Waterfront : la réinvention d’un art de vivre au fil de l’eau

PerfectSwell surf lagoon Washington Utah 2026
Photo © Utah State University Athletics — via https://utahstateaggies.com/news/2025/10/3/utah-state-football-to-play-at-washington-in-2026.aspx

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Longtemps, l’argument de vente d’une résidence de prestige tenait dans une vue : un green tondu ras, les mâts d’une marina, un lac artificiel à la surface immobile. À Washington, petite ville de l’Utah posée au sud-ouest du parc national de Zion, les 65 maisons d’un nouveau domaine regarderont autre chose. Elles entoureront un lagon de neuf acres où l’eau ne dort jamais, puisqu’on y fabrique des vagues. Le pari a un nom dans le jargon des promoteurs, le « surf-anchored real estate », et une technologie derrière lui : PerfectSwell®.

Quand le bassin remplace le fairway

L’idée tient en une substitution. Là où l’immobilier haut de gamme et de villégiature misait sur des aménagements de bord de l’eau essentiellement contemplatifs, golfs, marinas ou plans d’eau passifs, on installe désormais un bassin de surf à vagues dynamiques, calibré pour la haute performance. La promesse faite au résident est précise : des vagues de calibre océanique, tous les jours, au pied de sa propriété, sans dépendre d’une houle capricieuse ni de l’horaire des marées.

Le modèle économique suit la même logique de garantie. Ces projets combinent la propriété privée et un programme de location touristique de courte durée géré par l’exploitant. Le propriétaire en tire un revenu récurrent quand il n’occupe pas les lieux, et conserve une priorité d’accès au bassin quand il est là. Le lagon devient à la fois un équipement de loisir et un actif qui fait tourner l’ensemble.

De l’air comprimé et de la gravité

La machine vient de Solana Beach, en Californie. American Wave Machines (AWM) y a été fondée en 2000 par Bruce McFarland, qui la préside toujours. Son procédé repose sur un système pneumatique séquentiel : de l’air comprimé est injecté dans des chambres, la gravité fait le reste, et aucune pièce mécanique mobile ne se trouve immergée dans le plan d’eau. L’architecture de ces chambres et les profils de vagues qu’elles produisent sont couverts par plus de 50 brevets internationaux. Les registres de l’entreprise citent notamment les brevets américains US 7,815,396, 8,434,966, RE47,023 et 10,145,135.

Le cœur du système est logiciel. Un dispositif baptisé « Phased Array Control », associé à un algorithme nommé « Temporal Distortion », permet de régler la forme de la vague, sa taille, sa vitesse et sa cambrure depuis une console numérique ou un simple appareil tactile. Le catalogue a ses classiques, chacun avec son nom : The Drainer pour les déferlements tubulaires, The Wedge Pop et The Highball pour les sections propices aux manœuvres aériennes, des Split Peaks qui dédoublent le pic, et des rouleaux plus doux pour ceux qui apprennent. AWM annonce une cadence pouvant atteindre dix vagues tubulaires par minute.

L’entreprise n’arrive pas sur ce marché les mains vides. Waco Surf, au Texas, connu auparavant sous le nom de BSR Surf Resort, tourne depuis mai 2018. Au Japon, le Surf Stadium Japan de Shizunami, à Makinohara, a été construit en 389 jours et inauguré en 2021 ; les équipes du Japon et des États-Unis s’y sont entraînées en vue des Jeux olympiques. En 2022, AWM revendiquait plus de quatre millions de sessions de surf enregistrées sur l’ensemble des installations équipées de sa technologie depuis 2007.

Le laboratoire brésilien

C’est pourtant au Brésil que l’immobilier de surf a pris forme. Le groupe JHSF y exploite PerfectSwell® dans le cadre d’un partenariat de licence exclusif. À Porto Feliz, dans l’État de São Paulo, Boa Vista Village fonctionne depuis 2023. C’est le premier complexe résidentiel haut de gamme au monde organisé autour d’un bassin PerfectSwell® : des résidences de luxe, un hôtel Fasano et un spa qui surplombe le bassin. Le même groupe a développé à São Paulo même un club urbain privé, le São Paulo Surf Club, équipé de la technologie californienne.

Le mot « privé » doit être pris au pied de la lettre. Les conditions d’accès pour les non-résidents restent soumises à des restrictions strictes, et aucune grille tarifaire ouverte au public n’a été communiquée. Ces vagues-là se méritent par l’adresse plus que par le ticket d’entrée.

