout une hausse de 7,3 % à changes courants, portée à 11,2 % à devises constantes. L’écart avec les autres grands marchés est net.

La dynamique nord-américaine perd néanmoins de sa vitesse au troisième trimestre : les ventes augmentent alors de 2,3 %, ou de 2,4 % hors variations de change. Le canal direct y demeure bien orienté. Ce marché apporte ainsi un soutien décisif, mais il n’échappe pas au ralentissement observé pendant l’été.

L’Europe raconte une autre histoire. Avec 161,7 millions d’euros sur neuf mois, elle recule de 8,6 % en données publiées et de 7,4 % à changes constants. Pourtant, les ventes du réseau de détail principal progressent, tandis que celles du wholesale enregistrent une baisse à deux chiffres. Le total régional masque donc des trajectoires opposées selon les circuits. Au troisième trimestre, le chiffre d’affaires européen diminue encore de 7,8 %, soit 5,2 % hors effets monétaires. Dans le seul canal direct, la croissance européenne et nord-américaine permet cependant de contrebalancer la faiblesse asiatique.

L’Amérique centrale et du Sud fournit un autre relais, plus modeste en valeur. La région approche les 60 millions d’euros sur neuf mois, avec des ventes en hausse aussi bien en direct qu’auprès des distributeurs tiers. La croissance atteint 11,2 % à changes courants et 4,8 % à devises constantes. Au troisième trimestre, l’écart devient particulièrement marqué : derrière une hausse publiée de 10,1 %, la progression hors effets de change se limite à 0,7 %.

Chine, ferragamo official website mobile shopping interface 2026
Photo © Look The Luxury Magazine — via https://looktheluxury.com/en/ferragamo-transforma-la-seda-en-arte-con-floating-silk-garden-durante-el-salone-del-mobile-2026/

La chaussure tient, la maroquinerie recule

Les catégories de produits offrent une seconde lecture de cette période. La chaussure représente 297 millions d’euros de chiffre d’affaires à fin septembre. Elle gagne 1,3 % à changes courants et 2,6 % à changes constants. Dans un ensemble en retrait, cette progression, même mesurée, constitue un appui tangible.

La maroquinerie suit une direction inverse. Ses ventes atteignent 270,2 millions d’euros, en recul de 5,8 % en données publiées et de 3,5 % hors variations monétaires. Le poids de cette catégorie rend sa faiblesse particulièrement sensible pour le groupe. Les chaussures et la maroquinerie restent, de très loin, les deux principaux postes parmi les familles de produits détaillées.

Les segments plus petits sont mieux orientés, sans pouvoir modifier seuls l’équilibre général. La soie et les autres produits totalisent 50,8 millions d’euros, soit une hausse de 0,3 % à changes courants et de 3,9 % à devises constantes. Le prêt-à-porter atteint 41,8 millions d’euros et progresse respectivement de 2,6 % et de 5,1 %. Ces résultats dessinent une résistance inégale de l’offre, plutôt qu’un repli uniforme.

En Chine, ne plus attendre le rebond

Reste le dossier asiatique. L’Asie-Pacifique enregistre 166,6 millions d’euros sur neuf mois, en baisse de 6,1 % à changes courants et de 5,3 % à changes constants. Au troisième trimestre, le recul atteint 11,1 % hors effets monétaires, pénalisé par une contraction à deux chiffres du wholesale. Le Japon, présenté séparément, réalise 50,4 millions d’euros : sa baisse de 12 % en données publiées se réduit à 2,2 % à devises constantes.

Lors de l’échange avec les analystes, Ernesto Greco, membre du conseil d’administration, a surtout remis en cause l’hypothèse d’une reprise chinoise au second semestre 2026. Selon lui, les signes attendus ne se matérialisent pas. Quelques acteurs continuent de croître pour des raisons particulières, et les différences de périmètre peuvent brouiller les comparaisons.

Ferragamo ne compte donc pas seulement patienter. Les fermetures annoncées en Chine viseront notamment les villes de troisième rang, tandis qu’Ernesto Greco attend de bons résultats du commerce en ligne direct. Pour 2027, le chantier est précis : réduire certaines implantations physiques et développer les ventes numériques dans un marché dont le redémarrage reste incertain.