PerfectSwell surf lagoon Washington Utah 2026
Photo © Expedia — via https://www.expedia.com/Washington.dx6060137

Un lagon dans le désert de l’Utah

Zion Shores pousse la logique plus loin, et dans un décor qui la rend presque provocante : un projet de villégiature résidentielle en milieu désertique. Il est porté par Alaia Development et Desert Lakes LLC, sociétés dirigées par Cody Larkin. Sur un domaine de 30 acres, soit environ 12 hectares, Zion Shores prévoit 65 propriétés en front d’eau, 43 maisons individuelles personnalisées et 22 maisons de ville, disposées autour d’un lagon de surf de neuf acres.

Le plan d’eau accueillera un bassin PerfectSwell® de sixième génération. Avec ses trois acres, c’est le plus vaste qu’AWM ait conçu à ce jour. Deux bassins à vagues dynamiques de technologie UNIT Surf Pool viendront le compléter. Reste la question qui vient immédiatement à l’esprit devant un tel projet en plein désert : l’eau. Les promoteurs indiquent qu’elle sera saumâtre et non potable, pompée dans des aquifères privés souterrains situés sur le site, sans aucun raccordement au réseau public d’eau potable.

Côté commercialisation, la discrétion est de mise. Le prix d’entrée des villas individuelles n’est pas rendu public. La vente passe par des constructeurs agréés, Split Rock Custom Homes, Immaculate Homes et Ember Home. Deux formules coexistent : la propriété fractionnée et la pleine propriété, zonée pour autoriser la location de courte durée. Le coût d’installation d’un bassin PerfectSwell® n’est pas davantage communiqué par AWM, qui le dit variable selon la surface et l’ingénierie civile.

Le calendrier, lui, est connu dans ses premières étapes. La première pierre a été posée en juin 2025, une cérémonie de fondation s’est tenue le 20 novembre 2025, et l’ouverture est projetée pour la fin de 2027. Cette dernière date reste une estimation. Elle dépend de l’avancement du génie civil et du gros œuvre et n’a rien de contractuel pour l’accès du public.

Ce que les surfeurs viennent chercher

Derrière le marketing immobilier, l’argument qui convainc les pratiquants est presque austère : la répétition. Dans l’océan, une vague ne revient jamais à l’identique. Dans un bassin dont chaque paramètre est réglé, la même section se présente encore et encore, ce qui permet de décomposer une manœuvre critique et de la reprendre jusqu’à la maîtriser. C’est particulièrement vrai pour le surf au-dessus de la crête, le fameux « above the lip », que la mer ne permet pas de travailler à une telle fréquence.

AWM a soigné ses cautions. Miguel Pupo, compétiteur de l’élite WSL et vainqueur du Trestles Pro 2026, est son pilote d’essai officiel, et il est membre du club de Boa Vista Village. Le jeune Cruz Dinofa incarne ce que l’entreprise appelle la « wave pool generation » : il a appris à surfer dès l’enfance sur des bassins PerfectSwell®. L’entreprise met aussi en avant les retours techniques d’Albee Layer, spécialiste du surf aérien, de Chippa Wilson et de Mason Ho, qui valident à ses yeux l’authenticité du comportement de l’eau.

De Hainan à la Floride

La prochaine vitrine se trouve en Chine. Sur l’île de Hainan, le Riyue Bay Surf Resort abrite le premier bassin haute performance PerfectSwell® du pays, construit à deux pas du spot océanique de la baie de Riyue. Il doit accueillir les 13 et 14 novembre 2026 la compétition de figures aériennes Stab High, sous la bannière Monster Energy. Ce sera l’occasion de voir, côte à côte, la vague naturelle et sa réplique pilotée par ordinateur.

L’autre front est judiciaire. Le 1er ou le 2 octobre 2026, American Wave Machines a déposé une plainte pour contrefaçon de brevet contre son concurrent WhiteWater West Industries, Ltd., devant la Cour de district des États-Unis pour le district sud de la Floride. Elle vise le système Endless Surf de WhiteWater, en cours d’installation sur le chantier d’un surf park à Fellsmere, en Floride. Pour l’heure, ces accusations ne reposent que sur la plainte d’AWM, et aucun jugement sur le fond n’a été rendu.